A M. ARNOUL FILS
INTENDANT DE MARINE A TOULON
Saint-Germain, 38 mars 1679.
Les officiers qui commandent à présent les vaisseaux qui sont armés à Toulon s'estant plaints que la subsistance de 3 sols qui est donnée à chaque soldat qu'ils amènent au port pendant la levée n'est pas suffisant»' pour les entretenir, cause la désertion d'une partie des meilleurs et apporte beaucoup de retardement dans les levées, Sa Majesté a fait considération sur cette plainte; et, comme son service pourrait recevoir quelque préjudice s'il n'y estoit pourvu, elle veut que vous fassiez en sorte de procurer une subsistance raisonnable auxdits soldats à mesure qu'ils arrivent dans le port, à quoy vous parviendrez aysément si vous voulez les employer au\ ouvrages auxquels ils peuvent estre propres.
Je sçais bien que vous apporterez de la difficulté sur ce sujet, prétendant que les ouvriers employés lors des arméniens doivent sçavoir leur métier, et que des soldats de nouvelle levée, qui sont ordinairement des paysans, ne peuvent pas travailler aux ouvrages de charpenterie , calfatajje et autres. Mais, pour prévenir cette difficulté avant que vous me la fassiez, je vous diray que ces mesmes paysans, qui ne sont pas capables de ces ouvrages pour lesquels il faut avoir appris un métier, sont fort bons pour le transport de fardeaux d'un lieu à un autre et pour plusieurs autres travaux nécessaires pendant les arméniens. Ainsy il faut que vous fassiez en sorte de les accoustumer à ces travaux et que vous les fassiez payer comme journaliers.
Si, contre tout ce que je peux prévoir, il y avoit des difficultés fondées sur la raison et non sur la facilité que vous avez à en apporter sur tout ce qui est proposé, le Roy prendrait plutost la résolution de faire mettre ces soldats sur quelqu'un des vaisseaux du port, à mesure qu'ils arriveraient, et de leur faire donner leur subsistance ainsy qu'ils l'ont d'ordinaire sur les vaisseaux. Mais comme cela serait une augmentation à la fourniture des vivres du munitionnaire , et que vous ne devez jamais, sous quelque prétexte que ce puisse estre, vous départir de l'ordre estably, suivant lequel les vivres ne doivent estre fournis que eonformémenl aux estats de Sa Majesté, il faudra, si ce dernier party de faire fournir la subsistance aux soldats est estimé le meilleur, que vous m'envoyiez à la lin de l'armement Testât certifié par vous de ce à quoy aura monté celte fourniture, alin que j'en expédie les ordres de Sa Majesté et qu'il n'y ayt rien
ET GALERES. 151
dans Testât général des vivres qui seront fournis cette année qui ne soit conforme auxdits ordres. Faites-moy réponse promplement sur ce sujet.
Je vous ay écrit que Sa Majesté vouloit estre informée si les soldats que les capitaines ont levés pour le dernier armement sont bien faits et en estât de servir, et s'ils ont eu soin de les habiller plus proprement qu'ils n'ont fait par le passé; ne manquez pas de me le faire sçavoir et de me marquer bien précisément si tous lesdils soldats de chacun vaisseau ont esté habillés de mesme.
Vous trouverez cy-joint un ordre de Sa Majesté pour casser le sieur de La Clide , capitaine de frégate légère, qui s'est absenté de Toulon sans congé.
Le chevalier de Noailles1 a représenté que le vaisseau le Pohj, qu'il doit monter, est fort meschant et que, dans le radoub qui a esté fait, l'on a trouvé beaucoup plus de bois gasté que l'on n'avoit cru; et quoyque j'aye peine de me persuader que cela soit véritable , vu que c'est vous qui avez proposé ce vaisseau et que vous l'avez marqué dans la liste que vous m'avez envoyée des vaisseaux qui seroient plulost en estât d'estre armés, en cas que ce vaisseau ne soit pas prest et que le Bizarre puisse estre aussytosl armé, ainsy que ledit sieur de Noailles l'écrit, Sa Majesté veut bien que vous le luy donniez avec le mesme équipage, bien entendu que cela n'apportera aucun retardement à l'armement desdits vaisseaux.
Je suis bien ayse encore de vous répéter sur le sujet de ce vaisseau qu'il arrive souvent que les vaisseaux du port de Toulon se trouvent hors d'estal de pouvoir servir, et que cela est si peu ordinaire dans les autres ports , où les intendans ont le soin et l'application qu'ils doivent pour les faire radouber et caréner dans les temps ordonnés par les règlemens, qu'il est impossible que Sa Majesté ne remarque la différence qu'il y a entre la manière dont elle est servie à Toulon et celle dont tous les autres intendans la servent 2. Cependant je ne crois pas que vous ayez fait la diligence nécessaire pour avancer les radoubs qui vous avoient esté ordonnés au mois de novembre de l'année dernière, et je vois au contraire, par vos lettres, que le travail des huit vaisseaux que vous avez entrepris est peu avancé et ne finira pas mesme sitost.
C'est pourtant le travail le plus essentiel, et il n'y a rien à quoy vous
1 Jacques, chevalier, puis bailli de Noailles, du Roi. Mort I avril 1719, à l'âge de
capitaine de vaisseau en 167"). Nommé lieute- cinquante-neuf ans.
nant général des galères en 1679, il vendit 1 On verra un peu plus loin (pièces n" 5 h 6,
celte charge en 1706 au marquis de Roye. 568 et suivantes), les tristes conséquences
L'année précédente , il avait été choisi par qu'eurent , pour le service et pour lui-même ,
l'ordre de Malte comme ambassadeur auprès les actes de négligence reprochés â Arnoul.
deviez si souvent penser qu'à la négligence que vous avez eue par le passé sur le sujet de ces vaisseaux et aux moyens de la réparer et de n'y plus retomber à l'avenir.
( Arth. de 1b Mai*. Depjehei concernant la marine , i6"jj), fol. jai.)