A M. DE SEUIL
I INTENDANT DE MARINE A BREST
Saint-GermaiD, 11 mars 1679.
J'ay lu avec soin le mémoire que vous m'avez envoyé sur le sujet du vaisseau le Neptune, et je vous diray premièrement qu'à l'égard des ornemens de sculpture et peinture de ce vaisseau, je n'ay rien à ajouter à tout ca que je vous ay écrit par mes précédentes, tant sur la manière dont ils doivent estre faits, que sur le temps auquel ils doivent estre achevés.
Quant à la propreté, tant pour le corps dudil vaisseau que pour les agrès dont il doit estre équipé, c'est à vous à concerter, avec le chevalier de Lhéry 2 et avec MM. Gabaret et ChAtcau-Renault, tout ce qui peut con-
1 Le même jour, Colbert avait ordonné à l'intendant de Toulon d'envoyer un exprès à Nice, avec ordre de 9'infonuer s'il n'y avait pas un patron du nom de Marc-Antonio Mallliese, et, le cas échéant, de le fréter pour Toulou, puis, arrivé là, de le faire mettre en prison, tout cela dans le plus grand secret. Sa lettre du a a avril suivant, à M. de La Ileynie, fait connaître le résultat de ceUe mission :
«Vous trouvères ry-joinls les mémoires que M. Rouillé ma envoyés depuis peu sur le sujet In nommé Chastanier et le nouvel interrogatoire qu'il a fait presler au nommé Durbec, qui est dans la citadelle de Marseille, dont j'ay rendu compte au lloy. Sa Majesté a appris, par le retour de la personne qui a esté envoyée à Nice, qu'il n'v a point de patron en cette ville, ni a Villefranche, Monaco et Antibes, qui se
nomme Marc Mnlthese, ou Marc-Antonio Malthese. El comme ledit Durbec ne connoist point le nommé dom Pielro Antonio, religieux cl chanoine de l'église Saint- Pierre, qu'il n'y a point d'église de ce nom à Nice où il y ayt des chanoines, et qu'il n'y a rien de prouvé sur le sujet du nommé Biscarre, Sa Majesté m'ordonne de vous envoyer ces mémoires , afin que vous interrogiex de nouveau le nommé Chastanier sur ce qui y est contenu , et que vous taschiet de découvrir la vérité.» ( Dey. orne, la mar. fol. a a 5.)
• Henri Cauchon , chevalier de Lhéry. D'abord chevalier de Malte en 1 665 , il quitta l'ordre et prit le litre de marquis. Lieutenant de vaisseau en 167 i, capitaine en 1 673. Chef d'escadre en 1689. Tué devant Gènes, sur le Diligent, le ■ih mail 684.
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tribuer à rendre ce vaisseau le plus propre et le plus agréable à la vue qui ayt jamais paru en mer; et il faut parvenir à faire en sorte que les cordages soyent plus menus, mieux goudronnés, plus maniables, les voiles d'une toile plus belle et meilleure, et que tout le reste des agrès soit plus propre et fait avec plus de soin qu'à l'ordinaire.
Je vous recommande, sur toutes choses, ce qui regarde l'artillerie et la propreté des affusts; je vous recommande aussy de penser à tout ce qui peut rendre la sainte-barbe propre, tant par l'arrangement des porlc-gargousses et de tous les ustensiles qui servent au canon, que par tout ce que vous pourrez penser qui pourra contribuer à l'ornement de cet endroit du vaisseau. Je n'enverrav point les habits des soldats et des matelots Brest, estimant beaucoup plus à propos de les envoyer ou à Belle-Ile, si c'est dans cette rade que le Roy verra ce vaisseau , ou dans tel autre endroit le plus proche du lieu où. Sa Majesté le voudra voir.
Je vous ay desjà fait sravoir à l'égard des ornemens de la chaloupe qu'il falloit prendre le tendelet de celle du port, et les tapis et carreaux qui y sont; à quoy il ne faut pas que vous manquiez.
Sur ce que vous m'écrivez concernant la réception de Sa Majesté, la manière du salut est bonne et doit estre suivie; mais, pour la manière dont vous rangez l'équipage, elle n'est pas conforme à mes intentions, et à ce que je crois qui sera le mieux pour la satisfaction du Roy.
