AUX INTENDANTS DE MARINE
SaintrGermain , 1 9 janvier 1 680.
Je vous ay recommandé plusieurs fois d'establir un bon ordre, non-seulement dans la réception et consommation des marchandises, mais aussy dans toutes les autres affaires qui sont commises à vos soins; comme cette matière est très-vaste et très-importante, on ne peut l'examiner avec trop d'application. C'est pourquoy je serois bien ayse d'estre informé de ce qui a esté observé l'année dernière sur les articles qui suivent, sçavoir :
Par quels officiers les marchandises sont examinées , visitées , pesées ou mesurées avant leur réception ;
De quels poids et mesures ils se sont servis;
Quels registres sont tenus pour l'entrée et sortie des marchandises;
Ce que deviennent les munitions provenant des désarmemens;
Quel ordre s'observe à l'égard de celles qui sont tirées des magasins pour estre converties en ouvrages;
Si l'on vérifie toutes les semaines le registre des écrivains chargés de ces munitions sur les registres du magasin général, et, tous les jours, ceu* du contrôleur et du garde-magasin, l'un avec l'autre;
S'il se tient un registre de balance pour voir en tout temps ce qui reste dans les magasins;
A quelle heure commence et finit le travail des journaliers en esté et en hyver;
Combien de temps ils ont pour leurs repas ;
De quelle manière les rôles desdits ouvriers sont tenus par les écrivains et quelle précaution l'on prend pour qu'ils ne soyent payés que pour !«• temps qu'ils ont effectivement travaillé;
ET GALERES. 183
Quelles décharges sont données au trésorier pour ces payemcns et pour toutes les autres dépenses;
(le qui s'observe pour taxer le prix des journées desdits ouvriers;
Quels officiers sont présens à leurs payeniens et à ceux des équipages des vaisseaux.
Ne manquez pas de me faire une réponse bien exacte à costé de chaque article de ce mémoire sur un papier plié par la moitié '.
I Arch. de la Mnr. Dépêche* concernant In mnritic, 1680, fol. 35.)
f,55. — AU SIEUR BRODA HT,
INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE
Saint-Germain , 28 janvier 1680.
Sa Majesté est bien faschée d'apprendre qu'il soit mort un nombre considérable de forçats sur les galères pendant les mois de novembre et décembre derniers2. C'est un malheur qu'il faut tascher d'éviter à l'avenir en prenant plus de soin de ces forçats; mais comme ceux qui sont morts seront remplacés et au delà par les forçats des nouvelles chaisnes qui arriveront à Marseille entre cy et le mois de may, il y en aura suffisamment pour remplacer et au delà ce qui manquera aux chiourmes des trente galères 3.
A l'égard de ceux qui se sont laissé geler les pieds , il faut les traiter suivant qu'il est porté par les règlemens et ordonnances rendues contre ceux qui se mutilent volontairement4.
Sa Majesté ne croit pas que ce soit un bon moyen pour conserver les
«aient servir à préparer l'Ordonnance de 1 68 1 , dont on s'occupait depuis longtemps comme l'indique la lettre suivante, adressée le 6 juin à M. Rouillé, conseiller d'État :
«Le Roy ordonne que vous voyiez exactement et examiniez toute l'ordonnance de marine à laquelle on travaille depuis un fort long temps; et comme c'est un corps d'ordonnances nouvelles qui est fort important pour le bien général de l'Estat , Sa Majesté s'attend que vous y donnerez une entière application. J'écris a M. Le Yayer de Routigny (maître des requêtes) , qui en a pris soin jusqu'à présent, que l'intention de Sa Majesté est que vous y travailliez « l'avenir, cl qu'il concerte avec vous les jours
et les heures de vos assemblées.» (Mél. Oatr. vol. 4 28, p. 379.)
1 Golberl écrivait, le a 3 février suivant, au sieur de Miermand , médecin de l'hôpital :
«Je suis persuadé que vous prenez soin de tous les forçais qui tombent malades ; mais le Roy ne jugera de l'utilité de vos soins que par le succès. Tenez un registre particulier des forçais qui entrent dans l'hospital, marquez à costé ceux qui seront morts, et appliquez-vous à connoistre les principaux symptômes de leurs maladies...» i Dëp. eonc. U» gai. fol. 65.)
' La marine avait donc enfin tes trente galères depuis si longtemps désirées. (Voir n* &8s el note.)
* Voira' partie, page 1 36, noie.
m MARINE
forçats légèrement malades de les envoyer à l'hospital, et elle veut qu'il n'y soit mis que ceux qui ne pourroient se guérir sur les galères l.
(Arcli. de la Mar. Dépêches concernant les galère*, 1680, fol. 38. — Lettres origituilti à Brodart, cabinet de M. le marquis de Colbert-Chabannais. )
LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES
Villors-CoMcrels , 98 février 1680.
J'ay esté bien ayse d'apprendre, par la lettre que vous m'avez écrite le \k de ce mois, que la forme qui a esté faite à Toulon ayt esté mise heureusement à l'eau. Appliquez-vous, s'il vous plaist, à faire aplanir à présent le terrain sur lequel elle doit estre coulée à fond, afin qu'elle puisse servir utilement à la construction et au radoub des vaisseaux qui y entreront. La difficulté que vous trouvez à unir cet endroit me paroist facile à surmonter, estant aysé de rendre égal un aussy petit espace que celuy qu'occupera ladite forme, en sorte qu'elle ne porte à faux en aucun endroit. Vous devez empescher, après l'avoir fait couler bas, que l'eau de dehors ne la puisse relever quand on aura entièrement épuisé celle qui est dedans; et comme cette matière a esté examinée à fond par le sieur de Vauban lorsqu'il estoit sur les lieux, et qu'il a fait un plan de la manière dont celle forme doit estre assujettie dans l'endroit où elle sera coulée à fond, je vous enverray la copie de ce plan par le premier ordinaire, afin que, s'il n'estoit pas sur les lieux , vous puissiez connoistre les précautions qui doivent estre prises pour parvenir à se servir de cette forme à l'usage auquel elle est destinée.
A l'égard de la proposition que vous faites d'en tirer le mesme service sans la couler bas, je doute que cela pust réussir, non-seulement parce qu'il seroit difficile d'y faire entrer les vaisseaux, et, quand mesme ils y seroient entrés, d'épuiser l'eau assez bien, mais mesme parce qu'il paroist presque impossible que cette forme eust assez de solidité dans son fond pour n'estre pas crevée par le grand poids du vaisseau qui pèseroit dessus. Cependant, comme il est nécessaire d'examiner cette matière avec soin, je vous prie de me faire sçavoirvoslre avis sur ce sujet pour en rendre compte au Roy.
(Arch. de la Mar. Dépêches concernant la marine, 1680, fol. 117.) ' Voir 1" partie, page 380, S 5.