PREMIER PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE DES COMPTES A DIJON
Pari», «t janvier 1666.
Le dégel estant arrivé depuis quelques jours et la rivière par conséquent devenue marchande1, je ne fais point de doute que les bois qui estoienl arrestés ne soyent à présent bien près de Toulon, et que vous ne travailliez à y envoyer les 5oo pièces que vous avez fait conduire à bord de ladite rivière.
Le commissaire Saint-Georges - et le charpentier Rernard3 me mandent qu'ils ont visité les bois dépendant du chasteau d'Espagny4, qui appartiennent à mademoiselle d'Elbeuf \ et qu'ils y ont trouvé une quantité d'arbres propres au bastiment des vaisseaux du roy, si considérable qu'ils ont eu quelque peine à en croire leurs propres yeux, parlant de cent ou six vingt mille pieds d'arbres que l'on pourroit couper, sans compter les jeunes arbres, auxquels on pourroit donner le temps de croislre jusqu'à une raisonnable grosseur.
Ce fondement estant posé, c'est un trésor que nous avons découvert . lequel il faut soigneusement mesnager. Mais comme il seroit à craindre .
1 II s'agit sans doute de la Saône. * Canton d'Is-sur-Tille, arrondissement de
1 Commissaire ordinaire de marine en Dijon (Côte-d'Or).
• 665, Saint-Georges reçut, en 1670, une « Marie -Marguerite -Ignace de
commission du roi pour surveiller l'importante dite matUmottelk d'Elbeuf, dame < lu palais de l.i
l'Xploilaliou des bois en Bourgogne. Mort en Reine, morte sans alliance, à Page de cinquante
1 673. ans, le7aoûti679. — Fille dn Charles II de Lor
Nirnl»* R»r„«rJ R-n.™! m*ltM*l»r. fac d'Elbcilf, COUlte d'HaTCOUrt, d do
Cjtberine-Ilcnnotle , fille nalureHede Henri I V
si celte princesse venoit à sçavoir que le Roy voulust les acheter, qu'elle ne les tinst fort chers , je laisse à vostre dextérité et à vostre prudence d'aviser aux moyens d'en conclure un ou plusieurs marchés sans empressement ni affectation 1 . . .
(Arch. de la Max. Dépêches concernant la marine, 1666, fol. 96')
INTENDANT A ROCHEFORT
(Copie portant : D, la mmn de CoUxrt.)
Saint-Germain , 9/4 janvier 1666.
Le Roy est venu icy pour y faire un séjour assez long , à cause de la mort de la Reyne mère, arrivée le 90 de ce mois à six heures et demie du matin. Je feray à vostre lettre du 1 U une réponse un peu plus ample que je n'ay encore fait, et en mesme temps à celle du 18, que j'ay reçue par le dernier ordinaire.
Par celle du 1 U , en me faisant le détail des vaisseaux qui sont dans vos rivières et de leur estât, vous parlez du Mercccur,* l'Infante , la Victoire, le Beaufort, le Triomphe, le Diamant, le Rubis, le Mazarin.
Tous ces vaisseaux me paraissent à peu près en estât d'estre mis à la mer.
Le Saint-Sébastien est destiné pour le Canada.
Le grand vaisseau de Soubize ne peut estre achevé qu'en may. Ce sont seulement huit vaisseaux en estât de servir. Le Vendôme fera neuf.
Il faut presser le vaisseau de Soubize et deux neufs de Hubac3, pour les avoir, s'il se peut, à la fin d'avril: ce qui feroit douze. Les deux frégates f Hermine et f Hirondelle, quatorze.
