‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 388 sur 486 · A M. ÀRNOUL FILS · texte numérisé non relu

A M. ÀRNOUL FILS

INTENDANT DE MARINE A TOULON

Sainl-Gennain, 5 aoust 1678.

Le Roy a vu et examiné avec soin tout ce que le sieur du Cayron 1 et vous avez écrit sur les différentes manières de fonder les bastions et courtines qui doivent estre basties dans la mer à Toulon. Et quoyque Sa Majesté soit persuadée que celle de fonder par le moyen des encaissemens proposés est la plus assurée, principalement dans les lieux où il y a un si grand fonds d'eau et de boue qu'il seroit impossible de faire des bastardeaux (d'autant plus que, quand on les feroit, il faudroit toujours fonder sur pilotis qui, par la qualité du terrain, ne pourroient pas estre enfoncés assez

• Voir II , 435 , pièce n" as.

avant pour ne pouvoir estre ébranlés), cependant, Sa Majesté estime que, dans une matière aussy difficile et aussy importante, on ne peut prendre trop de précautions; c'est pourquoy elle a résolu d'envoyer à Toulon le sieur Dieulamant , qui, ayant esté toujours avec le sieur Daspremont1, connoist toutes ses pensées, et qui mesme pourra conduire le travail en l'absence du sieur du Cayron et sous ses ordres.

Son intention est donc que vous fassiez faire différentes épreuves de la nanière de fonder par encaissemens et par bastardeaux; que vous fassiez un bastardeau dans l'endroit le plus proche de terre où il y aura moins de boue, pour essayer si, en jetant la boue de l'autre costé du bastardeau, vous pourriez trouver le ferme et y bastir aysément. A l'égard de l'épreuve pour les encaissemens,* vous la ferez sur cinq ou six toises de longueur dans l'endroit le plus profond. Je me remets aux sieurs du Cayron et Dieulamant pour la manière dont ces épreuves doivent estre faites; et mesme il seroit bon, quand le travail sera commencé et que la présence de ce dernier ne sera plus si nécessaire, qu'il allast faire un tour en Italie, s'il y a quelque endroit sur les costes où on ayt basty des bastions dans la mer, afin d'examiner de quelle manière les fondations ont esté faites, et se servir de cet exemple pour ce qu'il y aura de pareil à faire à Toulon.

Il est très-nécessaire que le sieur du Cayron continue à tracer sur terre , et à marquer par des pilotis en mer, les principaux alignemens de la fortification, et ce pendant [fasse travailler] soit aux fondations dans la mer, soit à ce qu'il y aura à bastir sur terre pour la fortification ou pour les balles aux masts et au bois qu'il a proposées. Sa Majesté fera remettre, outre ce qui a esté payé jusqu'à présent, la somme de 60,000 livres, et c'est à vous à donner avis lorsqu'il sera nécessaire de remettre de nouveaux fonds.

Il ne faut pas élever, cette année, la maçonnerie des bastions qui doivent estre bastis dans la mer; il suffira de faire les fondations et de leur laisser prendre l'affaissement pour commencer à travailler au commencement du mois de mars de l'année prochaine.

Après que les épreuves des différentes manières de fonder seront faites, il faut que vous envoyiez un mémoire exact de ce à quoy reviendra la dépense de tout ce qui sera fondé dans la mer, et de ce qui pourra estre fondé sur terre pendant le reste de cette année. Cependant, vous pouvez faire à présent travailler aux excavations d'un bastion et d'une courtine sur terre suivant le dessin approuvé par le Roy. Vous pouvez sans difficulté faire commencer la halle que vous proposez pour mettre les bois à couvert.

» Tous <Urux étoient ingénieurs.

A l'égard de la proposition que vous avez faite pour enfermer la fosse par une ceinture de bastions , elle est impraticable par bien des raisons, dont la première est que ces bastions seraient absolument commandés par la hauteur qui est de ce coslé ; la seconde , que vous faites passer les baslions par le milieu de la fosse, et la troisième, que ce seroit une nouvelle dépense très-grande, et donl l'utilité ne seroit pas considérable; en sorte que le Roy veut que vous fassiez exécuter le premier dessein, qui est d'enfermer cet espace par une estacade de pieux, et, pour cet effet, que vous examiniez à combien montera la dépense, et que vous en envoyiez un mémoire, Sa Majesté se réservant de pourvoir à l'entière seurcté des vaisseaux qui y seront, soit en faisant bastir une redoute sur la cosle voisine, soit par tel autre moyen qu'elle avisera1.

Je vous recommande encore de faire en sorte que les marchés qui seront faits pour la maçonnerie soyent avantageux au roy, et d'observer dans les adjudications tout ce qui vous a esté ordonné en pareil cas. Il suffira de donner des noms aux bastions lorsqu'ils seront baslis.

Il faut sans difficulté faire travailler aux plales-forrnes de l'entréedu port; vous trouverez cy-joint copie de l'ordre donné au trésorier pour la remise de la somme de 5,ooo livres pour cette dépense.

1 Le «5 du mois suivant, Colbert écrivait encore au même intendant, au sujet des fortifications de Toulon :

«J'ay examiné le plan de l'eslacade nouvelle à faire que vous m'avez envoyé, et je vois que vous la voulez rendre carrée au dedans de ta mer, en mettant la pointe de terre appelée le Mourillon au milieu de l'un des grands costés de ce carré. Je remarque que , en ce faisant , les deux grands costés de ce carré estant presque de 1 5o toises chacun, et les deux moindres de l4o, il faudra près de 58o toises de palissade de la grosseur et de la hauteur que vous l'avez marqué dans vos dessins, ce qui me paroist une bien grande dépense et qui n'est pas mesme bien entendue, parce que je ne trouve, dans rette entendue, qu'un petit espace de trois et quatre toises de profondeur, et le surplus est

e J'estime que ce dessin doit estre corrigé, et pour cela ma pensée seroit de conduire la palissade depuis la pointe nommée le Mourillon en droite ligne jusque sur le milieu de la fosse qui fait l'entrée de la chaisne, et faire au bout de cette ligne droite un angle où il y auroit une ligoe de palissades qui tomberait sur le milieu

de cette fosse, ainsy que je l'ay marqué au crayon sur le plan que je vous renvoyé; de cette sorte, il n'y auroit que 960 toises de palissade, qui enfermeroient une estenduc fort considérable de la petite darse qui auroit presque partout trois , quatre et cinq toises de profondeur; ainsy l'on pourroit mettre, dans cette estendue, un nombre de 5o on 60 vaisseaux fort à l'aysc, et qui seraient presque à couvert de toutes sortes d'accidens.

-Il faudrait, en mesme temps, détourner le ruisseau de l'Égoutier; et, pour empescher que l'on ne pust venir, du costé de la terre , entreprendre sur les vaisseaux, l'on pourroit diminuer celle estendue en remplissant les Ijords les moins profonds de la terre des hauteurs circonvoisines, et faire une muraille qui tournast depuis la pointe du Mourillon jusqu'à la pointe du bastion de la ville, ainsy que je vous l'ay marqué au crayon sur le mesme plan que je vous renvoyé.

« Examinez soigneusement le tout avec M. du Quesne, les sieurs du Cayron, Molard et des ofliciersde marine, cl envoyez-moy leurs sentimcns.n {Dép. eone. la mar. fol. h 85.) — Voir pièces n" 5hj et 5a'i.

A l'égard dés autres dépenses que vous proposez pour le fort de l'Éguillette et pour le tour de la place, cela peut estre remis à l'année prochaine.

(Arch. do la Mar. Dépêches WMrwwl la «utrine, 1678, fol. 385.)

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