‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 399 sur 486 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Versailles, aA octobre 1678.

Après avoir examiné le traité des vivres des galères, je vous diray pre-

1 Voir pièce n' Aq3.

1 Colbert préférait de beaucoup le rernplaremeot au rachat. Le h août 167A, il avait déjà écrit à ce sujet a Arnoul :

«r J ay rendu compte au Roy du rôle des forçats invalides, et Sa Majesté a résolu de faire

mettre en liberté les «o3 forçais contenus au rôle que je vous envoyé. Vous devex observer seulement de ne faire relascber aucuns de ceux qui se sont engagés à donner des Turcs pour servir A leur place qu'ils ne les ayent effectivement remis sur les galères, Sa Majesté ne vou-

mièrement qu'il faulréduire cette fourniture au poids de marc ', et non au poids de Provence, parce que le Roy ne veut point que l'on se serve dans toutes ses affaires de marine et autres que du poids royal qui est celuy de marc2.

Il faut donc sur ce point que vous fassiez promptement réduire tous les poids de biscuit, viandes, légumes et autres qui sont dans le traité des vivres, poids et mesures de Provence, en poids de marc et mesure de la pinte de Paris; envoycz-moy aussytost la réduction que vous en aurez faite, afin que, dans le nouveau traité pour la fourniture des vivres qui se fera , l'on employé le poids de marc et la mesure de la pinte de Paris.

Je vous avoue que j'ay trouvé les rations réglées par le dernier traité excessives, et qu'il est impossible qu'un homme puisse manger ces rations en un jour et demy. J'ay fait sur cela une expérience de la ration, ainsy qu'elle est réglée pour les matelots des vaisseaux , et j'ay trouvé que nonseulement cette ration, qui est beaucoup moindre que celles des galères, ainsy que vous verrez par la table cy-jointe , estoit suffisante pour nourrir un homme de travail une journée, mais mesme qu'il en restoit; et comme assurément les Provençaux et Levantins mangent moins que les Ponantois, l'on doit tenir pour certain que les rations de galères sont du tiers plus fortes qu'il n'est nécessaire. Pour voir ce que ce tiers devient, il se peut faire que, lorsque les galères sont dans le port de Marseille, ces vivres peuvent servir à nourrir les familles de ceux qui les reçoivent, quoyquc j'en doute fort et que je sois persuadé qu'ils s'accommodent en terre comme en mer avec le munitionnaire, et que, après avoir pris en mer ce dont ils ont besoin , ils composent avec luy et prennent en argent ce qu'il ne leur fournit point en espèces. Cela donne au munitionnaire un profit assez considérable qu'il seroit juste et facile de luy retrancher, et je m'étonne mesme que vous ne m'en ayez jamais donné aucun avis. Examinez donc avec soin ce que je vous dis sur ce point, et faites-moy sçavoir tout ce qui se passe.

Mon avis seroit de réduire les rations à la quantité de biscuit, vin et

tant point que vous écoutiez les propositions ««Vous vous estes servy jusqu'à présent du

qui pourroient vous es Ire faites de donner (Je mot de gove pour la mesure des bots dans les

l'argent pour des Turcs.» (Dép. conc. les gai. estats que vous m'avez envoyés. CeUe fol. 1 09.) estant particulière à la Provence, peu connue

1 Le poids de marc était le poids en usage ailleurs et de plusieurs grandeurs, il est néce*-

à Paris. La livre poids de marc était de seize saire que vous observiez à l'avenir de ne plu*

onces. employer d'autre mesure dans vos e*taL« qu?

1 Une observation analogue fut faite, le celle du pied cube, qui est en usage à pr»**01

1 3 décembre 1 680 , à Brodart nu sujet de la dans tous les ports , excepté Marseille...»

des bois destinés à la marine : conc. le» gai. fol. 368.)

autres denrées qu'un homme peut consommer par jour, et pour le surplus vérifier exactement les accommodemens qui se font entre tous ceux dont les rations sont excessives et le munitionnaire. L'on pourra trouver le moyen de dédommager ceux de l'équipage qui en profitent ou de leur donner les mesmes choses; l'on retrancheroit ainsy au profit de Sa Majesté ce que le munitionnaire tire et qui ne luy appartient pas.

Au surplus, l'on a évité jusqu'à présent de donner la fourniture des vivres des galères aux Provençaux , parce qu'ils sont en possession de fournir de mauvais vivres; mais comme il se peut faire qu'ils seront détrompés de cette manière de servir, voyant l'exactitude avec laquelle les payemens se font au munitionnaire et celle que l'on a de visiter et examiner les vivres embarqués, et que d'ailleurs les marchands de Marseille ou de Provence peuvent assurément fournir les vivres à meilleur marché et y faire mieux leur compte que des estrangers, si vous trouviez des gens de cette qualité, il vaudroit mieux leur donner cette fourniture. En ce cas, envoyez-moy leurs propositions. Vous pouvez leur communiquer la copie du traité cy-joint et me faire sçavoir leurs propositions sur le prix de chacune ration, en les diminuant ainsy que je viens de vous l'expliquer.

( Àreh. de la Mar. Begùtre de» ,;alir» , 1678 . M. i63.)

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