' Colbert écrivait encore à Duguay, le 1"
août j 670 :
7 Vous m'avez autrefois écrit au sujet îles hois «TCspagny, appartenant à mademoiselle d'EIbeof, et, si je ne me trompe, le commissaire Saint-Georges en a fait la visite. Je serois bien ayse à présent de sçavoir leur consistance, dans quoi temps on ponrroit les exploiter, et d'avoir vostre avis sur le pied qu'on pourrait les acheter. Mats il faut bien prendre garde que per- <<»nn«j ne rroye que notis on avons besoin , ni nvsm*» qu'on y pense , estant constant . vn la
quantité de bois qui est à Toulon, à Arles, sur les rivières et en Bourgogne, qu'il n'y a que l'occasion du bon marché qui puisse nous obliger à faire de nouveaux marchés. Aussy, m près l'année 1671 passée, il suffira d'en avoir de quoy baslir deux ou trois vaisseaux chaque année. . . . H [Dépêches concernant la nwmw, fol. i45.)
1 Laurent Hubac, père, charpentier de marine, dont il sera souvent question dans cette correspondance. H dirigeait alors le* chantiers «le Bros!.
Les deux vaisseaux que l'on bastit à DunJcerque ne pourront pas estre prests , parce que les Espagnols empeschent la sortie des bois.
En sorte que si vous ne faites jusqu'à l'impossible pour faire achever ces trois vaisseaux, nous nous trouverons presque hors d'estat de pouvoir sortir en mer à cause de nostre foiblesse. Je suis en peine que vous ne fassiez point de mention dans vostre lettre de ÏAigU-d'Or, du Jardin-de-Hollande, et de la fluste la Justice ou la Paix.
Je suis bien ayse que vous ayez des bois de charpente pour trois ans. J'apprends de Lombard qu'il en descend par la Garonne de très- beaux et en quantité, et en mesme temps, que vous épuisez ce pays -là. Il faut travailler à en chercher sur la rivière de Loire, et sur toutes les rivières y affluentes, mesme dans le Berry, Bourbonnois , Nivernoiset Auvergne, où vous en trouverez assurément une très-grande quantité.
Il ne faut pas balancer à faire faire des bastiraens propres à porter des bois.
Pour les planches de Prusse et de sapin que vous demandez, vous sçavez bien que,, tant que la liberté du passage de la Manche sera interdite, il sera bien difficile, voire mesme impossible, d'en faire venir de Hollande. J'écris à M. Courtin qu'il vous en envoyé par le Nord.
La lettre du sieur Dumont s'est perdue dans mon cabinet; je luy écris qu'il m'envoye un mémoire de tous les ordres qu'il demande. Faites-luy tenir ma lettre , et excitez-le fortement à la découverte des mines qu'il a entreprises. Vous sçavez assez de quelle importance il est pour le service du roy d'avoir de ces métaux, pour n'estre pas nécessaire que je vous en dise davantage.
Le sieur Dalliez, que j'ay envoyé en Forez et Dauphiné, pour faim faire toutes sortes d'armes, m'écrit qu'il commence destablir son travail. J'espère que nous en aurons suffisamment avec un peu de temps; mais il ne faut pas à l'avenir perdre un moment pour remplir nos magasins de toutes sortes d'armes et de munitions.
Puisque vous approuvez le sieur Guinant, je suis résolu de l'envoyer à Saint-Malo, pour voir s'il pourra traiter soit à fret, soit d'achat, du vaisseau le Dauphin, de ho pièces de canon, qui y est à présent, pour luy en donner le commandement.
Quant aux lieutenans qui seront capables de monter des vaisseaux , il y aura lieu de leur donner de l'employ, si nous prenons des vaisseaux des compagnies des Indes orientales et occidentales, et si nous en faisons acheter en Hollande, où je recommande particulièrement à M. d'Estrades et au sieur Dumas de n'en point acheter qui ayent esté bastis pour des mar-
chands en intention de les vendre, mais d'en faire faire de neufs, et de prendre bien garde qu'ils soyent bien liés et forts de bois
Jay grande impatience d'apprendre le départ de M. de Saint-Romain et de l'abbé de Bourzeis, parce que leur retardement peut causer beaucoup Je préjudice au service du roy.
L'accommodement entre le Portugal et l'Espagne, par le moyen de l'Angleterre , n'est pas si éloigné que vous le croyez; nous en avons nouvelles d'ailleurs.
Jeipédieray, pour l'année 1 665 , les mesmes appointerons que vous avez eus pour 1 66 A; vous en pouvez faire estât.
