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veau dessein plus grand que le premier et dans lequel il y aura plus de place pour ranger les vaisseaux. Cependant elle donne ordre au sieur Brodart de faire rentrer dans le port, aussytost qu'il sera possible, les trois machines qui en ont esté diverties pour le canal du grand front, du costé delà mer.
Vostre présence estant à présent nécessaire à Toulon , Sa Majesté veut que vous y demeuriez jusqu'à ce que le sieur de Vauvré y soit arrivé1, et que vous continuiez de prendre soin de donner vos avis sur tout ce qui regarde le radoub des vaisseaux et les autres ouvrages du port.
Elle veut aussy que vous fassiez achever la forme par les charpentiers qui l'ont faite et qu'elle soit mise à l'eau.
A l'égard de la fonte des canons, j'envoyc aujourd'huy à Brodart Testât de ceux qui doivent estre fondus celte année.
Sa Majesté voulant avoir vostre avis sur le travail qu'elle projette de faire à Porl-Vendres pour le rendre capable de contenir toutes ses galères et quelques vaisseaux de ho à 5o pièces de canon, son intention est que, aussytost que ledit sieur de Vauvré sera arrivé à Toulon , vous alliez à Porl- Vendres. Et, pour vous expliquer la différence principale sur laquelle Sa Majesté veut estre éclaircie, vous verrez, par le plan que je vous envoyé, la situation de ce port et les différens travaux qui ont esté proposés. Sur quoy vous devez observer que l'endroit marqué A est extraordinairement profond d'après les sondes qui y sont marquées , et que l'on prétend que les vaisseaux sont jetés par les courans sur le costé marqué B; en sorte que si on y faisoit la jetée, on rendroit ce port inutile par l'impossibilité qu'il y auroit d'y entrer; ce qui est une raison assez forte pour rejeter cette nronositon, outre que le dessein de faire la jetée plus avant dans le port, ainsy qu'il est marqué E sur la feuille volante, est d'une dépense beaucoup moindre et donne les mesmes avantages que l'autre proposition, puisque l'on peut aysément faire entrer toutes les galères dans le fond dudit port depuis les endroits marqués F jusqu'à la terre , et que, entre les endroits E et F, il y auroit de quoy placer des vaisseaux de ko à 5o pièces de canon.
Vous observerez aussy que l'endroit marqué G, estant fort profond, pourrait utilement servir à retirer les plus grands vaisseaux, en joignant ensemble, par une jetée de médiocre dépense, les écueils marqués A; mais Sa Majesté désire que vous examiniez si cette jetée seroit nécessaire, vu que, les vents traversiez de cet endroit estant ceux qui prennent du nord, les vaisseaux qui y seroient mouillés ne seroienl pas tourmentés par une
1 De Vauvré, auparavant intendant au Havre, surcéda a Amont dans l'intendant do Toulon.
grosse mer, quand bien mesme on ne feroit pas de jetée, parce que vous M-avez bien que, dans la Méditerranée, les vents du nord n'apportent pas une mer fort dangereuse et fort grosse.
Prenez la peine d'examiner à fond tous ces points en demeurant sept ou huit jours à Coliioure , et , après que vous aurez fait vos observations sur tout ce qui concerne ce port, la navigation et les vents qui y régnent, Sa Majesté vous permet de venir icy rendre compte de tout ce que vous aurez remarqué.
(Arch. delà Mur. DqWrlm eMMMl la marine. 1680. fol. 1.)
LIEUTENANT GÉNÉRAL DES AIIMÉES NAVALES
Sainl-Gennain, 8 janvier 1680.
Vous pouvez dire au sieur de La Cornière que Sa Majesté luy a pardonné pour celte fois parce qu elle est persuadée que le malheur qui est arrivé, et auquel il est impossible qu'il n'ayt eu part, luy apprendra de quelle conséquence il est de ne rien négliger aux radoubs des vaisseaux, de travailler à fond et d'avoir en un mot plus d'application et plus d'exactitude qu'il n'en a eu jusqu'à présent.
