‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 387 sur 486 · A M. ARNOUL FILS · texte numérisé non relu

A M. ARNOUL FILS

INTENDANT DE MARINE A TOULON

Saint-Germain , 16 juillet 1C78.

L'on m'a dit que le sieur du Challart3 s'est battu à Toulon, et j'ay esté fort étonné d'apprendre cette nouvelle par une autre personne que par vous; il est arrivé desjà cinq ou six affaires de cette nature en ladite ville sans que vous m'en ayez donné avis *, et comme je vous ay recommandé plusieurs fois de m'informer des combats qui arriveront à Toulon entre les officiers de marine, et que c'est une chose capitale, je dois vous dire que, s'il vous arrive encore une fois de ne pas rendre un compte exact de ces sortes de démeslés , le Roy vous ostera vostre employ.

1 Le 3o juillet, de La Brossardièrc canonna , avec vingt galère» , le faubourg San- Pier-d'Arena , le fanal et deux fort» de Gènes.

* A la fin de juin, la Hollande et l'Espagne étaient disposées à faire la paix , mais Louis XIV ajourna la signature dn traité jusqu'au moment

où la Suède aurait été rétablie dans ses possessions.

3 D'abord garde de marine en 1670, enseigne de vaisseau à Toulon en 1 67 1 , lieutenant en 1G73, capitaine en 1676. Mort, commandant /* Samt-Etprit, le 3o avril 1696.

» Voir pièce n« /i5C>.

Cependant ne manquez pas de me faire sçavoir contre qui ledit du Chai* tari s'est battu et toutes les suites de cette affaire.

( Arch. de la Mnr. I)cpécke$ concernant la marin*, if,7R, fol. 355.)

CHEF D'ESCADRE

Saint-Germain, 18 jniilel 1678.

Je suis obligé de vous avertir que le Roy trouve que vous avez, pour ceux qui servent sous vous, une indulgence excessive et peu convenable à un officier général , dont le principal soin doit eslre de maintenir la discipline et de faire observer les ordonnances et règlemens1.

Sa Majesté a appris, par d'autres que par vous, les pillages qui ont esté faits sur les prises que vous avez amenées à Brest; elle sçait que la principale cause des maladies qui ont esté sur Iesdits vaisseaux vient de la saleté et du peu de soin des capitaines; elle est informée que plusieurs officiers quittent leurs vaisseaux et vont coucher à terre; enfin elle voit clairement que la discipline, qu'elle a tant de soin d'establir dans ses armées de terre et de mer, n'est point observée sur l'escadre que vous commandez. Je suis bien ayse de vous donner avis que cette exactitude à faire observer les ordres de Sa Majesté sur ce point est une des principales parties qu'elle considère dans ceux qui ont l'honneur de commander.

Sa Majesté ne doute point que vous ne soyez à présent party; mais si, contre toute apparence, vous estiez encore aux rades de Brest lorsque cette lettre vous sera rendue, elle veut que vous mettiez à la voile sans aucune |>erte de temps.

( Arth. de In Mar. liépéche* concernant la marine, 1678 . fol. 357. )

INTENDANT DE M AULNE A TOULOiN.

Saint-Germain, 3 aou.st 1678.

Je vous ay desjà donné avis que le* Roy ira assurément, aussytost que la paix sera entièrement conclue, visiter les costes maritimes de son royaume et ses ports et arsenaux de marine2. Comme le port de Toulon sera assu-

' Voir pièce n" .',<,,. - ■ Voir pifo» n"5i*, 5*5, 5 9 7 et noirs.

rénient le principal objet de la visite de Sa Majesté, ne manquez pas de penser continuellement a vous préparer dès à présent à tout ce qui pourra la satisfaire sur la grandeur et la beauté de ce qui concerne sa marine.