Je suis bien ayse que le sieur Lombard ayt envoyé du goudron du Nord à Toulouse, pour estre voituré à Narbonne et de là à Toulon; sur quoy vous observerez que les hoo quintaux dont je vous avois écrit d'abord ne suffiront pas, à beaucoup près, et qu'il faut y envoyer pour le moins 8oo quintaux, à quoy il n'y a' pas de temps à perdre, ni à donner ordre audit Lombard d'arrester tout ce qui s'en pourra faire dans le Médoc, parce que, estant impossible d'en tirer du Nord pour le Levant, il faudra de nécessité y en faire venir de celuy de Médoc toute la quantité qui sera nécessaire, jusqu'à ce que Pestablissement de cette manufacture soit fait en Provence.
Je ne doute pas que vous n'ayez fait voiturer, avec la mesme diligence, la quantité de toiles noyales portée par ma première dépeschc.
Je vous diray que nous avons eu avis certain d'Angleterre, que le capitaine Smith 2, qui commande l'escadre angloise qui est passée en Levant, a formé le dessein de brusler les vaisseaux du roy qui sont dans le port de Toulon ; sur quoy Sa Majesté a donné les ordres nécessaires pour s'en défendre, de sorte que vous devez, par cette tentative, examiner ce que cette nation pourroit entreprendre sur les vaisseaux qui sont sous vostre charge, et y remédier autant qu'il sera possible.
Faites-moy sçavoir des nouvelles de l'isle de Ré, et ce que le sieur Blondel 3 fait auprès de vous.
La lettre de change de i5o,ooo livres que je vous envoyé est pour pareille somme que vous enverrez en Portugal 4.
J'attends avec impatience les mémoires que vous me devez envoyer concernant la fabrique des canons de fer et de mousquets, le sieur Rer-
' Voir pièce n* a a.
» Jérémie Smith.
BUhkM ingénieur des palères et de la mamu» du Uvant . fut envoyé à «Ma époque pr*s
de Colbert de Terron pour diriger les travaux du port et de la nouvelle ville de Rochefort.
* Louis XIV soutenait alors secrètement les Portugais rontre l'Espagne.
ihelot me pressant, et estant d'ailleurs important <le commencer cette manufacture , laquelle réussissant produira un grand avantage pour la marine; estant cependant nécessaire de prendre garde que les canons soyent de bonne fonte, et non chambrés.
Je suis bien aysc que quatre des principaux capitaines travaillent à former des équipages, en exécution des ordres que je vous ay envoyés.
Je sera y bien ayseque vous m'informiez, dans vostre première dépesche, en quel estât sont les équipages de tous les vaisseaux qui sont sous vostre charge, estant très-important de ne pas perdre un moment de temps aies former tous, pour les pouvoir mettre en mer toutes les fois qu'il plaira au Roy de l'ordonner.
Je vous ay dcsjà fait sçavoir que M. d'Infreville a commencé de mettre ses équipages à la solde du roy, et de les faire payer par les mains des écrivains. Sa Majesté désire que vous fassiez la mesme chose; et, en cas que vous ayez à cet effet besoin de quelques ordres, en me le faisant sçavoir, je ne manqueray pas de vous les envoyer.
Outre l'ordre que je vous donne de tenir tous les vaisseaux presls, le Roy veut que vous en teniez six en bon estât, dans peu de jours, pour porter mademoiselle de Nemours1 en Portugal , Sa Majesté ayant résolu delà faire partir de Paris dans quatre ou cinq jours d'icy, pour aller à Vendôme, où son mariage se fera. Sur ce sujet, je dois vous dire que M. le marquis de Sande3 a demandé, au nom du roy son maistre, M. le marquis de Ruvigny3, pour commander tous les vaisseaux et remettre la reyne de Portugal entre les mains du roy son mary. Comme il pourra y avoir des capitaines qui feront difficulté de luy obéir, examinez ceux qui seront les plus traitables,ct faites-m'en sçavoir vos sentimens. Sa Majesté l'establîra, pour ce voyage seulement, lieutenant général de ses armées navales4.
