AU MÊME
Sainl-Germam , 3o octobre 1679.
J'ay esté bien surpris d'apprendre, à la réception de vostre lettre du
• Voir pifre »" iififi, noie.
37 de ce mois, une si affligeante nouvelle que la perte du vaisseau le Satu- Pareil avec les officiers et la plus grande partie de l'équipage: un si estrantje accident vous doit obliger à informer avec soin pour reconnoistre d'où un si grand malheur peut estre venu.
Ne manquez pas d'interroger en forme tout ce qui s'est sauvé de l'équipage dudit vaisseau, et cnvoyez-moy promptement l'information que vous ferez, pour en rendre compte au Roy *.
Il semble que, ce vaisseau estant entré dans la rivière de Lisbonne, s'il y avoit quelque voye d'eau on pouvoit facilement y remédier, et je nesçais inesmc si, après la rupture du mast de beaupré, l'on ne pouvoit pas se précautionner pour empescher la rupture des autres masts; c'est ce que vous devez bien reconnoistre par l'information.
Faites-moy sçavoir promptement ce que les autres vaisseaux de cette escadre sont devenus; et, aussytost qu'ils seront arrivés, travaillez à leur désarmement et envoyez-moy les estats des payemens que vous ferez faire à leurs équipages, et les autres mémoires que je vous ay demandés.
(Areh. de la Mar. Depée ha cvncermmt In marine, i67<j, M. Ml]
I INTENDANT DE MARINE A TOULON
Arles, H novembre 1679.
J'ay reçu aujourd'huy une nouvelle qui m'a donné un extrême déplaisir, et qui ne me confirme que trop ce que j'ay vu depuis quatre ans de l'horrible négligence que vous avez apportée aux choses les plus essentielles de vostre employ.
Des quatre vaisseaux armés à Toulon au commencement du mois de may dernier, et qui sont passés en Ponant sous le commandement du chevalier de Tourville, le Stins-Pareil B 'est entrouvert au milieu de la mer et
1 Le chevab'er de Tourville, <|iù commandait l'escadre dont le Satu- Pareil Taisait partie, avait, de son coté, adressé son rapport au Ministre, qui lui répondit à la même date:
« Sur l'avis que vous m'avez donné, par vostre lettre du a/i de ce mois, du prodigieux accident qui vous est arrivé, je ne puis vous dire autre chose que je vous plains beaucoup, n'y ayant aucune apparence qu'un aussy bon oflirier que vous n'ayl pas fait son devoir en une si fasrheuse occasion , soit en prenant les
précautions pour empescber un aussy gratiJ malheur, soit en faisant tous les efforts ima ginables, lorsqu'il est arrivé, pour y remédier... * (Dêp. conc. la mar. fol. 545.)
Les lettres suivantes signées tantôt Colbert, tantôt du marquis de Seignelay, qui était parti immédiatement pour In Provence, font connaître, dans tous ses déUib. celle jjrave affaire, qui se termina parla destitution de l'intendant Arnonl.
tout son équipage s'est perdu; on ne sçait ce qu'est devenu le Conquérant, qui estoit à quatre pompes lorsque le vaisseau l'Arc-en-Ciel l'a quitté, et les deux autres vaisseaux ont eu peine à gagner Belle-Ile, après avoir pensé couler bas d'eau , au milieu de la mer.
Voilà l'effet de vos soins pour le radoub des vaisseaux, et voilà ce que j'av craint depuis si longtemps , et ce qui m'a obligé de vous écrire si souvent et aven tant d'instances, pour aller au fond du mal et pour restablir par un travail solide le mauvais estât auquel estoient tous les vaisseaux de Toulon par l'abandonnement entier dans lequel vous les aviez laissés si longtemps. Mais, quelque soin que je me sois donné sur ce point, vous avez mieux aimé faire sortir ces vaisseaux sans leur avoir fait faire le travail nécessaire à leur navigation que de convenir du mauvais estât auquel ils estoient, et voilà les moyens par lesquels vous prétendez parvenir aux grâces que vous demandez.
Je connois desjà depuis longtemps que, pourvu que vous soyez bien enfermé dans voslre chambre à faire des mémoires, la plupart inutiles, et à chercher de mauvaises raisons pour vous empescher d'exécuter les ordres du roy que je vous envoyé, vous croyez avoir satisfait à tout ce que vous devez, et vous abandonnez entièrement le soin de tout ce qui regarde la conservation des vaisseaux et de tout ce qui doit estre fait sous vostre vue dans l'arsenal. Cependant vous assurez fort que vous faites tout ce que vous pouvez et que vous avez de bonnes intentions; mais les vaisseaux du roy périssent, partie des fonds se consomment en dépenses inutiles, et j'ay à me reprocher de ne pas avoir averty le Roy de vostre incapacité et de vostre négligence, à laquelle je ne vois que trop qu'il n'y a point de remède, après tout ce que je vous ay écrit et ce que je vous ay dit sur ce sujet.
Comme ces vaisseaux ont presque tous déraasté, et que ç'a esté la principale cause de leur perte, ne manquez pas de m'envoyer un mémoire des lieux d'où avoienl esté tirés leurs masts et du temps qu'ils avoient servy; j'attends pareillement le mémoire que je vous ay demandé du nombre des masts qui ont esté rompus les deux dernières années sur les vaisseaux du roy, des forests dont ils ont esté tirés et du temps qu'ils ont servy.
Je vous ay pareillement demandé le mémoire de tous les masts qui servent présentement sur les vaisseaux, et j'écris à M. du Quesne de faire faire une visite exacte de tous les masts qui sont à Toulon par les maistres masteurs et officiers du port, pour counoistre s'ils sont tous bons et en ••stat de servir, <>t travailler à remplacer ceux qui ne so trouveront pas de honno qualité.
[ Arrli. de In Mnr Depttht» c»He«rnant lit manne, 167*, , fol f»6i . I