Cependant, comme on attribue la perte des derniers vaisseaux à trois choses principales : au démastement du Sans-Pareil, au peu de liaison qu'il y avoit entre les membres du vaisseau le Conquérant, et au trop grand nombre de pièces de canon dont il estoit chargé, je crois nécessaire d'examiner à fond le remède à apporter pour les masts. Sur quoy je me remets à ce que vous avez desjà écrit et aux éclaircissemens que je vous ay demandés sur ce sujet, et je vous prie d'assembler encore les officiers de Toulon pour tenir un conseil sur le moyen de lier davantage les fonds des vaisseaux à l'avenir; en quoy vous devez observer que les Anglois se servent, outre lès pontilles, de croix de Saint-André qui traversent d'un bord à l'autre du vaisseau et qui sont disposées d'espace en espace de l'avant à l'arrière, ce qui contribue beaucoup à rendre les vaisseaux plus forts et mieux liés et à leur faire mieux soutenir les coups de mer.
Examinez, s'il vous plaisl, s'il ne faudroit pas se servir de cette manière à l'avenir pour les vaisseaux du roy.
A l'égard des canons, il faut premièrement examiner combien chacun des vaisseaux de Sa Majesté en doit porter suivant leur estât, et s'il ne
faudroit point en diminuer le nombre; et, comme il est certain que plus un
vaisseau devient vieux, plus il est important do ne pas le charger beaucoup, il est nécessaire aussy que vous examiniez quelle différence il doit y avoir entre le nombre de pièces de canon à donner à un vaisseau neuf et celuy qui doit estre donné au inesme vaisseau, à proportion du temps qu'il aura servv. Observez encore que les Anglois mettent sur leurs vaisseaux un plus grand nombre de pièces et d'un plus gros calibre que les François, et qu'ainsy, puisqu'il n'en arrive pas d'accidens, il faut de nécessite que les vaisseaux d'Angleterre soyent mieux liés et plus forts de bois que ceux de France. Examinez soigneusement, s'il vous plaist, tous ces points avec le conseil de construction, et envoyez-m'en ensuite le résultat. Et, comme il est très-important d'éviter qu'à l'avenir le mesme accident ne puisse arriver, le Roy m'ordonne de vous écrire encore une fois de bien visiter tous les vaisseaux de Toulon et principalement ceux qui 6ont bastis depuis plus longtemps, afin de les mettre tous en estât de servir utilement et sans crainte en quelque saison qu'ils puissent estre mis en mer1.
(Arch. de la Mtr. Dépêche* concernant la marine, 1680, fol. 10.)
Saint-Germain, 19 janvier 1680.
Pour réponse aux deux lettres que vous avez pris la peine de m'écrire les qq. décembre et a du présent mois, il seroit bien extraordinaire de condamner un vaisseau comme le Dauphin-Royal sans qu'il cust jamais navigué, et cette proposition n'est pas d'un homme comme vous qui n'en fait d'ordinaire que de bonnes. Vous auriez pu vous souvenir, avant de la faire, que le Royal-Louis , que l'on prélendoit ne pouvoir naviguer à cause de la grande pesanteur de ses œuvres mortes, a esté trouvé dans la suite un des meilleurs à la mer. Je vous avoue que je ne suis pas du mesme avis que vous sur la navigation de ce vaisseau ; je crois au contraire qu'il sera trèsbon, capable de bien servir en quelque temps que ce soit, et je dois vous dire en passant que je vous ay trouvé en plusieurs rencontres assez porté à condamner facilement les vaisseaux du roy et qu'il faut que vous fassiex
1 Le 3i du môme mois, après être revenu à prendre pour fortifier le» pièces à l'endroit
sur le naufrage du Sans-Pareil et du Omqué- de leur liaison. Enfin, dans une lettre du
rant , dont la cause principale lui paraissait a A février, il constatait aussi que les blb-
élre un manque de liaison des principaux ments qui avaient péri avaient été construit*
membres, le ministre recommandait à du à prix fait. (Dëp. roue, la mar. fol. bef H
Quosne de faire un mémoire sur l*s moyens 1 1 o.)
tout le contraire. J'attends le résultat du conseil de construction qui doit estre tenu pour le radoub de ce vaisseau, et il n'y a rien de plus important que de le mettre promptement en estât de naviguer
Vous avez bien fait de faire préparer des tonnes pour mettre en la place de celles qui sont rompues, pour garantir les bouts des masts des eaux douces.