1 Mariée , le a 5 juin 1 666 , à Alphonse V I , roi de Portugal. (Voir II, Û37, note t.)
1 Don Francisco de Mello de Torres, mar- (jnis do Sande, comte de Pone, nmhassadeur dc Portugal a Paris en îfi/it, en 1666 et en
3 Henri de Massué, marquis de Ruvigny.
entra au service en 1 637 ; maréchal de camp en i6'i5, lieutenant général en i65s. Il fut souvent employé par le Roi dans des négociations secrètes. Ambassadeur extraordinaire en Angleterre», en 1667 et i673. 11 était protestante! quitta la France lors de la révocation de redit de Nantes. Mm l en Angleterre.
* Le marquis de Ruvigny eut, en effet, le commandement de l'escadre de du Quesne. qui devait conduire à Lisbonne la future reine de Portugal. Du Quesne en Sut vivement blessé, et il ne le dissimula pas, car Louis XIV dot lui écrire pour lui ordonner d'obéir et nV faire obéir à M. de Ruvigny, à qui d'ailleurs il était formellement recommandé «de tenir des conseils des principaux officiers, et d \ faire un cas particulier des avis du sieur du Qucsue, comme estant l'un des plus expérimentés capitaines de marine.» (i/ùtour manùme aV Fronce, par M. L. Ciiérin, III. 170.)
MeUez-moy toujours un article dans vos lettres , de Testât du travail de ^tre faiseur de grosses ancres, ensemble des masts des Pyrénées.
ft&écutez prornptement la résolution prise d'envoyer vostrc neveu1 à Brest, et le sieur de La Chaboissière àSaint-Malo. L'employ de vostre neveu sera le plus important, parce qu'il faudra reconnoistre ce que les Ànglois pourraient faire contre nous dans cette partie de Bretagne, et tout ce que nous pourrions aussy faire contre eux.
J'écris à M. Matbarel de vous envoyer six commissions pour armer en course aussytost que la déclaration sera publiée. Excitez de tous costés le plus d armateurs que vous pourrez, pour troubler le commerce d'Angleterre, particulièrement du costé du midy, où ils n'ont pour l'ordinaire aucun vaisseau de guerre.
Je feray résoudre dans cette semaine les officiers qui doivent commander les vaisseaux neufs qui s'achèvent à Soubize et à Brest, afin de vous aller trouver pour travailler à leurs équipages.
Puisque le Roy vous a envoyé ses ordres pour l'ouverture des ports,
vous aurez formé les équipages des
de Sa Majesté ».
La résolution est prise d'envoyer le sieur Forant en Danemark3 aussytost que nous aurons avis que les vaisseaux seront prests, et, pour le sieur Pannetier4, je m'informeray bien de sa suffisance avant que de le joindre audit sieur Forant.
Pour ce que vous me dites du désordre dans lequel seront les affaires du chevalier de Sourdis5 en luy ostant l'Hermine, il a esté absolument nécessaire d'en user ainsy, parce qu'il a fait tant de fautes en la conduite de son vaisseau que je ne le trouve pas capable d'en naviguer un tout seul, et je crois qu'il sera bon qu'il navigue encore quelque temps sous le sieur de La Roche-Saint-André0. Pour ses comptes, il sera nécessaire que vous les examiniez et que vous les arrestiez.
( Bit.l. hnp. Mm. 5oo Colhert , Dépéclm dt 1666 tl 1867, vol. 1 «G . M. 117. )
' Pierre Cbertemps, sieur de Seuil. deux vaisseaux, le Grand-Danois et le Grand-
■ Le 17 décembre i685, une ordonnance Frédéric, que te Roi avait fait ronstruire en
naît eojoint au duc de Beaufort de faire fer- Danemark.
