INTENDANT A TOULOUSE
(Copie portant : D$ la main a* Colbtrt.)
Saint-Germain, 1 1 juillet 1676.
Les bastimens qui ont esté destinés et employés jusqu'à présent pour la garde des costes du Languedoc et du Roussillon , et pour l'escorte des munitions et marchandises pour l'armée de Catalogne n'ont pas produit tout le bon effet qui serait à désirer pour le bien du service du roy. Comme il est nécessaire d'y remédier à l'avenir, et qu'il faut pour cela bien connoistre de quelle qualité sont les barques qui portent ces munitions et vivres, comme aussy de quel port sont les bastimens de Majorque qui les peuvent attaquer et qui troublent le commerce de Languedoc, je vous prie de me faire sçavoir bien précisément de quelle qualité sont ces barques, combien de tonneaux et de quintaux elles portent, combien elles tirent d'eau , comme aussy de quel port sont les brigantins et autres bastimens armés en guerre de Majorque et des autres costes d'Espagne, qui sont pour l'ordinaire sur ces costes, combien de canons ils ont, combien d'hommes d'équipage, et enfin combien ils tirent d'eau, afin que, sur les connoissances que vous me donnerez, Sa Majesté puisse envoyer des vaisseaux ou bastimens armés en guerre qui ayent quelque rapport avec les bastimens de charge et les majorquins, d'autant qu'il sera toujours inutile d'envoyer sur cette coste des bastimens armés en guerre qui tirent huit ou dix pieds d'eau, si les barques et les corsaires majorquins n'en tirent que six pieds, parce que, ces bastimens de dix pieds ne pouvant approcher si près de terre que les autres, les majorquins les prendront toujours sans aucun remède.
( Areli. de la Mar. Dépêcha concernant la marine , 1 676 , fol. ift.)
LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES
Saint-Germain, 11 juillet 1676.
Pour réponse à vostre lettre du 3 de ce mois, Sa Majesté attend avec une extrême impatience des nouvelles du départ de l'armée navale. Vous n'écrivez point encore dans quel jour vous espérez qu'elle pourra mettre à la voile, et, par la lettre du 7 que Sa Majesté a reçue du sieur Arnoul, il ne parle point du temps du départ des vaisseaux ; cependant vous connoissez de quelle extrême nécessité il est qu'ils retournent promptement à Messine : le Roy reçoit nouvelles de tous costés que les ennemis sont dans un abattement tel que, si la flotte paroissoit à présent, elle pourroit causer des révolutions considérables dans le royaume de Sicile et de Naples, et ce seroit un grand malheur que cette lettre vous trouvast encore à Toulon.
Je suis persuadé que les raisons que vous avez eues pour faire demeurer les vaisseaux aux isles d'Hyères sont bien fondées; cependant il y a à présent un mois qu'ils sont de retour aux rades desdites isles sans qu'on leur ayt fait aucun radoub ni carène, et Sa Majesté a lieu de croire, par les lettres du sieur Arnoul , qu'ils ne sont pas encore partis; ce retardement est très-préjudiciable dans le temps présent des affaires.
Les ordres ayant esté donnés au munitionnairc pour fournir des vivres à l'armée navale jusqu'à la fin de novembre , je ne doute pas qu'iJs ne soyent à présent embarqués, et que vous n'ayez surmonté toutes les diflicullés qui lauroient pu retenir, Sa Majesté attendant avec impatience des nouvelles de son départ.
Les ordres ayant esté donnés au trésorier de la marine sur les 3 sols qu'il prenoit par pistole, il les donnera à présent pour le prix qu'elles valent dans le royaume, mais l'intention de Sa Majesté est qu'il retienne 6 deniers pour livre, tant sur le fonds des appointemens des ofliciers et de la solde des équipages que sur celuy de la table des capitaines, pour estre employés à l'establissement des hospitaux de la marine.
Ledit trésorier a eu ordre de remettre à Toulon huit mois de table aux capitaines des vaisseaux de l'armée navale pendant cette année, et il m'a assuré qu'il y a satisfait.
Sur ce que vous me marquez que le chevalier de Valbelle a connoissance des relations que vous avez envoyées , je dois vous dire que cela n'est pas possible, et ce sont apparemment des discours que l'on a tenus
sans fondement; cependant j'exaniincray de près cet avis pour taschcr d'en connoistre la vérité.
Pour ce qui est de la commission de capitaine de vaisseau que vous demandez pour le sieur du Quesne-Guitton , vostre neveu, le Roy s'est expliqué qu'il ne pourvoiroil à présent à aucune des places d'officier qui vaquent dans la marine, Sa Majesté ayant remis à la fin de l'année; vous ne devez pas douter qu'en ce temps je ne tasche de procurer à vous et à luy la satisfaction que vous désirez.
(Arch. de la Mar. Dépêche, concernant la manne, 1676, fui. >g6.)