‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 33 sur 486 · AU DUC DE BEAUFORT · texte numérisé non relu

AU DUC DE BEAUFORT

AMIRAL DB FRANCK

Saint-Germain, «février 1 66ti.

Le Boy m'a ordonné d'envoyer un courrier exprès à Vostre Altesse, pouf luy dire que les vaisseaux hollandois qui estoienl dans le détroit en sont partis pour venir à Toulon se radouber et raccommoder pour joindre l'armée du roy et obéir à Vostre Altesse , en sorte que ce sera un renfort trèsconsidérable; Sa Majesté désirant qu'on les assiste de toutes les choses qui seront nécessaires pour se mettre en bon estât, ainsy que j'en donne l'ordre de sa part à M. d'Infreville, que Vostre Altesse verra par la lettre cy-jointe de M. de ... 1 à M. de Lionne.

1 Nom laissé en blanc dans le manuscrit.

ET <» ILKRES. 51

Le principal sujet1. . . esl sur et* que le Kov pressant toujours et cherchant m les moyens possibles de rendre vostre année plus considérable et plus *mj estât de battre l'escadre angloise qui doit estn» à présent dans la Méditerranée, Sa Majesté a eu l'intention de faire partir 5 à 600 chevaux «les meilleures troupes de sa maison , comme de ses mousquetaires , chevau-légers de la Rcyne et de Monseigneur le Dauphin, pour Toulon, pour estre dispersés sur les meilleurs vaisseaux; et, auparavant que de les faire marcher, elle a esté bien aysc d'en sçavoir vostre sentiment, qu'elle attend par le retour de ce courrier. Cependant elle les fera tenir en estai , ft, en ce faisant, ils pourront estre le 10 ou le 19 du mois prochain à Toulon. C'est à vous à considérer si des cavaliers de cette qualité, qui n'ont jamais esté sur mer, ne vaudroient pas mieux que de simples soldats un peu plus amarinés, et si vous'2. . . sur les vaisseaux ne pourroient pas s'habituer à la mer et se mettre en passe de faire quelque action extraordinaire en un jour de combat. Sur quoy on recevra encore un autre avantage, qui est que, en cas que toute l'armée navale du rov se trouvast dans les mers de deçà en estât de combattre contre celle d'Angleterre, Sa Majesté voudra absolument mettre des meilleures troupes de sa maison sur les principaux vaisseaux. Ce ne seroit desjà pas un petit avantage que ceux qu'il veut envoyer à présent fussent desjà habitués à la mer.

Sa Majesté s'attend bien qu'avec les forces que vous avez vous rechercherez partout et combattrez la Hotte angloise qui est dans la Méditerranée, avec ses seuls vaisseaux fortifiés de tout ce que vous avez de malouins et de bruslols; raesme si ces vaisseaux anglois vous joignent, il semble qu'il -oit impossible 3 . . . Et je me réjouis à l'avance avec vous que vous ayez une si belle occasion de faire quelque action éclatante pour le service du roy.

In vaisseau de la compagnie venant des isles de l'Amérique, ayant esté rencontré par une frégate angloise qui l'attaqua, se mit si bien dans un estât de la recevoir, que de la première attaque le capitaine anglois et douze ou quinze des hommes de son bord furent tués, et ensuite le vaisseau françois rentra heureusement au Havre-de-Grâce. Ln autre navire de Dieppe venant des mesmes isles, d'où il s'esloit mis en route nonobstant la crainte '|u'on luv avoit donnée des Anglois, estant tombé entre quatre ou cinq bastimens de cette nation, et s'estait! fort bien défendu, s'est tiré d'affaire et a r*>ndu heureusement le bord audit Dieppe. En sorte que de ces petits

1 Lacune d'une demi-ligne. - » Nouvelle lacune d'une ligne et demie. - 1 Lacune d'une

eommencemens nous tirons un bon augure pour des choses de plus grande importance, puisque nous voyons que, quand nos François combattent, ils remportent ordinairement l'avantage

(Arch. de la Mar. Dépfckn ronetmant la manne . t666 , fol. 168. »

INTENDANT A ROCHEFORT

Saint-Germain, i5 février 1666.

Je ne suis pas si satisfait que vous paraissez l'estre du nombre d'officiers mariniers et matelots qui se sont fait enrôler, parce qu'il ne se faut pas contenter d'en avoir un nombre suffisant pour tous les vaisseaux qui sont à présent sous vostre charge , vu qu'il s'agit d'en avoir encore pour former les équipages de quatre vaisseaux neufs, soit de Brest, soit de Soubize, que l'on pourra armer au printemps prochain.

Si M. de Navaillcs* persiste dans l'opinion où il est, et qu'il se laisse aller à cet esprit de commisération qu'il tesmoigne d'avoir pour les mau\ imaginaires des peuples, on aura lieu de ne pas ajouter beaucoup de créance cy-après à ce qu'il pourra mander de la mauvaise disposition où ils se trouveront. Quant à ce qui est de mon fait particulier, je ne sçache pas luy avoir donné matière de se mettre dans l'esprit que je ne veuille pas estre de ses amis. Et , par la conduite que j'ay tenue à son égard par le passé, il peut estre persuadé que j'embrasseray toujours les occasions qui pourront s'offrir de luy rendre service.

J'ay lu au Roy l'article de vostre dépesche qui concerne quelques gens de qualité de vostre voisinage qui, n'ayant point d'occupations, s'en pourraient faire de certaines choses qui tourneraient au préjudice de son service. Sa Majesté m'a fait l'honneur de me dire qu'il falloit toujours les

1 Quatre jours auparavant, Golbert écrivait cependant A son cousin de Terron :

«Je vous tesmoigneray l'étonnement où je sois que les Anglois ayent II liberté de venir sonder vos rades sans aucune appréhension, quoyque, y ayant nombre de vaisseaux du roy dans la Charente, il semblerait qu'ils dussent éviter d'en approcher ; et , s'ils ne laissent pas de paroistre ainsy en cet endroit là , il est à présumer que dans les autres, où Sa Majesté n'a aucunes forces navales, ils y viendront avec beaucoup plus d'audace. A cet élonoement.

j'ajouleray que j'ay une grande inquiétude sur la seureté de nos vaisseaux, et que je n'auray pas l'esprit en repos que vous ne me mandiez précisément qu'ils ne scauroieut estre insultés. Comme le principal en cela est d'avoir de l>ons avis et d'estre ponctuellement averty de ce qui se [«anse, il n'y a rien de si grande conséquence que d'avoir toujours quelque petit bas timent en mer qui vienne vous rendre compte de ce qu'il y aura vu...» (Dép. ctme. la mar. fol. t5A.)

■ Gouverneur de la Rochelle. (Voir I, tl.)

entretenir dans l'espérance qu'elle leur donnerait de l'employ à première occasion. Et, en effet, ne voulant pas former par une seule levée le corps des troupes qu'elle a résolu de mettre sur pied, il seroit difficile de les satisfaire quant à présent. . .

( Areh. de la Mar. Ihpècke* evnctrmnt la marine , 1 666 , fol. t g5. )

Page 1