‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 368 sur 486 · A M. DE DEMUIN · texte numérisé non relu

A M. DE DEMUIN

INTENDANT A ROCHEFORT

Paris, a4 février 1678.

J 'ay reçu, avec vos lettres des 10 , i 3 et i U de ce mois,

Le mémoire des proportions des deux flustes que le Roy veut faire bastir, et de ce à quoy elles reviendront chacune prestes à mettre à la voile;

Copie des dépositions qui ont esté faites par cinq matelots de l'équipage de la fluste f Eléphant, sur son naufrage à l'anse de Sauveterre;

Et le procès-verbal du commissaire Berger2 sur ce sujet.

Il arrive trop souvent des inconvéniens dans le port de Rochefort sur le sujet du retardement des vaisseaux que Sa Majesté vous ordonne d'armer, particulièrement de ceux des isles d'Amérique, et je ne puis vous dire autre chose sur ce sujet, si ce n'est que tous ces retardemens, et les contretemps qui arrivent en toute occasion, dégoustent fort le Roy de sa marine. C'est à vous à y pourvoir et prendre plus de précautions que vous n'avez fait pour vous mettre en estât d'exécuter plus promptement ses ordres.

Je vous ay desjà écrit que l'accident du Superbe vous devoit obliger de bien examiner les mastsque vous avez dans les fosses de Saint- Nazaire, et comme vous sçavez de quelle conséquence est cet article à la marine, il faut que vous donniez, avec les maistres masteurs et les plus habiles navi-

bron , a facilité l'évasion d'un forçat. Comme il est nécessaire d'empeseber que semblables abus ne se commettent à l'avenir, je vous prie d'aller trouver M. Joly de ma part, et de luy dire qu'il est important au service du roy et au bien particulier de sa congrégation qu'il fasse connoistre à ceux de cette maison qu'ils ne doivent pas se mesler de ces sortes de charités mal réglées, qu'autrement je serois obligé d'en faire des plaintes à Sa Majesté.» (Ileg. de* gai fol. 43.) — Voir pièce n" 46a, et note.

1 D'abord secrétaire de l'intendant à Rochefort en 167^1, puis commissaire ordinaire de marine au même port. Rayé en i683.

1 Déjà, le 1 1 mars 1673, Colbert écrivait à Arnoul :

«Voua devei observer qu'il ne faut pas toujours avoir égard au tesmoignage des juges pour faire sortir les forçats des galères, parce qu'il se pourroit fort bien faire que , après avoir

criminel , ils tasc liassent de le faire sortir, par recommandation, en disant mesme qu'il est innocent.» (Dép. cone. U* gai fol. hh.) Et le 1" avril 1678,4 Belliniani , inspecteur

«Le sieur Brodart m'écrit qu'un Père de la

i;aLeurs, une application toute particulière à bien connoistre la qualité du bois des masts de tous les endroits du royaume, le temps de leur coupe, quelle différence il y a entre eux et ceux du Nord, et s'ils ne peuvent pa.s estre aussy bons ]. Surtout prenez garde de ne vous point laisser aller trop facilement à les condamner, mais à les bien choisir d'âge convenable et à les bien couper en temps et saison , parce que vous voyez assez, par la guerre qui s'allume de toutes parts, toutes les difficultés ou pour mieux dire les impossibilités qu'il y aura d'en faire venir du Nord. Pour cela, il seroit nécessaire d'examiner les masts de tous les vaisseaux de Sa Majesté qui ont esté armés à Rochefort, remarquer le temps qu'il y a qu'ils durent, s'ils ont souffert de rudes temps, et en faire la comparaison avec les masts du Nord qui auroient duré aussy longtemps et qui auroient souffert d'aussy rudes temps.

Il faut aussy que vous vous appliquiez avec grand soin à faire fournir, dans les magasins, toutes les marchandises dont les marchés seront faits pour cette année, et à bien employer tous les fonds faits par Testât général pour le mesme effet, parce que, en Testât où sont les affaires de la guerre, il n'y a rien de plus important au service du roy que de tenir les magasins de Rochefort bien fournis, et que les marchandises et munitions augmentent en quantité et qualité, autant que les fonds faits et employés avec grande économie le pourront permettre.

Vous avez bien fait d'ordonner à un des maistres de forges d'Angoumois de travailler à faire le fer en feuiliard dont vous avez besoin; et, comme je ne doute pas que vous ne l'ayez à beaucoup meilleur marché en cette province qu'en Nivernois, vous ne devez pas manquer de me faire sçavoir à quel prix vous l'aurez acheté.

