A M. DE DEMUIN
INTENDANT A R0CI1EF0RT
Fontainebleau, 17 septembre 1678.
Vous verrez, par l'extrait de la lettre de M. du Quesnè que vous trouverez cy-joint, que les matelots ponantois qui ont servy sur les vaisseaux désarmés en dernier lieu à Toulon n'ont pas voulu admettre les sommes que vous avez fait payer à leurs femmes ou familles, lorsque l'on a voulu les déduire sur ce qui leur estoit deu.
S'il vous avoit plu de faire, ce que je vous ay ordonné plus de cinquante fois, qui est d'exécuter ponctuellement l'ordonnance du 7 aoust 1675, et pour cet effet de leur faire donner par écrit leur consentement de distribuer ù leursdites femmes ou familles le tiers de leur solde l, et à l'égard de ceux qui ne sçavent pas écrire, de faire faire un estât certifié parle contrôleur des payemens qui auroient esté faits jusqu'à la concurrence dudit tiers, l'on ne seroit pas dans la peine où l'on est à présent de faire donner des certificats auxdits matelots de ce qui a esté payé en Ponant. Cette contrariété qui paroist presque en tous rencontres à l'exécution des ordres qui vous sont donnés, et particulièrement à celle de ladite ordonnance , a obligé lesdits matelots de consommer à Toulon le fonds de leur solde en attendant la preuve de ce qui avoit esté payé à leurs femmes ou familles, et ensuite ils ont esté contraints de s'en retourner chez eux demandant raumosne.
Vous voyez par là combien vous discréditez le service de la marine, et le préjudice que cause au service du roy le peu d'application que vous avez eu jusqu'à présent à exécuter les ordres que je vous ay tant de fois réitérés; c'est à vous de prendre yarde à l'avenir d'estre plus exact; autrement il seroit impossible de vous maintenir dans l'employ que vous occupez.
( Arcb. de la Mar. Dépéche$ concernant la marine . 1 678 , fol. 47o.)
LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES
Fontainebleau, 95 septembre 1678.
J'ay este bien aysc d'apprendre, par la lettre que vous m'avez écrite
1 Voir pièces n" 388, 389 , A 75 et notes.
le 37 de ce mois, que tous les vaisseaux soycnt à présent dans le port de Toulon et les équipages entièrement payés; l'expédient que vous avez pris pour obliger tous les matelots de travailler avec assiduité au désarmement des vaisseaux sera assurément très-avantageux , mais vous devez bien prendre garde qu'il n'y ayt point d'abus.
Pour ce qui est de la garde des vaisseaux, vous ne devez pas raisonner sur la croyance que le Roy veuille establir une garde bien régulière et bien exacte composée d'un nombre de soldats tel qu'il seroit nécessaire pour estre toujours sur les vaisseaux, parce que cela n'a jamais esté pratiqué; Sa Majesté veut seulement retenir les testes des compagnies qui ont servy sur ses vaisseaux, c'est-à-dire les sergens, caporaux ou principaux soldats qui seront entretenus sur le pied de 5o vaisseaux et monteront à a 00 hommes; son intention est qu'ils servent de gardiens sur lesdits vaisseaux, et que, lorsqu'il sera besoin de faire des armemens, ils servent aussy à la levée des soldats et à leur apprendre le port des armes et l'exercice. Elle veut de plus que ces qoo hommes couchent sur les vaisseaux et qu'il y en ayt toujours un en sentinelle ; voilà de quelle sorte vous devez establir cette garde. Au surplus, s'il y a quelque autre chose à observer, faites-le-moy sçavoir, s'il vous plaist, afin que j'en puisse rendre compte à Sa Majesté
1 Les mesures prises par du Quesne ne répondirent pas aux intentions du ministre, car le 1 8 du mois suivant , celui-ci lui écrivit :
-L'on a donné avis icy que vous aviei estably une nouvelle forme de garde sur. les vaisseaux du roy ; que vous faisiez assembler les soldats au son du tambour, que vous les faisiez
«ex monter une garde régulière comme il se pratique dans les troupes de terre. Quoyque Sa Majesté ayt eu peine à croire cet avis véritable, vu que cela ne s'est jamais pratiqué, que vous n'avez pas deu le faire sans ordre exprès, et mesme que cela est directement contraire à la lettre que je vous ay écrite par ordre de Sa Majesté, le 95 du mois passé, elle n'a pas laissé de m'ordonner de vous écrire encore celte lettre pour vous dire qu'elle ue veut pas que vous innoviez aucune chose en la forme de la garde de ses vaisseaux, ni que jamais les soldais de marine soyent assemblés au son du tambour ou marchent en bataille; elle veut seulement que vous eslablissiez les aoo soldats qu'elle a bien voulu réserver en les divisant sur les vaisseaux pour y servir comme gardiens, m. - i
et y faisant sur chacun une espèce de petit corps de garde, et vous devez donner l'ordre que l'un d'eux soit toujours en sentinelle , particulièrement pendant la nuit. Après vous avoir expliqué les volontés du Roy, il ne me reste qu'à vous répéter ce que je vous dis bien souvent, qui est que Sa Majesté veut eslre obéie ponctuellement.»
