A M. DE DEMUIN
INTENDANT A ROCHKFORT.
Saint-Germain, a8 avril 1678.
Je vous écris ce mot en particulier pour vous faire remarquer que , des quatre vaisseaux qui ont esté armés au commencement de cette année à Rochefort , t 'Illustre a esté démasté de tous ses masts presque en sortant du port, et, par la visite qui en a esté faite, ils se sont trouvés gastés dans le cœur ;
Le Superbe a esté désarmé à Brest parce qu'il s'est trouvé avoir une voye d'eau et avoir besoin d'un grand radoub ;
Le Foudroyant a esté pareillement désarmé à Brest parce qu'il ne pouvoil pas retourner en mer, et qu'il faut nécessairement le caréner ;
Et le Suint-Louis a relascbé à la Rochelle et a quitté le pavillon, sur ce que le capitaine a prétendu ne pouvoir pas tenir plus longtemps la mer.
Cependant ces vaisseaux dévoient estre armés, dès la fin du mois de novembre, et leur armement a esté retardé jusqu'au 3 janvier dernier. Je crois que c'est assez de vous exposer le fait pour vous en laisser tirer toutes
1 Voir II, 64g, pièce n° aào et note. — Si en 1679 les habitants de Saint-Malo avaient fait difficulté pour prendre part à l'armement
qui devait protéger le commerce, il semble qu'en 1678 ils étaient à la této de celui qui avait élé* résolu.
les conséquences, qui sont telles que, si vous ne faites en sorte que les vaisseaux qui sortiront de Kochefort soyent mieux radoubés, il n'est pas |K)ssiblc que le Roy ne s'aperçoive de la différence de la manière dont il est servy dans ce port à celle dont il est servy dans les autres , et que cela ne vous attire enfin des choses fascheuses. C'est à vous à y prendre garde et à travailler continuellement à mettre tous les vaisseaux de ce port en bon estât, suivant les ordres qui vous ont esté donnés tant de fois.
J'envoye un ordre du roy au commissaire Berger pour faire mettre dans les tours de la Rochelle les capitaines des vaisseaux de Sa Majesté qui les abandonneront dans les rades pour coucher à terre; et, comme il est bon qu'ils en soyent avertis, vous pouvez leur faire sçavoir les ordres que Sa Majesté a donnés sur ce sujet1.
Je vous ay fait sçavoir hier que l'intention de Sa Majesté estoit que vous allassiez à la Rochelle pour y faire assembler les principaux marchands et ceux des autres lieux voisins, pour avoir leur avis sur les baslimens qui pourraient estre armés pour l'escorte de ceux de 60 tonneaux et au-dessous, qui serviront aux transports des marchandises d'une province à l'autre; mais vous devez observer que Sa Majesté ne veut armer que des bastimens à peu près de la mesme grandeur, qui puissent naviguer près des terres [>our prendre ou chasser les corsaires qui s'y retireront. Ainsy il n'y aura que des corvettes ou barques légères qui seront propres à cet usage, et ce qu'elle désire particulièrement de sçavoir, ce sont les lieux et la manière dont ces bastimens devront naviguer.
J'apprends que la disette de bois dans laquelle on est à Rochefort retarde les constructions; ne manquez pas d'en faire voiturcr la plus grande quantité qu'il vous sera possible de la forest de Bénauges, et d'en tirer des autres marchands qui ont accoustumé de vous en fournir, et envoyez-moy tous les quinze jours un estât des pièces de bois qui seront livrées dans l'arsenal.
( Arch. de la Mar. Dépêche* concernant la marins, 1678 , fol. a «7.)
' Le 2 du mois suivant Colbert écrivait au Meur Berger :
■ Le Roy ayant scu que les officiers commandant ses vaisseaux de guerre destinés pour la ftarde des eus les ou pour d'autres services s'arreslent aux rades de la Rochelle, y demeurent plusieurs jours sous divers prétextes, et mesme quelquefois mettent pied à terre et couchent hors de leurs vaisseaux , nonobstant les défenses portées par les ordonnances de marine*, Sa Majesté m'ordonne de vous écrire qu'elle veut
• Voir page 3 1 3, note I , et pièce 0* soG.
que vous disiex à tous les officiers desdits vaisseaux qui tomberont en fautes pareilles qu'elle leur enjoint expressément de remonter sur leurs vaisseaux et se mettre en mer.
«En cas qu'ils n'obéissent pas au premier avis que vous leur en donnerez, Sa Majesté m'a ordonné de vous envoyer l'ordre cy-joint pour les faire arrester, et vous ne manquerez pas , en leur expliquant la volonté du Roy, de leur faire voir ce billet de ma part. 7» [D*p. cône, la mar. fol. a3a.)