AU SIEUR BRODART
INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE
Saint-Germain, i5 mars 168*.
Le Roy a reçu la lettre du sieur Brodarl du q8 février. Les plaintes que font les administrateurs de l'hospital des forçats font connoistre à Sa Majesté qu'ils sont bien épineux et bien difficiles; mais, ce qui est le plus étonnant, c'est qu'il n'agisse en tous rencontres que pour exciter davantage leur mauvaise humeur en leur donnant toujours raison. Leurs fonctions ne s'estendent point à se mesler de renvoyer les servans en galères et en prendre d'autres pour servir dans l'hospital; ce détail est de l'intendant, qui doit agir en cela de concert et avec la participation du médecin , parce que , l'intention de Sa Majesté estant qu'il ne soit mis parmy les servans que des invalides, c'est audit médecin à connoistre s'ils le sont en effet et si leur invalidité n'est point telle qu'elle les empesche de pouvoir servir à l'hospital.
A l'égard de la désobéissance des servans et de leur insolence contre les administrateurs, il y a d'autres moyens de les punir que celuy de les renvoyer en galères : on peut les mettre en prison , les faire jeûner au pain et à l'eau, et autres telles punitions.
Pour ce qui est des rafraischissemens donnés aux malades, dont on dresse
un estât, le médecin a raison d'entrer dans ce détail et d'en prendre connoissance, puisque c'est à luy à signer et certifier les estais; il a raison aussy d'avoir trouvé est range la consommation des grenades données à des forçats malades, et il est ridicule de donner de tels rafraischissemens. Au surplus , la résolution que lesdits administrateurs menacent de prendre sera un malheur peu considérable; s'ils ne se sont chargés du soin de l'hospital que pour faire tous les jours de nouvelles chicanes , exercer leur esprit
maintenir leur propre autorité plutost qu'à soulager avec charité et discrétion les malades dudit hospital, ils feront fort bien de se retirer ». . .
(Arch. de la Mar. Dépêche conetmant Ut gaHrt», i68a , fol. 7B.)