AU SIEUR BRODART
INTENDANT DES GALERES A MARSEILLE
Versailles, a 6 juillet 1676.
On m'a parlé icy d'un Turc servant sur les galères du roy qui estoit à Paris, et on m'a demandé d'obtenir de Sa Majesté la liberté pour luy.
Comme il m'a paru extraordinaire qu'un Turc se trouvast à Paris sans qu'il y eust eu ordre de Sa Majesté pour le faire sortir des galères, je l'ay fait venir pour m'informer de luy-mcsmc de quelle manière il s'estoit sauvé.
J'ay trouvé qu'il s'appelle Louis, a esté fait chrestien depuis quelque temps et qu'il est sorty de Marseille après le départ des galères sous la caution d'un nommé Bonneau, marchand de Marseille. Je vous avoue que cela m'a fort surpris.
Premièrement, de quelle autorité empesebez-vous un Turc qui se porle bien , qui est en estât de servir le roy, de partir en mesnie temps que les galères pour servir comme les autres?
En second lieu, où avez-vous jamais trouvé qu'il fust permis d'élargir un forçat ou Turc des galères sous la caution d'un marchand et sans unordrr exprès de Sa Majesté ?
Je ne m'attendois pas à cela après la lettre que vous m'écrivistes le 7 de ce mois, sur laquelle vous proposiez, pour empescher l'évasion des forçais, des expédiens qui m'avoient persuadé que vous aviez fait et que vous feriez toutes les diligences nécessaires pour empescher ce désordre. Si vous avez quelque raison à me dire pour justifier ce que vous avez fait là-dessus, vous pouvez mé l'écrire, mais je vous avoue que je ne puis en prévoir aucune que vous puissiez alléguer !.
(Arch. de la Mar. Ordre* du roi pour le* galère* , 1676, toi. 90.)
1 Voir pièce n" 'i3r, et noie.
ET GALÈRES. 29 /i38. — INSTRUCTION POUR LE SIEUR DE VAUVRÉ,
COMMISSAIRE GÉNÉRAL DK MARINE A TOULON
De. . . 7 aousl 1676.
Comme il est bien important qu'il s'instruise, avant de partir de Provence1, de ce qui regarde les galères, Sa Majesté veut que, en cas qu'il ne >nit pas extraordinaireroent pressé par le départ des six vaisseaux qui doivent passer à Messine sous le commandement du sieur Gabarct, il demeure deux ou trois jours à Marseille pour prendre connoissance de tout ce qui se pratique dans cet arsenal pour l'armement, le radoub, l'entretien et la conservation des galères et de leurs chiourmes, afin que, ayant le mesme service à rendre à Messine, il y arrive informé d'une partie des choses qu'il doit sçavoir pour servir utilement Sa Majesté. Pour cet effet, elle donne ses ordres au sieur Brodart, intendant desdiles galères, de luy donner toutes les instructions dont il aura besoin pour bien s'acquitter de l'employ qu'elle luy confie. Elle veut aussy qu'il s'informe soigneusement dudit sieur Brodart de Testât auquel estoient les galères lorsqu'elles sont parties de Marseille, qu'il prenne des inventaires exacts de tout ce qui leur a esté fourny avant leur départ, afin que, lorsqu'il sera arrivé à Messine, il puisse se faire rendre un compte exact, par les écrivains de chacune galère, de ce qui aura esté consommé, en examinant les registres qu'ils doivent tenir desdites consommations. Sur quoy il doit observer de tenir toujours la main à ce que lesdits écrivains s'acquittent bien de leur devoir, en les obligeant de représenter de temps en temps lesdits registres, et examinant si toutes les consommations qui ont esté faites sont nécessaires.
Il sera informé que les galères ont pris trois mois de vivres à leur départ, que ces vivres ont commencé le 1 5 avril dernier, et qu'ils sont finis le 1 5 juillet ensuivant; qu'il est party trois autres mois de vivres pour lesdites galères avec les 9 k vaisseaux partis sous le commandement du sieur du Quesne, en sorte qu'elles en doivent avoir à présent jusqu'au t5 octobre. Et comme il est très-nécessaire de conserver ces vivres en sorte qu'ils durent pendant tout le temps que lesdites galères doivent tenir la* mer, Sa Majesté veut qu'il tienne la main à ce que la distribution s'en fasse ainsy qu'il est porté par les eslats, et observe exactement sur ce sujet tout ce qui luy a esté ordonné, à l'égard des vaisseaux, dans l'instruction qui luy a esté donnée.
' Le Roi l'avait désigné pour sertir en qualité de commissaire général sur les galères en Sicile.
Il obligera les écrivains à tenir un rôle exact de la chiourme et de l'équipage, prendra garde qu'ils marquent exactement le jour auquel il sera mort quelque officier marinier, matelot ou soldat, et qu'il soit observe* la mesme chose à cet égard qui s'observe sur les vaisseaux. À l'égard des forçats et des Turcs qui mourront, il obligera lesdits écrivains à prendre des certificats des aumosniers qu'ils feront signer aux capitaines; et, en cas qu'il arrive quelque évasion de forçats ou de Turcs, il examinera soigneusement de quelle manière elle sera arrivée, en donnera avis au duc de Yivonne, général des galères et au marquis d'Oppède 1, pour y pourvoir et faire rechercher et punir tant lesdils Turcs et forçats que les auteurs et complices de leur évasion, dont il rendra compte exact à Sa Majesté; et à cet effet, il tiendra soigneusement la main à ce que les argousins et les autres officiers subalternes ne laissent évader aucun Turc ou forçat, par négligence, corruption ou autrement.
Pour ce qui est des malades, il doit tenir soigneusement la main à ce que le munitionnaire leur donne les rafraischissemens nécessaires, ainsy qu'il est porté par son traité, en prendre luy-mesme un grand soin, agissant en cela et en tout ce qui concernera les fonctions de son employ, de concert et par les ordres du sieur marquis d'Oppède.
Sa Majesté veut qu'il prenne garde surtout que les comités ne vendent à la chiourme ni vin ni aucune autre denrée de mauvaise qualité, et qu'il examine s'ils ne vendent point à un prix excessif pendant les voyages que feront lesdites galères; et, en cas qu'il reconnoisse quelque abus, il doit en avertir le duc de Vivonne, ou celuy qui commandera en son absence.
Sa Majesté veut qu'il tienne la main à ce que les poudres et munitions de guerre soyent bien conservées, et qu'il ne s'en fasse aucune dissipation.
En cas que les galères fassent quelques prises, le sieur de Vauvré se transportera sur lesdites prises, dressera un inventaire, tant des agrès que du chargement, fera fermer les écoutilles, les cachettera du sceau de Sa Majesté, et rendra compte du tout audit sieur d'Oppède, sous les ordres duquel il doit servir dans toutes les fonctions de son employ.
Il ne manquera pas d'informer Sa Majesté, par toutes les occasions, de Testât auquel seront lesdites galères, et de tout ce qu'il croira important au bien de son service. . .
(Areh.de la Mar. Dépêche» concernant Us galirti, 1676, fol. 99.)
1 Le marquis d'Oppède, président à mortier mois de mai 1676. — Ambassadeur eo Porau parlement de Provence en 167a , avait été. tugal de 1681 à i683. — Il était fds du proenvoyé à Messine comme intendant de la flotte , mier président et avait épouse une fille de Mien remplacement de Oolherl de Terron, au rin. (Voir Gmmlogi*, I, 4 77, note *.)