‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 373 sur 486 · AU SIEUR HAYET · texte numérisé non relu

AU SIEUR HAYET

COMMISSAIRE DE MARLNE A TOULON '

Saint-Germain, «9 avril 1678.

J'ay reçu, avec vostre lettre du qo de ce mois, Testât abrégé de l'enrôlement général des matelots que vous avez fait dans la province de Languedoc , dont j'ay rendu compte au Roy. Sa Majesté a esté fort satisfaite de la manière dont vous vous estes acquitté de l'employ qui vous avoit esté confié; vous devez continuer à vous appliquer avec beaucoup de soin à l'exécution des ordres qui vous seront donnés dans la suite, et estre assuré que l'on aura soin de vous ; mais je dois vous dire, sur le sujet de cet abrégé, que vous deviez distinguer les matelots et gens de mer, des gens de rivières qui n'ont point navigué sur mer. C'est ce que vous devez faire promptement et m'envoyer un nouvel estât de tous les matelots distingués ainsy que je viens de vous le dire; et ne manquez pas d'observer la mesme chose dans le registre que vous devez m'envoyer lorsque vous serez de retour à Toulon.

A l'égard des matelots qui sont depuis Leucate 2 jusqu'à Aiguës-Mortes, ils pourront servir sur les vaisseaux du roy sans difficulté puisqu'ils naviguent sur des barques en mer ; mais, à l'égard de ceux qui sont depuis Aigues-Mortes jusqu'à Saint-Esprit, il sera bon de les accoustumer à la mer, en observant de ne les pas rebuter, parce que, outre que le commerce en souiïriroit, cela feroit un mauvais effet pour les classes qu'il faut maintenir et augmenter autant qu'il sera possible. Cependant vous avez bien fait de ne pas comprendre dans les rôles des matelots de cette province, les vieillards ni les invalides. Je vous recommande de suivre exactement les ordres et avis que M. Daguesseau vous donnera au sujet de cet enrôlement.

(Areh. de la Mar. Dépêche» concernant la marine, 1678, fol 199.)

491— AU CHEVALIER DE CH AîEAU-RENAULT,

CHEF D'ESCADRE

Saint-Germain, 99 avril iG7&-

J'ay rendu compte au Roy du contenu en vos lettres des 1 5 et 37 de

1 Guillaume Hayct, aide -commissaire de a 1686. Mort à Toulon le a8 juillet 1687. marine en 1 669, commissaire général de 1 683 * Arrondissement de Narbonne ( Aude).

ce mois, et Sa Majesté a esté bien ayse d'apprendre que les vaisseaux de vostre escadre ayent pris deux bastimens d'une flotte bollandoise que vous avez rencontrée; il eust esté bien à souhaiter que le vent et la mer vous eussent permis d'enlever le vaisseau de convoy qui les escortoit, et de vous rendre maistre de tous les bastimens dont cette flotte estoit composée ; mais j'espère que vous réparerez glorieusement cette action , si vous rencontrez les deux vaisseaux hollandois de 80 pièces de canon que vous avez avis qui croisent vers Ouessant; et je le souhaite d'autant plus que pcut-estre Sa Majesté prendra bientost la résolution de désarmer les vaisseaux que vous commandez, auquel cas il ne vous reste que peu de temps pour chercher les occasions de faire quelque chose de considérable, et qui puisse vous faire mériter ses grâces.

Ayant esté informée que les vaisseaux le Foudroyant et le Bon avoient relasché à Brest, et que le premier estoit hors d'estat d'estre mis en mer, Sa Majesté a envoyé les ordres pour le faire désarmer et pour renvoyer le Bon avec diligence, afin qu'avec les quatre grands vaisseaux et deux bruslots qui sont sous vostre commandement vous soyez encore en estât de ruiner les flottes marchandes qui passeront à l'entrée de la Manche.

A l'égard du sieur de Belile-Erard, qui a relasché à la Rochelle sans qu'il ayt paru nécessité de le faire par Testât de son vaisseau, Sa Majesté veut que vous examiniez si les raisons qu'il a eues d'abandonner le pavillon sont bonnes ou non, et que vous observiez de luy faire sçavoir la vérité, estant obligé de vous dire que l'indulgence dans des matières aussy importantes et aussy contraires à la discipline establie par ses ordonnances n'est pas une qualité qu'elle approuvast dans la personne des commandans de ses escadres, et qu'il seroit fascheux pour vous qu'elle sçust d'ailleurs ce que vous n'auriez pas voulu luy apprendre sur ce sujet.