Malgré des ordres si précis, du Quesne persista, et quelque temps après il reçut la lettre suivante :
«Le Roy a esté surpris d'apprendre, par les lettres du sieur A m oui, que les soldats du désarmement de ses vaisseaux n'ayent pas encore esté licenciés, et que vous l'ayez empesché. Sur quoy je suis bien ayse de vous dire une chose que je vous répèle assez souvent, qui est que ces manières d'agir reviennent trop souvent et font un peu de tort à vos services. Sa Majesté veut estre obéie ponctuellement et exactement, et que ceux qui ont l'honneur de la servir ne présument pas qu'ils puissent jamais avoir aucune raison de suspendre l'exécution de ses ordres un seul moment. r» (Dép.conc. lamar. fol . 5 1 1 et 5a A.) — Voir pièce n* 55o.
J'ay vu ce que vous m'écrivez concernant les vaisseaux le Grand et k Magnifique. Il est nécessaire que vous expliquiez vos sentimens au sieur Arnoul sur ce sujet; cependant je dois vous dire que, lorsqu'il s'agit de condamner quelqu'un des vaisseaux de Sa Majesté , elle veut que cela passe par le conseil de construction en la forme prescrite par les ordonnances el règlemens de marine , que vous devez faire exécuter en montrant vousmesme l'exemple aux autres. A quoy j'ajouteray qu'elle ne prendra pas plaisir de voir condamner légèrement ses vaisseaux; mais toutes les fois qu'ils se trouveront vieux et mauvais, et qu'il en pourra estre fait de neufs aussy diligemment et avec aussy peu de dépense que les vieux pourroient estre radoubés, vous pouvez faire estât que Sa Majesté y donnera facilement les
mains.
A l'égard du Triomphant, puisqu'il y a lieu d'espérer de s'en pouvoir servir, il faut sans difficulté le faire radouber.
Je vous prie de continuer de donner vos avis au sieur Arnoul sur ce qui est à faire à tous les vaisseaux du port; mais prenez bien garde que toutes choses ne peuvent pas estre réduites au point de perfection où peutestre vous les voulez, et qu'il faut seulement remédier à ce qu'il y a de mal, et approcher le plus qu'il se pourra de la perfection l.
Vous ferez fort bien d'interdire l'usage de chaufTer les vaisseaux dans le port 2, mais il faut chercher promptement un endroit dans quelque autre lieu de la darse pour mettre les vaisseaux de Sa Majesté. Pour cet effet, j'écris au sieur Arnoul de vous communiquer la pensée d'enfermer la petite rade d'une forte palissade. Examinez soigneusement avec luy ce qui se peut faire sur cela, et faites-moy sçavoir vostre sentiment pour en rendre compte à Sa Majesté.
(Àrch. delà Mar. Dépêche, concernant la marine, 1678. fat 486)