AU SIEUR BRODART, INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE
(Copie portant : Dictée par Colbert. )
Versailles, 18 octobre 1678.
Je ne suis pas encore satisfait du rôle des invalides que vous m'avez envoyé , ne voyant point dans ce rôle que vous y marquiez aucune circonstance des temps ni de quelle manière les forçats auroient esté estropiés. Par exemple, tous ceux que vous dites estropiés d'un bras, d'une jambe, les aveugles et autres invalides visibles : ou ces forçats estoient estropiés lorsqu'ils sont arrivés à Marseille , auquel cas vous n'avez pas deu les recevoir, ou vous avez deu en donner avis ; ou ils se sont estropiés depuis qu'ils sont en galères, et, en ce cas, ils ont deu estre punis suivant la rigueur des ordonnances1.
A l'égard de ceux qui ont des descentes ou autres maladies de celte nature que l'on a peine à découvrir, je ne vois pas par ce mesme rôle que les médecin et chirurgien les ayent visités et qu'après leur visite ils les ayent trouvés rompus, et ainsy des autres. Je vous ay écrit tant de fois qu'il falloit avoir une grande exactitude dans ces visites, que je m'étonne que vous ne fassiez paroistre cette exactitude ni par le rôle ni par vos lettres qui l'ont accompagné.
1 L'ordonnance du h septembre H'»^ punissait de mort ce» mutilations.
Vous ne me faites pas mesme connoistre si vous avei exécuté l'ordre qui vous a esté donné de ne plus nourrir les faux-sauniers invalides l, en faisant exécuter celuy qui a esté donné au sieur Fabre par les fermiers des gabelles de les nourrir, en sorte que, y en ayant 6a de cette qualité, il faut desjà oster ce nombre des 487 compris dans vostre rôle. Outre ce nombre, il y cira 7 qui offrent des Turcs en leur place , que le Roy vous permet de mettre en liberté après avoir fourny actuellement des Turcs jeunes et sains et en estât de servir.
Il y a outre cela, dans le rôle que je vous envoyé, 100 invalides de l'âge de 60 ans et au-dessus, que Sa Majesté vous permet de mettre encore en liberté. Mais elle m'ordonne de vous dire en mesme temps que, comme il est fort difficile que ces gens-là n'ayent gagné quelque chose depuis qu'ils sont dans les galères, il faut que vous examiniez avec soin si vous ne pourriez pas tirer de chacun d'eux, ou du plus grand nombre, à proportion de l'argent que vous pouvez facilement sçavoir qu'ils ont, ou un Turc, ou* au moins quelque argent pour en acheter, depuis 3oo jusqu'à 100 livres. Sa Majesté se remet à vous de cette économie.
A l'égard des 67 Turcs vieux ou invalides, Sa Majesté ne veut leur donner la liberté que s'ils donnent un autre Turc, ou un François esclave en Turquie, ou au moins 100 écus; et, à l'égard des a5i forçats restans, Sa Majesté ne veut leur donner la liberté que s'ils donnent ou 100 écus ou un Turc 2.
Ne manquez pas de lire exactement cette lettre et de l'exécuter; elle vous doit servir de règle, non-seulement pour cette année, mais mesme pour les suivantes.
(Arch. de la Mor. Ilegùtrt de» galère» , «678, fol. i53.)