A H. BRODART
INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE
Fontainebleau, 9 septembre 1677.
J'ay examiné le rôle que vous m'avez envoyé, au mois de juillet dernier, des condamnés aux galères et Turcs invalides, montant à 576 hommes, et je vous avoue que ce grand nombre ma d'autant plus surpris que tous, excepté 160, ne sont aux galères que depuis 1670, et qu'il est difficile de se persuader que, outre la quantité d'invalides qui ont esté congédiés les années dernières, il y en ayt encore un si grand nombre qui le soyent devenus en si peu de temps. Mais ce qui me fait craindre que ce rôle n'ayt pas esté fait avec l'exactitude qui se doit, ce sont les maladies sur lesquelles est fondée leur invalidité, comme mal caduc, imbécillité, folie, étisie et autres semblables, qui peuvent facilement estre feintes par les forçats.
Les estropiemens de membres de tous les forçats mis en galères depuis trois ou quatre ans me paraissent aussy fort suspects, parce que, s'ils estaient estropiés lorsqu'ils ont esté attachés à la chaisne, on ne devoit pas les recevoir ou du moins il falloit en donner avis, et il n'y a aucune apparence qu'un si grand nombre soyent devenus estropiés en si peu de
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Il paroist aussy extraordinaire qu'il y en ayt d'ayeugles, particulièrement un qui n'est aux galères que depuis l'année dernière1.
Toutes ces observations me donnent lieu de croire que les officiers préposés à la visite des forçats ont manqué d'exactitude; que les médecins et chirurgiens peuvent avoir manqué de fidélité , et qu'enfin il faut que vous
I Cependant, comme la cbiourme pouvait souffrir de ces maladies vraies ou feintes, Colbert , qui , par une lettre du 9 1 février 1 676 , recommandait â M. de Harlay de faire juger promplement les criminels détenus à la Conciergerie de Paris, insistait encore, le 1 1 septembre 1677, pour que l'on condamnât aux galères »les criminels jugés pour crimes pour lesquels ils pouvoient mériter des peines plus rigoureuses. *
II ajoutait : «Sa Majesté m'ordonne aussy de vous dire qu'à l'égard des criminels qui passent l'âge de 55 ans, ou qui sont estropiés d'un bras ou d une jambe, ou rompus [ayant uni' fwi'tiù ),
ou malades de maladies incurables, elle ne veut pas que, sous prétexte de cet ordre, les juges les exemptent d'une peine plus rigoureuse en cas qu'ils la méritent. Sa Majesté désire aussy et vous charge particulièrement de bien prendre garde que cet ordre soit ponctuellement exécuté à l'égard de tous les autres; que sous aucun prétexte d'âge, d'estre estropiés, ou de maladies feintes et supposées, aucun ne s'en exempte; et précaulionnez-vous contre les recommandation, solticitations, corruption et charité mal réglée des médecins par qui vous les ferex \'\siler...» (Dêp. conc. le, gai. fol. 176.)- Voir aussi pièce n° 68s et note.
en fassiez un nouveau rôle plus exact, sur lequel Sa Majesté accordera la liberté à ceux qu'elle estimera à propos.
Pour vous expliquer clairement les intentions de Sa Majesté au sujet desdits invalides et du temps auquel elle leur accordera la liberté :
Tout invalide qui aura fait son temps doit estre mis en liberté en quelque temps de l'année qu'il donne un Turc à sa place, et, sur vostre avis, Sa Majesté fera expédier les ordres pour le détacher de la chaisne.
Les invalides qui n'ont pas fait leur temps ou qui sont condamnés à vie et qui auront plus de 60 ans seront reçus à donner un Turc en leur place, pourvu qu'ils ayent esté dix ans sur les galères ou au moins six ans.
Tous les Turcs invalides qui en donneront un autre pour mettre en leur place seront mis en liberté.
Tous les Turcs invalides qui feront donner la liberté à un François esclave pourront aussy estre mis en liberté.
À l'égard des condamnés pour faux-saunage qui sont à présent invalides, il faut que, suivant les ordres contenus dans ma lettre du U de ce mois, vous en fassiez une nouvelle visite et ensuite un nouveau rôle, en présence du sieur Fabre ayant charge et pouvoir des fermiers des gabelles à Marseille, et que vous me l'envoyiez ensuite afin que Sa Majesté puisse empescher qu'ils ne soyent à charge à l'hospital.
Je vous ay desjà fait sçavoir que, si le nommé Frionnet veut donner trente Turcs en sa place, Sa Majesté luy accordera sa liberté, et non autrement.
(Arch. de la Mar. Ordre* du roi coruxrwmt ht ffaUrtt , 1677, M. 17*.)