À M. DE DEMUIN
INTENDANT A ROCHEFORT
Saint-Germain, 96 novembre 1677.
Mon fils vous écrit par l'ordinaire d'aujourd'huy, et peut-estre vous enverra-t-il un courrier exprès pour vous faire connoistre de quelle extrême importance il est de faire partir, les premiers jours du mois prochain , les vaisseaux qui doivent passer dans la Méditerranée, afin qu'ils puissent devancer l'escadre hollandoise qui se prépare avec une très-grande diligence, et qui feroit courre risque à ces vaisseaux et auxbastimens chargés de bleds qu'ils escorteront, si elle arrivoit à Cadix auparavant. Prenez donc bien garde de ne pas perdre un seul moment , d'y travailler nuit et jour, et de donner au Roy, en une action aussy pressante et aussy importante que celle-cy, une preuve que vous le pouvez servir et faire quelque chose d'extraordinaire quand le bien et la nécessité de son service le demandent. Ne manquez pas d'écrire précisément, tous les ordinaires, ce que vous avancerez en cet armement.
Travaillez-y jour et nuit, et mettez-vous bien dans l'esprit qu'il y va de tout, pour avancer leur départ de a k heures, parce que tous les avis que nous recevons de Hollande nous font connoistre que tous les équipages de la flotte delà Méditerranée se font avec une très-grande diligence et qu'elle partira assurément le 1 5 du mois prochain.
En cas que vous trouviez quelques difficultés pour former les équipages, il ne faut pas hésiter à prendre ce qui vous manquera, soit de matelots, soit de soldats, sur les vaisseaux garde-cosles sur lesquels on pourra les remplacer avec un peu de temps. Il n'est pas seulement nécessaire que vous travailliez aux vaisseaux de guerre, il faut que vous pressiez de vostre costé le sieur de Bonrepos de préparer promptement tout ce qu'il doit envoyer. Faites-luy fournir tous les bastimens et donnez-luy toutes les assistances qui pourront dépendre de vous pour faire la mesme diligence.
Vous devez aussy bien examiner si vous ne pourriez pas charger sur des vaisseaux marchands les vivres que vous devez envoyer dans les isles de l'Amérique et vous servir des deux flustes qui y estoient destinées pour charger les bleds qui ont deu estre achetés par le sieur de Bonrepos; mais, prenez garde que ce changement se puisse faire avec une telle facilité et une telle diligence qu'il n'en arrive aucun retardement à l'envoy des isles de l'Amérique.
Vous devez tenir le passage de ces vaisseaux dans la Méditerranée se-
cret autant qu'il sera possible. Aussytost que les vaisseaux de guerre et de charge seront prests, faites-les partir sans perdre un seul moment de temps pour aller joindre le chevalier de Château-Renault, qui les doit commander tous, aux rades de Brest et au rendez-vous que ledit chevalier leur aura donné
(Àrch. de Ir Mar. Drpêchet concernant la marine, 1677, fol. 4oo. )
âlà. — A DU QUESNE,
LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES
Saint-Germain , 3 décembre 1677.
La part que je prends à tout ce qui vous regarde, et l'envie que j'ay de voir mériter les grâces du Roy par une conduite qui puisse donner autant de satisfaction à Sa Majesté que luy en ont donné les services que vous luy avez rendus, m'oblige de vous avertir qu'il est revenu au Roy, par plusieurs endroits, que vous n'avez pas conservé avec M. le duc de Vivonne toute la bonne intelligence nécessaire pour le service, et qu'il s'est passé des choses dans lesquelles vous avez tesmoigné un peu trop de chagrin.
Sur quoy je me crois obligé de vous dire que cette conduite pourroit déplaire à Sa Majesté, si elle venoit à sa connoissance 2, et que vous ne sçauriez mieux faire, pour le bien du service du roy, pour lequel je connois vostre zèle , ni mesme pour vos intérests propres , que d'avoir une déférence entière pour les sentimens de M. le duc de Vivonne, en luy répétant seulement ce que vous estimerez estre utile et convenable au service; en quoy vous montrerez à tous les officiers de marine qui servent sous vous l'exemple de la déférence entière qu'ils doivent avoir pour vos ordres lorsque vous commandez.
Comme j'ay vu par vos lettres que vous estes persuadé que M. le duc de Vivonne veut favoriser le corps des galères et que vous vous croyez engagé à soutenir l'intérest de la marine, je vous prie de croire qu'il ne faut
1 Colbert écrivit à ce sujet, le 1 a du mois lement les ordres nécessaires an gouverneur uV suivaut, à l'ambassadeur de France à Lisbonne: la ville de Faro pour admettre dans ce port «Comme le chevalier de Château-Renault les vaisseaux de ladite escadre et ceux qui
profiteront de son escorte en cas qu'ils soyeot
se mettre à couvert du mauvais temps ou pour obligé» de s'y retirer...» (Dép. conc. la mar.
quelque autre cause que ce soit, Sa Majesté fol. 433.)
veut que vous fassiez instance en son nom, au * Colbert oublie qu'il vient de dire que le Roi
prince régent de Portugal , pour donner promp- en était informé.
point avoir l'esprit dans cette situation avec le maistre que nous servons, qui, connoissant tout par luy-mesme, maintiendra toujours Tordre et la subordination partout où elle doit estre, sans qu'il soit nécessaire que personne de ceux qui le servent se croye chargé d'un détail que Sa Majesté sçaura régler, ainsy qu'elle estimera plus convenable à son service
(Arcb. de la Mur. Ordre* dn roi pour la marine, t677, fol. S73.)