‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 437 sur 486 · LOUIS XIV A DU QUESNE · texte numérisé non relu

LOUIS XIV A DU QUESNE

LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES

Reims, tt novembre 1681. Je vous ay fait sçavoir amplement mes intentions sur tout ce que vous avez à faire pour mon service dans l'Archipel, et vous estes informé de la résolution que j'ay prise dé fortifier l'escadre que vous commandez et de vous donner moyen de pouvoir estre en mer pendant tout l'hyver; mais comme j'apprends, par plusieurs endroits différens, que vous avez conclu

fort approuvées et en a paru contente, m'ayant mesme fait l'honneur de me te dire. J'ay fait tout ce qui m'a esté possible pour faire connoistre au Roy la grandeur de ce qui se passe à la Porte, el il me semble que je luy ay assez bien expliqué. . . »

A quoi Golbert répondait le 9 novembre : « Vous jugez bien que celle affaire a changé par rentrée du capilan- pacha dans le port de Chio avec les trente-sept galères, et vrnys*>mblablement c'est pour en sortir avec te*

vaisseaux tripoiitains. Je vous avoue qne je commence un peu à craindre pour le pauvre

du roy, Sa Majesté estant aussy ferme qu'elle est de ne rien faire contre la Porte.. .» ( Arch. de la Mar. Colbert et Seignelay, pièce 90.)

II résulte de cette lettre, et de celle écrite par Louis XIV à du Quesne, que le Roi et son ministre de la marine envisageaient différemment les conséquence* d'une guerre avec la Porte.

ia paix avec les corsaires de Tripoli1, par l'entremise du capitan-pacha, à des conditions avantageuses pour le commerce de mes sujets, j'attends avec impatience la confirmation d'une nouvelle qui seroit d'autant plus importante dans la conjoncture présente que vostre service me sera fort nécessaire ailleurs. Car vous devez estre informé, que j'ay reçu avis que les corsaires d'Alger ont mis en mer quelques vaisseaux en intention de courre sus aux marchands françois qu'ils rencontreront2, et qu'ainsy j'estime trèsimportant de commencer une forte guerre contre ces corsaires pour les faire promptement repentir de cette résolution.

Mon intention est donc que, aussytost que vous aurez exécuté tout ce que vous devez faire dans l'Archipel, tant pour la conclusion de la paix avec ceux de Tripoli que pour faciliter les autres choses que mon ambassadeur a à traiter avec les ministres du Grand Seigneur, vous sortiez de l'Archipel pour faire route vers les isles d'Hyères, où vous trouverez tout ce qui sera nécessaire pour vous remettre en mer et les instructions de ce que vous aurez à faire pour mettre lesdits corsaires d'Alger à la raison , mon intention estant de faire tenir la mer jusqu'au mois de may prochain aux vaisseaux que vous commanderez.

En cas que tous lesdits vaisseaux fussent en bon estât et que vous estimiez à propos, pour espargner le temps qu'il vous faudrait à venir aux isles d'Hyères, qu'on vous envoyé à Malte les vivres nécessaires pour le temps que vous devez tenir la mer, je donne ordre au sieur de Vauvré de tenir un convoy tout prest et de vous l'envoyer audit lieu de Malte dans le temps que vous luy marquerez par le retour de la tartane qui vous portera la présente lettre.

Je vous recommande sur toutes choses de chercher avec soin pendant vostre navigation les corsaires d'Alger qui peuvent estre en Levant, pour

1 La paix ne fut signée que Je h décembre.

1 Deux jours auparavant , Colbort avait écrit à l'intendant de Toulon :

■ J'apprends, par vostre lettre du 3 de ce mois et la copie de celle du père Levacher*, la rupture de la paix que le gouvernement d'Alger a faite avec la France. Il n'y a que le commerce qui me fasse peine en cela, parce que, sans le trouble qui en arrivera , j'estime-

la guerre avec ces gens-là que de leur rendre

les esclaves qu'ils ont sur les galères de Sa Majesté. Ce que vous devez observer en cela consiste seulement à porter les députés du commerce de Marseille à envoyer donner avis de cette rupture à tous les vaisseaux marchands qui sont eu Letant, et pour cet effet de ne se pas contenter d'une seule tartane, mais d'y en envoyer deux ou trois, afin que cet avis leur parvienne par diverses voyes. . . » ( Défi, conc. U mar. fui. /io5.)

• Consul de France I Al«er. C'est lui qui, lors do bombardement de la ville, en 1 683, fat placé à la gueule d'un canon auquel le Dey fil mettre le feu.

■2\h MARINE

les combatlre en cas de rencontre et les envoyer dans les ports de mon royaume.

( Arch. de la Mar. Ordru du roi pour la marine, 1681 , fol. 43o )

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