INTENDANT DE LA FLOTTE A MESSINE
Veraaillea, 3o juillet ,677.
Le Roy a appris avec beaucoup de déplaisir le funeste accident arrivé à Cività-Vecchia à la galère l'Heureuse*, et je vous avoue qu'il est bien fascheux de voir qu'une galère, qui est le fruit du travail et de la peine de trois ou quatre années, soit aussy malheureusement périe par la négligence des officiers. Cela doit réveiller encore vostre soin et vostre application pendant que les galères seront à Messine, pour tenir la main à la discipline, et à ce que le règlement qui a esté fait suivant les avis de M. de Vivonne, et dont vous trouverez une expédition cv-jointe, soit exactement observé, tant à l'égard de la chiourme et des équipages qu'à l'égard des officiers, qui se dispenseront volontiers du devoir qui leur est imposé par ce règlement, à moins qu'on ne tienne sévèrement la main à ce qu'il soit exécuté.
Nonobstant toutes les difficultés dont je vous ay écrit par ma lettre du
1 Voir, dans la lettre précédente , les mêmes » Celte galère avait sauté avec tout son équi-
ohservations adrwées a de Breteuil. page devant Cività-Veerhia.
3 o juin dernier sur le sujet des galères et toutes les raisons qui s'opposoient à Messine, le Roy ayant balancé les inconvé*niens qui pouvoient arriver de les y laisser avec les avantages qu'en recevra son service , principalement si les Hollandois se joignent aux Espagnols par mer en Sicile, s'est enfin déterminé à maintenir tout le corps de ses galères à Messine pendant l'hyver prochain.
Cette résolution vous engage à de nouveaux soins et à une nouvelle application, estant très-certain que sans cela le Roy aura le déplaisir de voir périr un corps qui a cousté tant de peine a former et qui est à présent dans un estât si fort supérieur à tous les autres princes qui en ont dans la Méditerranée.
Pour vous expliquer les intentions du Roy sur les remèdes qui se peuvent apporter à tous les inconvéniens dont je vous ay parlé par madite lettre du 3o juin, il faut :
Sur le sujet des corps des galères, prévenir les inconvéniens qui arriveroient par les vers, en faisant espalmer lesdites galères aussy souvent qu'il sera nécessaire, et pour cet effet il vous sera envoyé de Marseille toute la quantité de suif dont vous pourrez avoir besoin.
Il faudra aussy, dès que l'hyver sera venu et que la saison ne permettra pas que les galères sortent souvent du port, leur donner la rase, ainsy qu'il est pratiqué à Marseille; enfin, chercher avec les officiers les plus entendus les moyens de les conserver de mesme qu'à Marseille, ce point estant le plus essentiel.
Pour le remplacement des vieilles galères qui ne seroient pas en estât de naviguer après l'hyver prochain, le Roy donne ordre d'en préparer trois à Marseille qui passeront à Messine en fagot avec les maistres de hache et autres ouvriers nécessaires pour les monter; mais il faut que vous observiez que ce secours ne peut pas souvent venir de France et qu'il est absolument nécessaire que vous trouviez moyen d'en faire bastir à Messine. Pour cet effet, cherchez soigneusement où vous pourriez trouver des bois pour la construction desdites galères, et on vous enverra de France les ouvriers nécessaires pour les bastir.
A l'égard des agrès, il en sera envoyé une quantité considérable dans le mois de septembre prochain , et il faudra que vous taschiez de tirer de • Sicile et des pays voisins toutes les marchandises qui s'y trouvent, afin d'avoir moins besoin de ce qui vient de France, à cause de la difficulté qu'il y a de l'envoyer.
Pour les vivres, j'espère que, par les establissemens faits à Messine, les mesures qu'aura prises le sieur Henry , et les envois qui seront faits de
Marseille des vivres qui ne se pourraient point trouver en Sicile et en Italie, vous avez le moyen de faire subsister les cliiourmes et équipages.
L'establissement d'un hospilal devient bien plus nécessaire à présent que le nombre des galères est augmenté. Il est de la dernière importance de prendre un grand soin des forçats malades qui, par le changement d'air et par un plus grand travail que celuy qu'ils font à Marseille, les galères naviguant pendant l'hyver comme il est nécessaire, seront apparemment en grand nombre. Je ne puis assez vous exhorter à augmenter les soins et l'application que vous y avez donnés jusqu'à présent avec succès; rien n'est si précieux que la conservation des hommes, toute la puissance iiu roy ne pouvant les remplacer qu'avec un temps considérable.
Je vous répète encore ce qui vous a esté écrit par ma lettre du 3o juin, que vous ne devez pas vous attendre qu'on puisse vous envoyer de France des forçats et Turcs de recrue pour les chiourmes; ainsy il faut absolument que, par le moyen des Turcs qui seront achetés à Malte par le chevalier de Bérieux, que vous pouvez faire venir à Messine, de ceux que vous tirerez de l'Archipel et des bonnevoglies ou mariniers de rame que vous lèverez en Sicile, vous trouviez moyen de maintenir lesdites chiourmes complètes.
Malgré tous les expédiens contenus dans cette lettre et tous les secours qui pourront vous estre envoyés de France, je crains bien encore qu'il ne vous manque beaucoup de ce qui sera nécessaire pour le maintien des galères. Tant de choses sont nécessaires pour cela, qu'il est difficile de prévoir et dont vous trouverez que vous manquerez à Messine, qu'à moins que vous ne pensiez continuellement aux moyens de les recouvrer, il est à craindre que le Roy n'ayt ce déplaisir de voir diminuer le nombre de ses galères au lieu qu'il devrait augmenter tous les ans.
Comme, pour le détail de ce qui regarde lesdites galères, le sieur Bro- ' dart, qui y travaille depuis longtemps, est plus instruit et vous sera d'un plus grand secours que le sieur de Vauvré, le Roy prendra peut-estre la résolution de le faire passer à Messine pour travailler sous vos ordres, et de faire passer le sieur de Vauvré à Marseille pour avoir soin de tout ce qu'il faudra envoyer à Messine.
Je vous recommande toujours de m'envoyer le plus souvent que vous pourrez les revues des chiourmes. . .
( Arch. de la Mar. Ordret dn roi concernant le» galère» , 1 677, fol. 1 1 8.)