<fuu«- manière absolue à tous les navires * Pannetier, de Boulogne, capitaine de
parts de Poitou, Saintooge, pays d'Aunis, vaisseau en 1660, chef d'escadre à Brest en et la Rochelle, jusqu'à ce que la 1689. Mort le q6 avril 1696.
mue. que les officier» de marine devaient 1 Le comte de Sourdis, lieutenant de vais-
f ir.» pour enrôler les matelots nécessaires au seau en 166s, capitaine en 1660, chef d'es-
«rrice de la ÛoUe , eût été terminée. cadre en 1 680. Mort à Brest le s3 janvier 1 686.
1 F- ««—ni de Hollande (voir page 3a , « Capitaine de vaisseau en 1 66a, chef d'es-
**■ 3), Forant alb chercher à Copenhague cadre en 1667. Mort en itfft.
INTENDANT A ROCHEFORT
Sainl-Germain, a 9 janvier 1666.
J'ay reçu la lettre que vous m'avez écrite le ai du présent mois , laquelle m'a bien soulagé de l'inquiétude où j'estois de sçavoir si vous avez toutes choses nécessaires pour l'armement des vaisseaux du roy qui sont sous vostre charge, puisque vous m'assurez que rien ne vous manquera. Je vous prie de l'examiner encore une fois, car jevous avoue qu'après la déclaration qui vient d'estre faite contre l'Angleterre, je seray toujours en peine jusqu'à ce que je voye tous vos vaisseaux à la mer. Vous observerez qu'il ne faut manquer de rien des choses dont vous avez besoin , non-seulement pour les vaisseaux que vous voyez à présent dans vos ports, mais mesme pour ceux qui s'achèvent à Brest, en Charente et à Soubize, et encore fautil faire diligence de toutes parts pour en avoir pour les accidens qui peuvent arriver pendant la campagne.
Quoyque je vous aye écrit cy-devant qu'il vous suffisoit de m'écrirc seulement une fois la semaine, je suis bien ayse à présent de vous dire que vous me ferez plaisir de m'écrire deux fois, voire trois si vous le pouvez, parce que l'affaire la plus importante du royaume est celle que vous avez en main; le Roy estant très-ayse d'apprendre souvent Testât auquel sont toutes choses dans vos ports , surtout pour les radoubs et l'armement de ses vaisseaux, et mesme combien d'équipages vous avez complets, et quand vous espérez avoir ceux qui resteront à faire. En quoy vous pouvez estre persuadé que vous ne pouvez rien faire qui soit plus agréable au Roy que de l'informer exactement de ces détails.
Examinez s'il ne seroil pas bon de mettre en mer les deux ou trois premiers vaisseaux que vous aurez en bon estât, en mesme temps que vous ouvrirez les ports, pour couvrir tous les petits bastimens qui sortiront des rivières pour porter du vin en Bre4agne ou ailleurs1.
Vous sçaurez que le sieur de Meautrix 2 est présentement au Havre, où il arme la frégate l'Hermine. 11 prendra encore la petite frégate de Morin pour sortir en mer et commencer à donner toute seureté aux petits bastimens qui naviguent dans la Manche. Je travaille d'un autre costé à avoir deux vaisseaux à Dunkerque, et en mesme temps j'envove le sieur Guinant à Saint-Malo pour y avoir deux assez bons vaisseaux qui y sont, l'un appelé
1 Voir pièce n* 9.3. vu dans ta lotlre précédente que l Hermine av.nl
1 Capitaine de vaisseau depuis » 66a. On a du être retirée au chevalier de Sourd».
h IkmÊm, qui appartient au sieur Simonct et autres, du port de hk pièces de canon, el l'autre, de la compagnie des Indes occidentales, de 36 pièces.
