‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 420 sur 486 · CAPITAINE DE PORT A TOULON · texte numérisé non relu

CAPITAINE DE PORT A TOULON

Arles, 8 novembre 1679.

La nouvelle que je viens d'apprendre de la perte du Sam-Pareil, et l'incertitude où je suis qu'il ne soit arrivé la mestne chose au Conquérant'2, me font bien connoistre le peu d'application que vous avez apporté, lors de l'armement de ces vaisseaux, à ce qui regarde leur radoub, et je vous avoue que les négligences que vous commettriez dans une matière comme cellelà ne vous seroient point aysément pardonnées.

Il n'est point seulement question de satisfaire à ce que vous devez pour la propreté des vaisseaux dans le port, mais l'essentiel est ce qui regarde leur conservation , la solidité de leur radoub et tout ce qui les peut mettre en estât de tenir la mer lorsqu'ils sont destinés pour servir; c'est de quoy vous devez répondre , et vous ne devez pas douter que le Roy ne se prenne à vous du préjudice que son service reçoit de la négligence que vous avez apportée sur ce sujet.

Comme ces vaisseaux ont démasté et que c'est ce qui a causé leur perte, ne manquez pas de travailler, aussytost que vous aurez reçu cette lettre, à faire avec les officiers du port et les maislres masteurs une visite exacte de tous les masts qui servent à présent sur les vaisseaux, afin de connoistre de quelle qualité ils sont , d'oster ceux qui ne se trouveront pas bons et de travailler à leur remplacement. Vous ne sçauriez rien faire qui soit plus utile pour le service du roy.

(Arrh. de la Mar. Dépêche concermni la mariné, 1679, fol. 563.)

1 Pierre de La Cornière, de Blaye, lieutenant de vaisseau en 1 66 1 , capitaine de port à Toulon depuis le 7 août 1676. Mort le 1 5 février 168a.

* Ayant appris que ce vaisseau avait eu le même sort que lé Satu-Parril, Louis XIV ordonna l'arrestation du capitaine de pori et des deux maîtres charpentiers. Seignelay en prévint en ces termes du Quesne . par sa lettre du 1 5 novembre :

«Je n'ay jamais esté si sensiblement louché que je le suis de la perle que je viens d'apprendre du vaisseau le Conquérant et des officiers cl matelots de son émiinape. et ie connois par une fascheuse expérience combien le Iloy a esté mal servy à Toulon pour ce qui regarde le radoub. Comme c'est aux maislres

charpentiers et au capitaine de port à répondre de la manière dont les radoubs sont faits, le Roy m'a envoyé les ordres de les faire arrester, et d'envoyer le sieur Brodart à Toulon pour informer contre eux sur ce fait , suivant la lettre de Sa Majesté que vous trouvères cy-jointe.

«Je srais bien que La Cornière et Chapelle sont sous vostre protection ; mais je connois trop bien vostre affection pour le service, pour n'estre pas persuadé que vous les condamnerex vous-mesme s'ils ont esté cause , par leur négligence, de la perte de deux des plus grands vaisseaux du roy et que vous donnerez andit sieur Brodart suivant les intentions de Sa Majesté les moyens d'édairrir de quelle part vicut la faute qui a causé la perle de ces vaisseaux.» (/ïsp. conc. la mar. fol. ^70.)

KT (iALÈRKS. 173

INTENDANT DE MARINE A TOULON

Valence , i fi novembre 1 679.

La perte du vaisseau le Sans-Pareil m'avoit desjà donné le plus sensible déplaisir que je puisse recevoir, et ce malheur m'avoit confirmé la négligence horrible que vous avez eue pour le radoub des vaisseaux du roy ; mais je viens encore de recevoir la nouvelle de la perte du Conquérant, qui s'est entr ouvert au milieu de la mer, avec une perte entière de tous les officiers qui estoient dessus et de tout son équipage; le marquis d'Amfreville, commandant le Content, a esté obligé de perdre son vaisseau dans la rivière de Morbihan pour sauver son équipage, et à peine FArc-en-Ciel a-t-il pu gagner le port après avoir couru le mesme risque.

Je ( nnnois d'où vient un si horrible malheur, et j'auray à me reprocher toute ma vie de ne l'avoir pas prévenu, puisque vostre conduite depuis deux ans m'en avoit assez appris pour me faire connoistre que vous n'estiez pas capable de servir le Roy dans l'employ que vous avez, et que, si j'en avois averty Sa Majesté, j'aurois empesché la perte de deux vaisseaux, de plus de 800 hommes dont estoient composés leurs équipages, et d'un aussy grand nombre de gens de qualité et de service que vous avez fait périr par l'estrange abandon dans lequel vous avez laissé les vaisseaux du roy. Vous estes cause du décry dans lequel cet accident, qui n'est jamais arrivé aux autres nations, mettra la marine parmy les estrangers, et vous avez anéanty toutes les précautions qui ont esté prises pour establir un bon ordre dans la marine; ainsy vous devez compter, dès à présent, que le Roy ne peut plus se servir de vous, ni dans l'employ que vous occupez, ni dans aucun autre K

