A M. ARNOUL
INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE
Saint-Germain, i y février 1666.
L'arrivée de M. le comte de Vivonne vous uyant confirmé dans ce que je vous ay souvent écrit de l'importance de l'occasion présente , je suis seur que, après avoir conféré avec luy, vous aurez réuny vos forces pour mettre les galères en estât de faire quelque chose de glorieux pour le Roy dans cette guerre. Je vois que la principale difficulté consiste dans la peine où vous estes de trouver des matelots; mais je suis persuadé que, lorsque l'armée navale en sèra pourvue, vous en trouverez suffisamment pour les galères, parce que, comme vous le remarquez fort bien, les Provençaux, ne quittant qu'à regret la mer Méditerranée, ne s'engagent pas facilement dans l'Océan, où ils n'ont pas l'habitude de naviguer.
Après cet essentiel défaut, nous tombons dans un autre par la nécessité des poudres, dont il sera difficile de recouvrer la quantité dont on a besoin pour les vaisseaux et les galères, ainsy que me mande M. d'infreville K Comme, avec la diligence que j'ay faite pour en faire faire et pour en faire acheter, il faut recevoir toutes sortes de propositions pour ne pas tomber dans le mesme inconvénient à l'avenir, je vous prie d'examiner ri le sieur Beuf, qui a traité avec M. le duc Mazarin en dernier lieu, pour en fournir cinquante milliers tous les ans, le pourra faire sans nuire à la manufacture des salpestres entreprise par le sieur Berthelot, ainsy qu'il le promet, en tirant de Sardaigne, et non d'aucun endroit du royaume, les salpestres dont il aura besoin.
11 est difficile d'envoyer aux galères les gens vagabonds et sans aveu, parce qu'il n'y a point d'ordonnances par lesquelles ils encourent cette peine, à moins qu'ils ne soyent prévenus de quelque crime2. Ainsy, il
1 Sept jours auparavant Colbcrl écrivait au même intendant : «Je vous avoue que la chose qui jusqincy m'a (ionué le plus <f inquiétude, et à laquelle je pense journellement, est le défaut irrémédiable de poudres dans lequel nous sommes tombés; cl si, sur ce fondement, les ouvriers que Ton soupçonne eslre les incendiaires volontaires du moulin du sieur lierlhelol le sont effectivement, il faudra ne pas inanquerde faire d'eux une punition exemplaire. . . 1 nissenl une lionne quantité pour en remplir le> ( f)êp. cohc. la mur. fui. 1 83.) magasins de la marine. . . » ( Dép. cime, la mai:
Mais les craintes de Gilbert furent dissipées, fol. 3yà.) car, le 16 du mois suivant, il écrivait à M. «lin- '-' l/inlendanl des galères insista suis don».
freville : «Vous m'avez donné une solide consolation en m'assuranl que vous espérez d'avoir des poudres à suftisauce pour toute Tannée natale; car, à vous parler franchement , je me définis fort que vous y (Hissiez parvenir ; et, comme il nous imporlede prévenir de pareilles inquiétudes eu prenant vos mesures de meilleure heure, dès que Tannée aura mis à la voile, faites en sorte
nous faut attacher à la conservation de nos chiourmcs et des condamnés qu'on y enverra de temps en temps, y ayant à présent trois chaisnes prestes à partir, sçavoir : une de Paris et de Rouen, ([ui sera composée de près de 100 forçats; une autre, qui ne sera pas si forte, et une troisième de Guyenne, de 60 ou 5o forçats. Mais comme cette conservation dépend principalement de la santé, et de purger les galères de cette méchante maladie du scorbut dont elles sont affligées, le Roy, non-seulement approuve que vous fassiez construire la salle que vous proposez au bout de l'hospital, mais mesme, si la suffisance de vos médecins de Marseille ne vous paroissoit pas assez grande, il feroit volontiers la dépense Jen faire aller un des plus célèbres de la ville de Montpellier, lequel, en faisant un séjour fixe de quatre, cinq ou six mois, remarquerait tous les symptômes et accidens de cette fascheusc maladie , pour y chercher des remèdes, et enverrait icy des consultations de quinze en quinze jours, qui seraient communiquées aux plus habiles médecins de la faculté de Paris, j»our en avoir leur avis1.
La manufacture des grosses ancres que vous avez commencé d'establir par le moyen des forgerons qui sont forçats dans les galères, et celle des toiles, dont les échantillons m'ont paru de bonne qualité, produiront un très-bon effet dans la suite.^Pour ce qui est de ces ancres, il sera aysé d en rendre le travail parfait, par le moyen du maistre forgeur que j'ay fait venir de Lubck, lequel est cslably en Dauphiné.