Pour cet effet, outre que, ainsy que je vous l'ay desjà écrit, il faut toujours penser à avancer incessamment tout ce qui concerne la nouvelle enceinte de la ville pour pouvoir commencer au dedans les bastimens dudit arsenal, il'faut que vous vous appliquiez à bien garnir les magasins de toutes sortes de marchandises et munitions nécessaires pour la marine, suivant les moyens que vous avez et que je vous donneray de temps en temps; mais surtout il faut que vous vous appliquiez à trouver des lieux pour bien ranger toutes choses, que tous les canons de fonte soyent ensemble bien rangés, les canons de fer de mesme. Et comme il y en a un très-grand nombre à Toulon, tant dans l'arsenal que sur les vaisseaux, vous pouvez les mettre tous ensemble en quelque endroit qui soit exposé à la vue, et faire voir en cela une chose très-superbe et très-magnifique, puisque vous pouvez réunir environ 3,ooo pièces de canon. Appliquez-vous aussy à avoir une belle salle d'armes, et prenez bien garde que les mousquels soyent beaux, bien nettoyés et bien louais, et toutes les autres armes de mesme, et que le tout soit parfaitement bien rangé.

Par ces deux points que je vous explique, vous pouvez connoistre facilement tout ce que vous devez faire pour toutes les autres marchandises et munitions qui sont dans l'arsenal. 11 ne seroit pas nécessaire de vous dire que vostre principale occupation doit estre de tenir les vaisseaux propres et bien rangés; mais, outre ces points, qui sont tous très-importans, je désire que vous travailliez à vous mettre en estât d'entreprendre une chose qui seroit encore beaucoup plus surprenante et d'une plus grande satisfaction à Sa Majesté, ce seroit d'entreprendre de baslir, ou pour mieux dire, de monter entièrement un vaisseau de 3o pièces de canon ou environ en sa présence, en trois ou quatre jours de temps; mais il faut tenir cette pensée fort secrète; et cependant, pour y parvenir, j'estime nécessaire que vous commenciez dès à présent à faire mettre à part toutes les pièces de bois qui sont nécessaires pour un bastitnent de ce port, que vous fassiez choix des plus belles et des plus saines, parce que ma pensée seroit de faire un chef-d'œuvre de ce bastiment en toutes ses parties, c'est-à-dire que non-seulement toutes les pièces de bois qui y serviroient fussent extrêmement saines, niais mesme je voudrois, s'il estoit possible, les faire passer au rabot, c'est-à-dire que toutes les pièces fussent à vive a reste, qu'elles fussent toutes également équarrics dans toute leur estendue, que les joints, les mortaises et généralement tout ce qui sert à la liaison des

membres. fust extrêmement juste et bien marqué, afin que celte justesse et ces marques fussent telles que Ton pust le démonter et le rebastir avec quelque facilité.

Méditez bien tout ce que je vous dis et ne vous rebutez pas, quelque difficulté que vous y trouviez dans le commencement; soyez persuadé que cela se peut, et qu'il faut trouver les moyens de le faire; vous pouvez inesme, sans découvrir ce dessein, consulter quelquefois les maistres charpentiers, en ne leur disant qu'une partie de ce que vous voulez faire.

Vous pouvez leur dire, par exemple, que je vous donne ordre de disposer des bois pour faire un chef-d'œuvre, et qu'il faut pour cela faire choix de toutes les plus belles pièces qui se trouvent ou qui viendront à l'avenir dans l'arsenal, qu'il faut les équarrip droites et égales, que les joints et les liaisons soyent fort justes; en un mot, qu'il faut que toutes les pièces le soyent autant que si elles estoient passées au rabot et qu'elles dussent servir pour faire de la menuiserie, et que le tout soit si juste et si bien fait que ce bastiment se puisse démonter et rebastir avec facilité.

Prenez garde de ne leur point parler de la diligence à le rebastir, parce qu'ils vous le traiteront d'impossible, et cela les dégousteroit de travailler ainsy que je vous l'ay expliqué; mais, lorsque le bastiment sera taillé aussy propre que je viens de vous le dire, vous verrez ensuite et examinerez les moyens de le rebastir promptement.

(Areh. de la Mnr. Dépêche* concernant la marine, 1678, fol 38 1.)

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