1 On a vu, surtout dans la correspondance

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peu de satisfaction à Colbert , qui , le 9 1 janvier 1678, lavait cependant prévenu en ces termes :

t Quand je considère toutes les fautes qui sttîv l s up j * 'lo no y

mesme do ma bonté de vous maintenir dans un employ de cette qualité , dont vous ne »ou|fi pas vous rendre compte, ou que vous n'estes pas en effet capable de faire. Il faut que l'amitié que j'ay pour feu voslre père soit bien grande pour résister à tout ce que je vois de

Arnoul fut révoqué le 1 1 décembre 1 679, mais, bien que Seignelay l'eût menacé de ne plus remployer, il se souvint qu'il avait été élevé avec lui et , le & septembre suivant , il le fit nommer intendant de marine au Havre. Arnoul resta dans ce port jusqu'en juin ifi83et passa en juillet 168/1 à l'intendance du Rocbefort, ou il fut remplacé le i" septembre 1688 par Begon. Il resta alors pendant quelques années hors du service et fut nommé, en 1699, intendant des classes. Enfin, en 1710, il fut appelé pour la seconde fois à l'intendance des galères à Marseille. Dans le tome II, p. /1G7, note, nous l'avons indiqué par erreur intendant général

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J'envoye les ordres au sieur Brodart pour se transporter à Toulon ' et informer de la manière dont les radoubs de ces vaisseaux ont esté faits, l'intention de Sa Majesté* estant que Je capitaine de port et les maistres charpentiers soyent punis s'ils n'ont pas fait leur devoir dans cette occasion.

Prenez bien garde de ne pas empescher par vostre présence que ledit sieur Brodart ne tire tous les éclaircissemens qu'il doit prendre snr ce sujet, car je vous déclare que, si je l'apprends, le Roy enverra un ordre pour vous faire sortir de Toulon.

( Arcb. de la Mâr. Dépéetm concernant la marine , i G79 . fol. ftp. |

Saint-Germain, 3 décembre 167g.

Pour réponse à la lettre que vous avez pris la peine de ra'écrirc le y a du mois passé, le Roy ordonne que La Cornière et les deux charpentiers ne sortent point des tours de Toulon qu'après que le sieur Brodart aura tiré tous les éclaircissemens qui luy ont esté ordonnés sur le sujet du radoub des trois vaisseaux qui ont péry, parce que tout ce qui paroist sur cette affaire l'a porté à croire que la véritable raison d'un aussy grand malheur que celuy qui est arrivé vient de la connoissance que les officiers du port de Toulon ont eue que, ces vaisseaux devant passer en Ponant et

de ta marine à Marseille en 1678; il «Hait alors intendant des galères.

1 Voici la letlre écrite te même jour à Brodart :

r ie viens de recevoir la nouvelle la plus foscheuse et la plus cruelle que je puisse jamais recevoir.

«Des quatre vaisseaux armés à Toulon et

vaheTde Tourville, U Sans-Pareil cl le Conquérant se sont entrouverts au milieu de la mer. Le marquis 1 l' Arnfreville a esté obligé d1 échouer lê Content dans la rivière du Morbihan, et il a pensé arriver la mesme chose à VArtm-Ciel Comme il est impossible qu'un aussy grand malheur ne soit venu par la faute du capitaine de port et des charpentiers, et de l'intendant mesme, qni n'a |kis tenu la main à ce que les radoub» fussent achevés comme ils le dévoient

estre avant que ces vaisseaux fussent mis en mer. le Roy a donné les ordres pour faire metuv en prison ledit capitaine de port et les charpentiers, et Sa Majesté veut que vous vous traan» portiez audit port de Toulon aussy tost que »ous aurez reçu la lettre cy-jointe pour tirer, par l'information exacte et en forme que vous ferez , la connoissance de la vérité d'un fait aussy impartant À M>n service, et punir ensuite ceux qui * trouveront coupables, par leur négligence, de la perte de ces vaisseaux.

«Observez que c'est la plus grande marque de confiance que Sa Majesté puisse vous donner, que de s'adresser à vous sur un fait qui luy est aussy seusible, et qu'il faut que vous y répondiez par l'application que vous aurez à coonoish < la vérité et a en informer exactement, sans rien déguiser de tout ce que vous anrri Connu..." {Ordre* du roi, fol. <nft.)

sortir par ce moyen de leurs mains, ils n'ont pas eu l'application nécessaire pour faire le radoub dont ils avoient besoin.

Cependant Sa Majesté désire que vous fassiez une nouvelle visite des vaisseaux qui sont dans le port et de leurs masts. Pour cet effet, examinez soigneusement, s'il vous plaisl, de quels lieux ont esté tirés les masts qui sont sur cbacùn desdits vaisseaux, de combien de pièces chaque mast est composé, de quel âge et de quel pays est chacune pièce, combien de temps il a esté employé pour les voiturer à Toulon, combien ils ont demeuré sansestre employés, combien de voyages a faits chaque vaisseau, le temps qu'ils ont servy en mer et Testât auquel ils sont à présent; et prenez la peine de dresser du tout un mémoire exact, pour me l'envoyer1.

