AU SIEUR BRODÀRT
INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE
Paris, a 4 février 1678.
Pour réponse à vostrc lettre du 19 de ce mois, je vous ay desjà fail sçavoir qu'il n'estoit pas nécessaire que les cinq galères que vous faites armer à Marseille fussent prestes avant le 20 du mois de mars prochain. Ainsy vous pourrez avoir le temps de les mettre en bon estât, et d'avoir tous les matelots dont vous avez besoin pour former leurs équipages.
Le sieur Cotolandi ayant acheté 3/t Turcs1, dont vous avez desjà reçu ali, vous aurez assurément, avec les chaisnes des condamnés, les nègres que vous avez et tous les Turcs qui pourront estre achetés dans la suite de la campagne, les moyens de mettre une ou deux nouvelles galères en mer dans le cours de cette année. Regardez à vous bien appliquer à la conservation et augmentation des chiourmes comme à la chose du monde de la plus grande importance, parce que, avec la dépense que Sa Majesté fait, il faut parvenir à mettre, en deux ou trois ans de temps, trente galères en mer2.
Pensez aussy à faire bastir des corps de galères avec toute la diligence qui sera possible, et à avoir en quantité tous les bois propres pour cela.
Il est nécessaire que vous vous pourvoyiez de toutes les marchandises et munitions dont vous avez besoin pour maintenir ce nombre de galères, mais prenez bien garde qu'elles augmentent toujours en bonté cl en quantité dans les magasins de Marseille.
A l'égard des invalides, vous devez toujours prendre les précautions nécessaires pour empeseber qu'aucun forçat ni esclave n'échappe, ni passe pour invalide lorsqu'il ne l'est pas et qu'il peut encore servir. Songez bien que tout le monde travaille contre vous en cecy, parce que, soit par prétexte de charité ou par une infinité d'autres raisons , il n'y a personne qui
«en y de celte sorte; et loul ce que vous avez d'esprit, vous ne l'employez pas a exécuter ce qui vous esl ordonné , mais à écrivailler de méchantes raisons pour vous excuser de n'avoir pas exécuté ses ordres. ..1 (l)ép. conc. la mar. fol. 1 1 3. ) — Voir pièce n° 546.
1 Ces Turcs, amenés à Livourne par des vaisseaux anglais, avaient été achetés par le consul de France, à qui Colbert écrivait le 1 9 du même mois :
«Je vous envoyé l'ordonnance du roy que vous avez demandée pour défendre à tous marchands franrois d'acheter aucun esclave turc à Gênes ni à Livourne. Vous pourrez vous en servir lorsque vous en aurez besoin, et, en cas que quelque marchand y contrevienne, faiteile-moy sçavoir, et Sa Majesté y pounoira...» (Dép. conc. la mar. fol. 10 4.)
1 11 y en avait de G à 8 en 166a, ta en 1 669 et 96 en 1 676. (Voir n"$, 1 1. 69, Ui.)
ne soit bien ayse de contribuer ù tirer un forçat ou esclave des galères1. Prenez bien garde de tenir exactement les registres, ainsy que vous le proposez, et d'inventer de nouvelles précautions pour vous empescher d'estre trompé sur cet article . . .
(Arch. de h Mar. Registre de» galère,, 1678, fol. So.)