Les avis des marchands de Cadix portent que Cornelis Evertsen y estoit arrivé après avoir combattu contre six des plus grands vaisseaux du roy sans avantage de part ni d'autre, et mesme sans qu'il paroisse que ces vaisseaux ayent esté maltraités1. Jugez vous-mesme si ces avis peuvent

1 Voir pièce n* 485 el note. — Le combat avait cependant été assez meurtrier, et Colbert hn-même le reconnaissait en écrivant, le q5 du mois suivant, à l'intendant de Brest: «Je vous envoyé copie de Tordre que j'ay donné aujourd'huy au trésorier de la marine de remettre à Brest la somme de 1,334 livres, à quoy monte nn mois de solde que le Roy a accordé aux officiers mariniers, matelots et soldai* qui ont m. - a

esté blessés, estropiés ou tués dans le combat que le chevalier de Château-Renault a rendu, le 1 7 mars dernier, contre une flotte bollandoise. Ne manquez pas de faire promptement distribuer cette somme, et observez de faire remettre, entre les mains des veuves ou héritiers de ceux qui ont esté tués, ce qui revient à chacun d'eux; mais à l'égard des estropiés, comme il est nécessaire que je sois informé de

y* MARINE

plaire au Roy, el s'il u'eust pas esté beaucoup plus agréable à Sa Majesté d'apprendre qu'elle eust perdu un de ses vaisseaux, et que l'escadre que vous commandez en eust fait périr trois ou quatre de ses ennemis.

(Ardu de la Mar. Ikpéche* concernant la marine, io7«. fol. *.*.)

LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES

Saint-Germain, 7 may 1678.

Je ne puis douter que vous ne soyez à présent party pour l'exécution des ordres qui vous ont esté envoyés1 ; mais je ne puis m'empescher de vous répéter encore ce que je vous ay dit plusieurs fois, que les difficultés infinies que vous faites en toutes occasions et en toutes choses font beaucoup de peine au Roy; je ne vous diray pas qu'elles gastenl les services que vous rendez, mais assurément il est difficile que cela ne fasse impression dans l'esprit de Sa Majesté, et que peut-estre elles ne luy fassent connoistre que, si vous estiez plus avancé dans les dignités de la marine, vos difficultés augmenteroient à proportion. C'est la plus grande marque d'amitié que je vous puisse donner de vous redire souvent les mesmes choses, eteroyez-moy une fois pour toutes, rendez-vous plus facile, et mettez-vous fortement dans l'esprit que le Roy connoist parfaitement ce qui est nécessaire pour son service; ainsy vous devez vous attacher à l'exécution de ses ordres sans les vouloir ou changer ou augmenter par toutes les difficultés que vous faites.

Sa Majesté a eu peine de voir qu'estant arrivé aux rades de Toulon le 7 avril vous n'en fussiez point encore party le 3o;

Que vous ayez demandé un plus grand nombre de bruslots que celuy qu'elle a donné, et que vous ayez voulu avoir le Triton avec vous, parce qu'elle ne veut pas que jamais ses vaisseaux de guerre servent à la suite de ses armées navales.

Vous aurez sçu par le sieur de Vauvré que le Roy vous a accordé à l'avenir, à commencer du premier jour de cette année, la table de lieule-

ceux qui sont dans ta nécessité et qui voudront retourner chez eux , de quoy ils sont estropiés , s'ils ne sont pas en estât de gagner leur vie, et de ceux qui voudront demeurer dans le port, ou qui pourront servir de gardiens ou à autre chose, ne manquez pas d'en faire un mémoire et de mo l'envoyer, afin que je puisse

vous faire sçavoir les intentions de Sa Majesté sur ce sujet.» (Même provenance que la Uttrt.) 1 Ou Quesne avait reçu le commandement

deux frégates et d'un brûlot pour seconder k* opérations projetées contre la Catalogne par k duc de Navaille».

nant général en entier, montant à 800 livres, outre 3 60 livres employées dans le payement de l'équipage pour la table de capitaine l.

Je donne ordre à Toulon que l'on fasse bastir des lanches ou doubles felouques par le mesme maistre qui les bastissoit à Messine.

A l'égard des masts et des vergues, il est difficile qu'ils soyent tous aussy mauvais que vous le dites, et en vérité, comme cette matière est des plus importantes, il seroit utile pour la marine et pour le service du roy que, lorsque vous en pourrez avoir le temps, vous examinassiez tous les masts des vaisseaux qui sont dans le port de Toulon pour en connoistre la qualité, et sçavoir de quel pays ils viennent et en quel temps ils ont esté coupés, afin de pouvoir ensuite prendre les mesures et les précautions nécessaires pour en avoir des meilleurs; sur quoy vous devez considérer que, pour une infinité de raisons ,» il faut s'appliquer à en avoir du dedans du royaume, n'estant pas possible d'en tirer à présent du Nord2.

Quoyque je ne doute pas que vous ne soyez pàrty, je ne laisse pas de vous envoyer les ordres que vous demandez pour faire servir les sieurs Languillet3 et Brunehaut de Chabossière* sur le vaisseau que vous commandez.

En cas que mon neveu de La Terrière5 ne soit pas encore embarqué sur le vaisseau commandé par le sieur de Relingue , vous me ferez plaisir de le mettre sur vostre vaisseau afin qu'il puisse continuer à y apprendre son métier.

Je souhaite que, dans cette campagne, vous trouviez occasion de bien employer vostre valeur et vostre expérience consommée, et que je puisse vous donner des marques de mon amitié.

(Arch. do in Mar. ^^«1 la marin». 1678. fol. «44.)

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