J'avoue que nous ne serons de longtemps en commodité de faire tremper du bois pendant dix années, comme les Vénitiens, avant que de l'em-
:«'ur l'adoption des procédés arbitraires destinés à renforcer les cliiourmes , cl Golbert lui ftpoadii : «Le» divers expédions que vous me proposez pour augmenter le nombre des forçais î* sont pas praticables dans' le royaume, parce ip'il faudroit pour cela y establiren quelque manière de nouvelles lois. Ainsy il est a propos de uw» renfermer aut diligence» que le lloy fait faire dus les parlemcns pour convertir la peine de mort en celle des galères , et acheter des esclave» partout où nous en rencontrerons, ptwva qo 'ils soyent de lion service et qu'on ne 'oiufe pas les vendre à un prix excessif; cl . • i>: yli>' m<-MJi'' qu'avec un peu île temps nsos {routerons le moyen d'en tirer de Guim\ ks naturels de ce pays engageant pour «0 rien hue liberté, el faisant d'ailleurs des 'Oiaui |uf onCOvaiMt ^ 'biiu initie* ht» rutiiiiie»
de l'Amérique. II est à croire qu'ils scroienl fort propres sur les galères, y estant bien traitfs...» (Mp.wm.lm mm. fol. m.)
1 Voir pièce n" 6a et noie. — Le scorbut cessa peu après de sévir sur les galères ; mais ce n'était pas la seule préoccupation de Golbert , qui écrivait à Arnoul :
« 11 est vray qu'au bon estai où vous avei mis les galères pour toutes les nécessités cl mesme les commodités des forçats, il se roi I à désirer que l'on pust ajouter quelque chose pour les purger de ces abominations qui y sont si fréquentes; mais, comme c'est un ouvrage de la * piété des missionnaires, il faut espérer que Dieu, concourant à leurs bons desseins, donnera lieu à ces âmes abandonnées de se défaire de l'habitude de cet horrible péché. ( %. MM. htmmr. fol. A 35.)
ployer aux constructions des galères; néanmoins, comme toutes les choses ne réussissent qu'avec la tentative et la peine , et que desjà nous avons un assez grand nombre de galères, qui ne nous presse plus tant, pour ainsy dire, de forcer les nouvelles constructions, vous aurez tout le loisir de faire mettre du bois en réserve et de le faire bien sécher.
Le vaisseau chargé de boo barils de goudron qui est arrivé à Marseille est venu sans doute fort à propos; car, quoyquc celuy que j'ay fait passer de Ponant, soit à présent bien près de Toulon, au moins quant à la meilleure partie, on aura profité pour goudronner les cordages du temps que Ton auroit perdu dans l'attente de cette marchandise. Je vois cependant avec beaucoup de joye que l'establissement de cette manufacture se fera facilement en Provence, suivant le rapport et le jugement du maistre brusleur que j'y ay fait passer l.
Le sieur Ricard2, lieutenant de l'amirauté de Toulon, ayant esté icv mandé pour rendre raison de sa conduite, vous aurez sçu comme Sa Majesté luy a ordonné de se défaire de sa charge. Kt comme elle a sçu que M. d'infreville y avoil contribué, Sa Majesté m'a donné les papiers cy-joints, que je ne crains pas de vous adresser, ayant confiance en vous et sçaehant que vous estes un homme de bien, afin que vous preniez la peine d'éclaircir si une partie de ce qui y contenu est véritable , et que , sur ce que vous m'en ferez sçavoir, je puisse travailler à redresser la conduite dudit sieur d'infreville en quoy elle pourra pécher, et la rectifier, en sorte que le service du roy s'en fasse mieux; vous priant cependant de travailler toujours à establir une bonne correspondance entre M. le duc de Beaufort et luy, leur mésintelligence ayant trop éclaté pour croire que, sur une simple entrevue, il ne leur soit plus rien resté sur le cœur5.
( Arrb. de la Mar. Défiche* concernant la marine, 1666, fol. »38. 1
1 Ce maître brûleur de goudron était Élias, que Colberi avait fait venir de Suède. Le Roi écrivait à «on sujet, le sG février suivant, a M. d'Oppèdc :
«Comme ce sera un avantage pour la Provence , où Ton a toujours esté obligé d'en faire venir de Suède, et de Norwége pour les radoubs tant de mes vaisseaux que de ceux de mes sujets marrbands, je désire que vous teniez soigneusement la main à ce que ma cour de jwirlement de Provence donne dans tous rencontres au sieur Klias toutes les assistances qui luy seront nécessaires pour parvenir à l'establiasemenl de ladite manufacture. . ( Ordret dn rat r«r/fl mar. fol. th.) On fut obligé de ren-
voyer Elias dans son j«ys pour quelques fripon neries.
1 Ricard rentra sans doute dans la manne, car on le voit lieutenant de galère en 1 608. Mort à Messine en 1677.
3 M. de Reanfort avait refusé de recevoir à son bord le commissaire général d'infreville, voyant bien que c'était un surveillant ou tout au moins un conseiller actif qu'on lui donnait. De là des difficultés entre eux. Il parait du resU que M. de Reanfort était d'une incompatibilité d'humeur constante, comme le montre ce pas sage d'une lettre écrite par Colliert à de Ternm :
«Je suis un peu en peine de remarquer qu'il n'y a pas grand concert entre M. de