Je fais estât d'acheter le Dauphin, qui sera monté par le sieur Guinant. I l'égard de l'autre, je persuade M. le duc Mazarin 1 de le faire acheter par le marquis d'Effiat* et l'armer de bons officiers et d'un bon équipage, pour l'offrir ensuite au Roy. Je ne sçais pas encore si j'en pourray venir à bout, mais je puis vous assurer que ce vaisseau sera armé pour Sa Majesté, et ma pensée est, en cas que vous l'approuviez, de donner au sieur Guinant, avec ces deux vaisseaux, la garde des costes de Bretagne, pour faire la guerre aux Anglois partout où il le pourra. M. le duc Mazarin s'en va par ordre du Roy dans cette province, où il promet de faire merveille, sur ce que je l'ay fortement excité d'animer les Bretons à armer en course, d'y mettre lu v-mesme une somme un peu considérable , d'y inviter les lieutenans du roy, les principaux gentilshommes, les compagnies des principaux marchands, et généralement tous ceux qui ont du zèle pour le service de Sa Majesté; voyant m es me qu'il y a lieu d'espérer qu'il y aura à Saint-Malo douze ou quinze bastimens armés en course , el peut-eslre autant dans le reste de la Bretagne , et que tous ces petits bastimens réunis ensemble sous le commandement de Guinant pourront faire quelque chose de considérable. C'est pourquoy, il sera nécessaire que vous liiez une correspondance entière avec cet officier, afin de luy pouvoir joindre les deux vaisseaux que vous luy ferez servir de garde-costes, et mesme quelques autres pour faire quelque chose de considérable, car vous sçavez assez de quelle importance il est, dans ces commencemens , de faire quelque bonne action.
Comme vous voyez que de ma part je taschc d'animer tout le monde, je ne doute pas que vous n'en usiez de mesme de la vostre ; et si vous pouviez faire armer quelque petit nombre de vaisseaux en course sur vos costes, nous ferions toujours plus d'effet et tourmenterions davantage nos «nnemis. C'est une application qu'il faut que vous ayez à présent, outre toutes celles que vous avez desjà.
Le sieur Guinant m'assure qu'il y aura quelque chose de considérable a faire aux isles qu'il appelle Sorlingues 3, qu'il dit estre entre l'Irlande et l'Angleterre. Examinez s'il ne sera pas bon d'y envoyer, dès à présent, «pielques vaisseaux, et jour et nuit de bien tailler de la besogne à nos
' Armand de La Porte , duc de La Meilleme, venait d'obtenir le gouvernement de la haut? et bosse Bretagne.
1 Martin Ruié, .marquis d'Effiat, né en f fil», lieutenant du roi on Auvergne. Il avait ut.
marié une de ses filles au duc de La Meitleraie , père du duc de Mazarin.
3 Iles de la Manche, dénudant du comté île Cornouailles et appartenant à PAngltttorre.
50 MARINK
ennemis. Comme toute cette guerre du costé du Ponant tombe à présent sur vous» je vous conjure de faire tous vos efforts à y bien réussir. !)»• ma part, je vous promets que je feray tout ce qui dépendra de moy pour vous ayder.
M. de Seuil devroit estre à Brest dès il y a longtemps. Je crois que vous n aurez pas manqué de luy donner une bonne et ample instruction, et que vous tiendrez une bonne et réglée correspondance avec luy. Vous pouvez luy donner part de tout ce que je vous écris sur le sujet du sieur Guinaut. en luy recommandant le secret.
Quoyque je ne doute pas que vous n'ayez desjà fait commencer à préparer des artifices pour nos bruslots, je ne laisse pas de vous dire qu'il n'y a pas un moment à perdre pour cela.
Le sieur Berthelot m'assure qu'il vous a fait voiturer vingt milliers de poudre à Orléans, pour les conduire par la rivière de Loire jusqu'à Paimbœuf; que tous les quinze jours il en donnera vingt autres milliers, en sorte que, dans la fin de février prochain, il y aura soixante milliers de poudre, ou dans vos magasins, ou sur la route. Faites-mov scavoirsi cette quantité vous suffira , parce que , si elle ne vous suflit pas , je vous en enverra) une plus grande. Faites travailler vos moulins de Brouage et de Saint-Jeand'Angely avec la plus grande force qu'il se pourra, parce que vous voyez qu'il n'y a point de munitions dont vous ayez autant besoin.
Faites acheter de petits bastimens pour servir en bruslots, en tel nombre que vous estimerez nécessaire . . .
(Arch. de la Mnr. Ityfrfat roi,rrm*«f k m<tnW. 1666. fol. lit.)