LOUIS XIV A COLBËRT
(Lettre autographe.)
Dunkerque, -jq juillet 1680.
J'ay voulu attendre que j'eusse tout vu devant que de vous écrire. J 'ay esté très-content des travaux du port, et du vaisseau que j'ay examine de toutes manières. Le chevalier de Lhéry a honneur à l'ordre qui y est. J'ay dit à voslre fils de vous mander le détail de toutes choses.
J'entendray hien mieux présentement les lettres de marine «pie je ne faisois, car j'ay vu le vaisseau de toutes manières et faire toutes les manœuvres tant pour le combat que pour faire route. Je n'ay jamais vu d'hommes si hien faits que le sont les soldats et les matelots2; si je vois jamais beaucoup de mes vaisseaux ensemble, ils me feront grand plaisir.
Les travaux de la marine sont surprenans, cl je ne m'iraaginois pas les choses comme elles sont; enfin je suis très-salisfail. Mon voyage me coustera quelque chose, mais mon argent sera bien employé, car j'atirav plus de pièces qui verront la rade et les attaques à revers; vostre fils vous expliquera le détail. J'ay vu comment on fermeroit l'arsenal. Je crois que tout ira à merveille et qu'après cela Dunkerque sera le plus beau lieu du inonde; voilà ce que je suis bien ayse de vous dire pour aujourd'huy.
(Cabinet do M. le duc do Luynce , Mw. n* g3 , carton a.)
ne pourrait entrer à Dunkerque , de retourner à Brest, en prenant la précaution d'appareiller de nuit afin d'éviter les Anglais. Le chevalier recul même l'ordre de faire route vers la Hollande et de se retirer dans la Meuse, s'il apprenait que les Anglais gardassent l'entrée de la Manche. Le ministre ajoutait : « Si , par impossible, vous rencontre! les Anglois, nonobstant toutes les précautions prises pour les éviter, Sa Majesté connoist assez vostre courage pour estre assurée que vous en viendrez plulost aux dernières extrémités que de rendre le salut. » {Dép. conc. la mar. fol. 3a6.)
La lettre de Louis XIV à Colbert n* 564 nous apprend que le chetalier do Lhéry réussit à faire entrer l'Entreprenant dans le port de Dunkerque. Le ministre écrivait à ce sujet au sieur Desclouzeaux , le 3 août suivant :
«Je scray bien ayse d'avoir voslre avis sur ce qui peut es Ire donné aux particuliers a qui appartiennent les deux flusles qui ont servy pour assurer l'entrée du vaisseau l'Entreprenant, el ensuite je proposeray au Hoy de leur accorder quelque dédommagement. Sa Majesté ne veut rien accorder aux deux pilotes qui ont entré ce vaisseau dans le port de Dunkerque. Ils ont fait de grandes difficultés mal fondées et ils ne méritent aucune gratification..'» (I)èp. conc. la mar. fol. 369.)
1 Celte lettre a été publiée, mais incomplètement, dans les (Euvre* de LouiiMV; V,
1 On peut voir, pièce n° 5a5, le soin tout particulier avec lequel ces hommes avaient été choisis.