Sa Majesté approuve ce que vous proposez sur la réception qui se fera à l'avenir des masts qui seront fournis à Toulon , et elle donne ordre au sieur Brodart de tenir la main à ce que cela soit ponctuellement exécuté. Elle luy envoyé aussy les ordres pour faire an-ester et mettre dans les tours le raaistre raasteur dudit port, et pour le faire intérroger sur les points contenus en vostredite lettre, et il a ordre d'agir de concert avec vous pour reconnoistre la vérité de tous les faits sur lesquels ledit maistre masteur doit eslre interrogé.

A l'égard de vostre retour, Sa Majesté m'ordonne de vous écrire que vous ferez une chose qui luy sera agréable de ne point penser a revenir que vous n'ayez achevé ce qui regarde le travail à faire pour la théorie des constructions3, en la manière que je l'ay commencée avec vous. Je vous prie aussy de vous appliquer à ce qui regarde le projet de règlement pour les manœuvres des vaisseaux, et à celuy qui concerne les fonctions des officiers dans le port et sur les vaisseaux, tant dans la navigation que dans les combats3. Surtout, Sa Majesté veut que vous demeuriez en Provence tout le temps qui sera nécessaire et jusqu'à ce que les informations commencées contre les charpentiers de Toulon soyent achevées, nonobstant le retardement que cela apporte aux éclaircissemens que Sa Majesté veut que vous preniez sur le règlement des constructions, qu'il faut, s'il vous plaist. achever avant vostre départ.

(Areh. de la Mar. Dépêche, ronermant la «.«rtw*, t679) fol. 646.)

1 Ce mémoire sur les mâts était depuis longtemps demandé par le ministre dans tous les porta de construction. (Voir pièces n*' 368 et 566. )

* Un semblable travail avait déjà été demandé à Anioul en 1 678. ( Voir pièce n* 5 1 5.) 1 Voir pièce n" 5 16.

LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES

Saint-Germain, 16 décembre 1679.

J'ay rendu compte au Roy du contenu en vos lettres dès 1er et 5 de ce mois, et pour réponse je vous diray que ia résolution que le sieur Arnoul a prise de congédier les ouvriers et de faire cesser les radoubs des vaisseaux du port de Toulon est une suite du travers d'esprit qui a esté cause que le Roy luy a osté son employ, d'autant plus que je luy avois dit moy-mesme , estant à Toulon, que Sa Majesté vouloit faire continuer ces travaux pendant le reste de cette année et que le retardement d'une semaine des fonds nécessaires pour ce mois ne devoit pas empescher qu'on ne continuast le travail. Mais ce défaut sera à présent réparé par les ordres pressans que j'ay envoyés au sieur Broda rt pour le faire reprendre avec encore plus de diligence et de soin qu'il n'a esté fait jusqu'à présent, et par les fonds que j'ay fait remettre. Vous avez aussy esté informé que j'ay envoyé les ordres pour faire sortir des tours le nommé Chapelle, qui pourra servir à la conduite de ces radoubs et à faire achever la forme 1 dont je suis impatient de sçavoir le succès et que je serois bien ayse qui fust mise à l'eau devant vous.

A l'égard de la proposition que vous faites, de tenir toujours dans le port î a vaisseaux radoubés et prests à es Ire carénés au premier ordre que le Roy en donnera, et d'avoir les magasins particuliers de ces vaisseau* remplis des agrès nécessaires pour leur équipement, il y a longtemps que Sa Majesté a l'intention, non-seulement de parvenir à cela, mais mesme de faire en sorte que tous les vaisseaux dudit port soyent en estai; et c'est a quoy on travaillera par l'achat de la quantité de marchandises dont les fonds sont faits pour l'année prochaine, et à quoy tendent aussy les ordres pressons donnés pour l'achèvement des radoubs.

Le Roy n'estime pas nécessaire d'establir deux nouveaux corps de gard«\ ainsy que vous le proposez, sur les vaisseaux qui sont dans le port de Toulon, les quatre qui y estoient establis lorsque j'eslois dans la ville pouvant suffire pour la garde desdits vaisseaux. Sa Majesté y a pourvu en augmentant de cent soldats le nombre qui y estoil entretenu.

Elle m'ordonne aussy de vous dire qu'elle n'estime pas nécessaire de faire faire le canal que vous proposez pour conduire les vaisseaux dans le

1 Voir Pièc«. n' ;>:><>.

lien où ils doivent estre carénés; il suffit que ceux des quatrième et cinquième rangs qui seront carénés dans le port soycnt conduits, comme ils le peuvent estre, dans le mesme endroit où estoit la Bien-Aimée, lors de mon séjour à Toulon.

Sa Majesté fera pareillement donner les ordres pour le restablissement de la quatrième machine pour le nettoyement de l'embouchure et du dehors de la darse . . .

(Areh. de la Mar. Dépêcha eonctnunU h marine, 1679 , fol. 619.)

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