Ma pensée est donc que les soldats soyent rangés à la pointe de l'espée, c'est-à-dire aussy serrés qu'ils le pourront estre, sur autant de files qu'il en pourra tenir dans la largeur du vaisseau ; et comme je fais estât qu'il a q6 pieds de long depuis le bout du corps de garde jusqu'au grand mast. sur 29 pieds de large, et qu'il ne faut que q pieds pour chaque soldat, je crois qu'il pourra y avoir aysément dans cet espace 8 files de 1 q soldat* chacune, ce qui fait 9a soldats, qui est le nombre à peu près qu'il y en aura sur ce vaisseau.
A l'égard des matelots, ils doivent estre rangés, chacun suivant le service auquel ils sont destinés, c'est-à-dire le nombre de matelots nécessaire pour le service du mast d'artimon rangés sur le corps de garde et la dunette de la mesme manière que je viens de vous expliquer pour les soldats sur des files réglées, et pour cela, il faut leur apprendre à bien tenir leur rang. Les matelots du grand mast, du mast de misaine et «lu beaupré, pourront estre facilement rangés depuis le grand mast jusqu'à l'avant.
Vous observerez que mon intention est que tous ces matelots soyent armés chacun d'un sabre et d'une pertuisanc, ou d'un esponton chacun à la main, et que l'équipage doit estre en cet estât lorsque le Roy arrivera, et
jusqu'à ce qu'il soit monté au-dessus du corps de garde et qu'il ayl pu le voir tout entier.
Aussytost que Sa Majesté aura vu tout ce nombreux équipage sur le pont, l'officier fera commandement à tous les matelots de mettre bas les armes, et cela se doit faire avec tout l'ordre et le silence accoustumés dans les réginiens d'infanterie les mieux disciplinés. En suite de quoy, chaque matelot, suivant le service auquel il est destiné, montera aux masts pour faire devant Sa Majesté les manœuvres qui luy seront commandées par le capitaine ou par le maistre. Pendant que les matelots monteront aux haubans pour les manœuvres , les soldats recevront le commandement de s'estendre tout le long du bord du vaisseau de chaque costé, et ne feront qu'une file sur chaque bord, ainsy qu'ils ont accouslumé d'estre. Rien n'est plus important, pour ce qui regarde lesdits soldats, que de les exercer au maniement d'armes et de leur faire faire les mouvemens qu'ils doivent faire devant le Roy, et .pour cela il sera bon que le chevalier d'Hervaux s'embarque sur ce vaisseau, suivant l'ordre que vous trouverez cy-joint.
A l'égard des matelots, il faut les exercer pour les manœuvres qu'ils feront devant Sa Majesté de la mesme manière que l'on fera les soldats pour le maniement des armes, afin que, chacun d'eux estant accousturaé h ce qu'il devra faire, tout se passe avec ordre et sans confusion. Surtout, il faut observer de les accoustumer au silence, ce qui demande une trèsgrande application et un grand usage, parce que vous sçavez que les manœuvres se font avec beaucoup de bruit sur les vaisseaux.
Après que les manœuvres hautes auront esté faites, les matelots et soldats destinés pour les manœuvres du canon recevront le commandement; chacun d'eux sçaura la pièce qu'il devra servir, et l'exercice se fera devant Sa Majesté avec tout l'ordre prescrit par ce que je vous ay cy-devant marqué.
Il faudra que les poudres de ce vaisseau soyent portées par une barque qui le suivra, et qu'il n'y en ayt, lorsque Sa Majesté y entrera, que pour les saluts.
Les flammes, enseignes de poupe et autres ornemens du vaisseau, doivent estre d'étoffes ordinaires, mais il y en doit avoir un bien plus grand nombre, et je me remets à vous pour ce nombre.
Ne manquez pas de communiquer au chevalier de Lhéry ce qui est porté dans cette lettre, dont vous pourrez mesme luy donner copie, afin qu'il ayt le temps de penser à tout ce qui y est contenu
(Arch.de la Mer. Dépêche, concernant In marin* , 1679, fol. i39. )
• Voir pièces n"5a5 et 5aG.