Sa Majesté a esté bien ayse d'apprendre que vous ayez pris la résolution , avec les principaux officiers du port, de faire le radoub entier de six des vaisseaux qui y sont; elle désire que vous teniez la main à ce que cela s'exécute ponctuellement, et pour ce qui est des courbes et des fers dont oh a besoin pour cet ouvrage, j'écris présentement aux sieurs Nigot, Vivien et Blocard2 pour les obliger de satisfaire promptement aux fournitures dont ils sont ebargés.
C'est un grand bonbeur que les vaisseaux qui se sont dérangés n'ayent point esté endommagés; il est bien important de prendre garde à l'avenir qu'ils soyentsi bien amarrés que cet accident ne puisse plus arriver.
A l'égard des deux corps de garde que vous proposez de restablir sur les vaisseaux les plus près des murailles, il me semble que le nombre de ceux qui estoient establis lorsque j'eslois à Toulon suffisoit; cependant je me remets à vous de faire sur cela ce que vous estimerez à propos \
Sa Majesté a esté bien ayse que vous ayez fait fermer trois portes du parc qui alloient dans les champs : mais, pour ce qui est des quinze soldats que vous avez fait mettre à la porte du petit parc, il faut que vous preniez la peine de les oster, Sa Majesté ne voulant pas qu'il y ayt de corps de garde des soldats de marine à terre.
J'écris aux sieurs de Vauvré et Brodart sur ce que vous me marquez concernant l'étoffe dont on se sert ordinairement pour les pavillons , enseignes et flammes; si elle a esté jusqu'à présent trop pesante, il est bien aysé
1 On lit dans une lettre à du Quesne, du 5 février suivant , relative aux défauts de construction du Dauphin-Royal :
«Il est bon de les avoir reconnus, mais il faut travaillera y remédier en y faisant faire un radoub convenable pour le mettre en bon estât ; et comme le principal défaut de ce vaisseau est la faiblesse de ses fonds et le peu de liaison de ses pièces, il est nécessaire de faire en sorte de le réparer par le moyen des courbes et par tout ce qui peut luy donner plus de liaison.
«Il n'y a rien de plus important que d'observer toujours, comme vous avez fait, tous les défauts qui se trouvent dans la construction des
vaisseaux de Sa Majesté; mais il faut résister autant qu'il sera jx>ssible à les condamner, quand on peut les remettre en estât de servir |>ar un radoub , quelque grand qu'il puisse estre , prre qu'il est bien plus important de faire la dépense d'un grand radoub que de condamner trop légèrement un vaisseau...» (Dép. cane, la mar. fol. 73.)
1 Manufacturiers établis à Lyon, ayant la fourniture des munitions et marchandises de l'arsenal de Toulon. (Voir a* partie, page 67, note.)
1 On a vu cependant, pièce n* 55o, que la même demande avait d'abord été repoussée.
d'en faire faire en France de la qualité dont il faut quelle soit, et ce défaut ne vient que de ce que l'on veut bien la prendre des marchands sans les obliger à la fournir telle qu'elle doit estre.
Sa Majesté veut que vous laissiez sortir sans difficulté le vaisseau qui a esté basty à Toulon pour un particulier de Livourne, en observant qu'il n'y ayt point de matelots de la classe de service; et, en cas que ce vaisseau soit effectivement à un estranger comme vous me l'écrivez, il ne doit pas estre navigué par des matelots françois.
(Arch. de la Mar. Dépêches concernant la marine, 1G80, h\. »o.)