A M. DE VAUVRÉ
INTENDANT DE MARINE A TOULON
Sceaux, s 6 octobre 1681.
Vous avez sçu que l'on m'a dépesché un courrier de Marseille qui m'a apporté des lettres de MM. du Quesnc et de Guillcragues. Ces lettres sont du 1 9 septembre ; ainsy il se peut bien faire que cette grande affaire 1 ayt esté* accommodée depuis ce temps-là, suivant l'avis qui en est venu par le consul de Candie; mais, comme cela est douteux, vous devez bien considérer que peut-estre la ruine des François dans le Levant et le mauvais traitement de l'ambassadeur du roy dépendent de l'exécution prompte des ordres que vous avez reçus de mon fils, et qu'un jour de diligence, en faisant connoistre aux Turcs que le Roy suit de près cette affaire et qu'il envoyé tout ce qui est nécessaire pour maintenir ses vaisseaux dans l'Archipel et pour les fortifier, peut l'accommoder à la gloire du roy et à l'avantage de la nation, au lieu qu'un jour de retardement peut faire un effet tout contraire. Je vous écris cecy fortement parce qu'il est difficile qu'il puisse arriver une conjoncture plus importante dans nostre marine que celle-cy.
11 est bon aussy que vous sçachiez que, dans le mesme temps que M. du Quesne déclarera au capitan-pacba et à l'ambassadeur de Sa Majesté à la Porte qu'elle veut maintenir la paix et les traités faits avec le Grand Seigneur2, il leur déclarera qu'elle donne ses ordres pour faire armer
1 Les difficultés avec la Porte. (Voir la lettre manière dont vous agirex avec luy et dont
précédente.) vous traiteret les baslimens turcs qui jKis&ont
* Quatre jours après , Louis XIV écrivait à dans l'Archipel , que vous n'avet point d'autres
: intentions que de réduire les i
« Bien que vous soyex informé de mes in- poli à accepter les conditions de paix que vous la conduite que vous devex tenir à avez proposées. . . t (Ordre* du roi, fol. h 1 4.)
l'égard des sujets du Grand Seigneur, je vous Le même jour, dans une lettre adressée de
répète encore que je ne veux pas que vous en Nancy à son père, le marquis de Seignelay
à aucun acte d'hostilité, pour quoique lui disait : «J'ay lu au Roy aujourd'huy les ce puisse estre, mais au contraire lettres de MM. du Quesne et Guilleragues et au capitan-pacha, par la les réponses que j'v ay faites. Sa Majesté les a
5o vaisseaux dans ses ports avec ses 3o galères pour partir dans le commencement de l'année prochaine et aller détruire les corsaires de Tripoli jusqu'à ce qu'ils ayent fait raison aux sujets du roy de toutes leurs pirateries et rendu tous les François qu'ils tiennent esclaves; et il est bon que vous rendiez cet ordre public à Toulon et dans toute la Provence, afin que cela fasse toujours connoislre aux marchands la puissante protection que le Roy leur donne , et que ce mesme avis passant en Levant fasse pareillement connoislre aux ministres de la Porte qu'ils doivent travailler eux-mesmes à l'accommodement de celle affaire. Il faut déplus que vous fassiez courre le bruit que le Roy vous a donné ordre de faire armer promptement encore six vaisseaux et que Sa Majesté a envoyé des ordres à M. le chevalier de Château-Renault de passer dans l'Archipel pour joindre M. du Quesne, et que vous rendiez ce bruit le plus public que vous pourrez, non -seulement dans la Provence, mais mesme en Italie, où il auroit esté fort à souhaiter que vous eussiez fait ces déclarations lorsque les avis de la canonnade de Chio sont venus, parce que cette affaire se doit soutenir par des choses réelles et effectives, et beaucoup plus encore par des ostentations el des bruits de cette qualité.
( Arch. tlo la Mor. Dépéclte* concernant la marine, 1681 , fol. 879. )