Je suis bien ayse que vous ayez averty les entrepreneurs de préparer le> matériaux nécessaires pour le rêves tissement de l'enceinte de Rochefort; il faut que vous les pressiez d'y travailler promptement, et surtout que vous teniez la main à ce que le fort de la Pointe2 soit mis en bon estât; j'auray soin de vous faire remettre aussy des fonds pour cela.

J'attendray le devis des bastimens de terre qu'il convient de faire cette année audit port de Rochefort , et , lorsque je Tauray reçu , je vous feray sçavoir ce que vous avez à faire sur ce sujet.

Je suis étonné de ce que vous ne m'avez point fait sçavoir si la fluste l'Éléphant, qui a échoué à l'anse de Sauvcterre, a esté envoyée aux lsles pour le compte du roy, ou si elle a esté frétée pour le compte de quelque

1 Coibert avait déjà demandé, eo 167/1 cl 1 Fort à deux lieues do Rocbeîwt, sur U

eu 1 676 , ces renseignements au même inlen- droite cl à l'embouchure de la Charente, dant. (Voir pièces n°* 371 et 43 1 .)

ET GALÈHES. 87

particulier. En ce cas, faites-moy sçavoir le nom du marchand qui l'avoit frétée, de quelles marchandises elle estoit chargée et à qui elles apparlenoient; mais surtout ne manquez pas de faire remettre soigneusement dans les magasins tous les agrès et apparaux que le sieur Berger a fait sauver de ce naufrage, et de me faire sçavoir si le pillage qui a esté fait sur cette fluste par les habitans des Sables-d'Olonne est assez considérable, et la conduite des officiers de l'amirauté assez mauvaise pour mériter que le Roy fasse informer de ce désordre. En ce cas, donnez-m'en avis, et j'enverray un arrest du conseil à M. de Marillac, intendant en Poilou, pour faire les informations nécessaires et pour faire le procès à ceux qui se trouveront coupables.

Afin que vous puissiez juger vous-mesrae si le Roy peut estre servy de cette sorte, je crois assez nécessaire que vous soyez informé que, par le procès-verbal envoyé par le chevalier de Réals 1 sur la rupture des masts du Superbe, il paroist que le mast de beaupré s'est trouvé fait de sept pièces, et que l'un des autres masts de ce vaisseau estoit du bois pourry. Examinez donc tous les moyens d'éviter de pareils inconvéniens à l'avenir.

Mon fils vous fera sçavoir incessamment tout ce qu'il y aura à faire sur le sujet des livres des magasins, et sur tout ce qui concerne les contrôleur et garde-magasin de Rochefort.

Aussytost que j'auray examiné le devis que vous m'avez envoyé pour la construction de deux flustes de 5 à 6oo tonneaux, propres pour transporter des masts , je vous feray sçavoir la résolution que j'auray prise sur ce sujet. Cependant je trouve que la dépense de A8,ooo livres pour chacune desdites flustes est bien forte, vu que j'en peux faire bastir à meilleur marché et de mesme port dans les arsenaux du Havre et de Dunkerque, et il me sembloit néanmoins que tout devoit estre à meilleur marché à RQchefort qu'ailleurs.

Ne manquez pas de vous appliquer â tout ce qui regarde les eaux de Rochefort et de m'envoyer le mémoire de ce qu'il aura esté estimé à propos de faire pour la conduite de la rivière en ce port.

Mon fils a donné ordre au trésorier de la marine , il y a desjà quelques jours, de remettre à Rochefort la somme de i2,q38 livres 6 sols 9 deniers , pour le parfait payement de la solde des matelots qui ont servy sur les vaisseaux du roy revenus de Messine en dernier lieu; et, comme je ne doute pas que ledit trésorier n ayt satisfait à cet ordre, il ne tiendra qu'à

1 Le chevalier Charles de Réals, de Saintonge, lieulenani de vaisseau en 1668, capitaine en i673. Mort le 18 janvier 1697.

vous à présent que ces matelots nesoyent entièrement payés; c'est à quoy je vous recommande de tenir soigneusement la main l.

Ne manquez pas aussy de tenir la main à ce que les vaisseaux gardecostes ne demeurent jamais dans les ports et dans les rades, et faites bien connoistre aux capitaines qui y demeureront plus de temps qu'ils ne doivent, que vous avez ordre de m'en avertir...

( Arcb. do la Mar. Dépêche» concernant la marine, 1678 , fol. 116.)

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