AU MÊME
Versailles, 96 juin 1677.
Pour réponse à la lettre que j'ay reçue de vous le 1 o de ce mois , j'ay vu ce que vous avez répondu à M. le duc de Navailles2 sur les propositions qu'il vous avoit faites pour le service que dévoient rendre les galères sous
une parodie Irès-piquanle de la fable de La (ligaU et la Fourmi, où figurent madame de Grignan et celle demoiselle, qu'on avait surnommée La Cifrale. (Corretp. du comte de BussyRahulin , III, 348.)
1 Antoine de Breleuil , l'un des fils do l'ancien contrôleur général des finances sous Maxarin. Chevalier de Malle en i65o, puis commandeur de l'ordre. Capitaine de galère en l**4, commissions en 1671, chef d'escadre
des galères en 1689. Il se retira du service le 90 avril 1695 et mourut l'année sîiivanle A Avignon. — De Breleuil montait alors la Forte.
* Voir I, 1 1. - Le duc de Navailles, alors maréchal de France, élail entré en Catalogue avec 8,000 hommes depuis le mois précédent. Les Espagnols, supérieurs en nomhre, le forcèrent à se replier vers le Roussillon , mais il s'arrêta au col de Bagnols, et !
perte.
vostre commandement. Pour vous dire mon sentiment encore une fois sur lout ce que vous écrivez, et vous avertir de l'effet que font vos lettres dans l'esprit du Roy, il y paroist toujours tant de difficultés et tant de raisons de ne pouvoir faire ce qui pourroit estre utile à son service que, si vous n y prenez garde, au lieu que le commandement que Sa Majesté a bien voulu vous confier devroit vous avancer dans le service et vous attirer ses grâces, il pourroit diminuer la bonne opinion qu'elle a de vous; et c'est la crainte que j'ay que cela n'arrive qui fait que je vous en avertis, afin que vous y metliez ordre.
Changez donc, je vous prie, de style dans vos lettres, et guérissez-vous de toutes les difficultés que vous trouvez; ne donnez point de créance à vos pilotes, auxquels le moindre nuage a accoustumé de faire peur, qui trouvent toujours des raisons de ne point partir d'un port lorsqu'ils y sont, et de craindre dans les ports mesmes où ils se trouvent, quand ils ne sont pas aussy bien fermés et à couvert de toute sorte de vents que l'est le port de Marseille.
Ne manquez pas de faire espalmer les galères que vous commandez lorsque vous serez arrivé au port de Cette, et soyez persuadé que le Roy ne vous sçaura point mauvais gré quand vous hasarderez un peu davantage ses galères, et que vous prendrez un peu moins de précautions pour leur seureté1.
Comme le temps de la foire de Beaucaire approche et qu'il seroit fort important que les galères que vous commandez allassent faire un tour sur les costes de Languedoc et de Provence, j'écris par ordre de Sa Majesté à M. le duc de Navailles que s'iï n'est pas en estât de faire aucun siège de place maritime, il seroit bon qu'il vous permist d'aller assurer la navigation des marchands qui apportent leurs marchandises à ladite foire. Ne manquez pas de suivre exactement ses ordres, le principal service que vous devez rendre estant de vous tenir sur les costes de Catalogne et d'exécuter tout ce qu'il vous ordonnera; mais, en cas qu'il n'estime pas nécessaire de retenir lesdites galères, vous pouvez vous rendre sur les costes
pour le bien du service du roy ; mais je trouve un peu extraordinaire que vous, qui ave* du bon sens et qui avex envie de faire quelque chose qui puisse plaire à Sa Majesté, vous ne vous mettiez pas au-dessus de ces difficultés, cl que vous chargiez rontinueUemenl vos lettres de raisons aussy mal fondées. ..»( Ordrt* du roi, fol. io3.)
1 Colbert écrivait encore au chevalier de Breleuil te a juillet suivant :
«J'ay appris, par voslre leUre datée de Celle le s o du mois passé, que les comiles et pilotes des galères que vous commandez n'ont pas estimé à propos de les faire espalmer en ce porl. Si vous suivez toujours leurs avis, ils seront bien ayses de ne rien faire et trouveront des à lout ce que vou
de Languedoc pour assurer la navigation desdits marchands, et faire la guerre aux corsaires mu jor< juins qui pourraient nuire à leur commerce. En ce cas, Sa Majesté veut que vous laissiez les briganlins commandés par le sieur de Fruges à la coste de Catalogne, pour continuer d'escorter les vivres qui seront destinés pour la subsistance de l'armée de Roussillon. . .
(ktth. de la Mar. Ordrt, du roi concernant les gmlèru, ,677. IbL 97.)