‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 341 sur 486 · A M. ARNOLL FILS · texte numérisé non relu

A M. ARNOLL FILS

INTENDANT DE MARINE A TOULON

(Copie porUml : Dicté* par Colbert.)

Paris, 3o avril 1677.

J'ay reçu par mon courrier vostre réponse à la lettre que je vous avois écrite par le mesme. Je ne doute point que ce que je vous écris en des occasions aussy pressantes ne yous soit sensible et ne vous donne beaucoup de déplaisir, et mesme ne vous oste une partie de la tranquillité d'esprit dont vous avez besoin pour avancer le service de Sa Majesté; mais c'est à vous à prévoir tout ce qui peut arriver en des occasions si importantes, et à ne pas me donner à moy-mesme le déplaisir de voir, dans vos lettres du 6 avril, un calcul par lequel vous faites voir que vous ne pouviez mettre en mer au premier jour d'avril, et cela sans qu'il paroisse mesme par vostre lettre, ni que vous y ayez pourvu ni que cela vous touche; et c'est certainement ce qui m'a fasché et obligé de vous écrire ainsy que je l'ay fait *.

Cependant, par la réponse que j'ay reçue aujourd'huy, il ne vous plaist pas de me dire un seul mot si vous avez du chanvre, si vous n'en avez point, ni en quel temps les vaisseaux pourront partir, et je ne sçais rien de tout cecy que par ce que M. Rouillé m'écrit que vous luy avez fait sçavoir que vous n'aviez pas besoin de son ministère, ni de l'exécution des ordres que je luy avois envoyés pour prendre tous les chanvres de la province3, et par la

' Ce* plaintes étaient habituelles à du » Voir piAce n° A5i.

Quesne. — Voir à l'Appendice une lettre du 1 Voir «M. paRf '19, note.

1 1 jniltel tfifia.

lettre de M. du Quesne qui me fait connoistre qu'il sera bientost aux isles d'Hyères, et qu'il n'y aura point de retardement à l'embarquement des troupes. . .

(Arrb. de la Mar. Dépêche* cmctrnanlla marine, 1677, fol. 118.)

A.r>4. — A M. ARNOLL FILS,

1ISTEÏNDAST DE MARINE A TOULON

Sceaux, 8 may 1677.

Je vous avoue que je ne comprends rien dans tout ce que vous écrivez concernant le départ du convoy. Vous m'aviez écrit, le 6 avril, que vous n'aviez point de chanvres et que, quand vous en auriez, le convoy ne pourroi t partir que le a o de may. J'ay donné sur cela des ordres très-pressans à M. Rouillé pour la Provence et à M. Daguesseau pour le Languedoc. En réponse, vous ne m'écrivez pas un mot pour me faire connoistre si vous avez du chanvre ou non , mais vous me dites seulement que le convoy ne tardera pas, comme si j'estois homme à me contenter de ces termes généraux, qui ne signifient rien. Par la lettre suivante pour mon (ils, il proist encore qu'il y aura un grand retardement au départ du convoy, sans en dire les raisons, ni ce qui vous manque; cependant j'apprends par lettres de M. Rouillé que vous luy avez écrit et envoyé un homme exprès pour luy dire que vous n'aviez pas besoin de son ministère et que vous avez tout ce qui est nécessaire pour le départ du second convoy. Si vous voulez examiner toutes vos lettres et la suite de cette affaire, vous verrez que ni moy ni qui que ce soit n'y peut rien comprendre; et cependant le convoy retarde et ne part pas.

J'apprends d'ailleurs que, lorsqu'on a mis le Florissant a la mer, il s'est trouvé une grande voye d'eau, et qu'en un mot tous les vaisseaux que le Roy fait baslir à Toulon sont abandonnés et que l'on n'y fait ni radoub, ni carène, ni visite jusqu'à ce que Sa Majesté en ordonne l'armement1, ce qui ne peut provenir que d'une négligence qui ne peut pas estre soufferte et qui tend à ruiner entièrement tous les vaisseaux du roy avant qu'ils servent.

1 Dans une lettre du 1 1 , Colbert adressait sorte que les vaisseaux du roy qui demeurent .1 A m mil, sur ce sujet, de nouvelles recom- dans le port soyent bien entretenus, et que, par mandations: « Vous reccvrei toutes les lettres les soins que vous en prendrez, ils n'aient de mon fils; c'est à vous de prendre garde jamais besoin d'un i^rand radoub lorsque vou*

d'exécuter ponctuellement les ordres qu'il recevrez les ordres du roy pour les armer... " vous donne, et particulièrement de faire eu (Dep. conr. la mar. fol. i3i.)

Rapprends aussy que l'incendie a esté très-grand et qu'il y a eu plus de 100,000 écus de perle; cependant il ne vous plaist pas de donner les avis véritables sur ces deux sortes d'affaires, et j'observe qu'en tout ce qui provient de vostre négligence vous tenez pour maxime ou de n'en rien écrire du tout ou d'en déguiser la vérité. C'est à vous à juger si cette conduite est bonne, si je puis vous la dissimuler, et si, à moins que vous la changiez entièrement, vous pouvez demeurez dans l'employ que vous avez.

Pour vous dire en un mot ce que vous devez faire pour vous empcscher de tomber dans ce malheur, c'est de bien vous appliquer à sçavoir toutes les ordonnances et règlemens de marine, à vous mettre bien dans l'esprit toutes les choses que l'on vous écrit qui regardent vos fonctions , à y penser continuellement, mesme le jour et la nuit, et à prendre bien garde que tout ce qui sera nécessaire pour le service du roy s'exécute dans le temps qu'il le désire; et lorsqu'il y arrive quelque accident, vous ne devez jamais rien déguiser de la vérité . . .

(Arch. d« la Mar. Dépêches concernant la marine, 1677, fol. n3.)

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