A M. DE DEMUIN
INTENDANT A ROCHEFORT
Versailles, lA septembre ifi8a.
Je suis extrêmement surpris du nouvel effet de vostre négli gence dans ce qui regarde la poudre que vous avez envoyée à Brest au mois de février dernier et que j'ay fait passer à Alger pour charger les bombes nécessaires
1 On avait craint un moment la peste, qui sévissait alors a Alger, et divers cas de mal contagieux avaient été signalés sur tes galères. Dans la lettre du 97 août rappelée par Gotbert, il recommandait à Brodai t de concerter avec les officiers de santé toutes les précautions qu'il y aurait à prendre «en observant rependant de diminuer par les parfums la nécessité de la quarantaine, pour avancer le service cl espargner la dépense des équipages pendant ce temps.?* (Dép. conc. le» gai fol. 199.)
' Voir pièce n° 583 , p. 0 a3 , note.
3 Le ministre avait à cœur d'arriver a former un bon corps d'artillerie ; le 9 janvier de la même année il faisait à ce sujet les recommandations suivantes au sieur de Pennes :
» Lorsque vous aurez ordre de lever des matelots pour estre instruits de l'exercice «lu canon à Brest, il faut que vous y en emoviei qui puissent devenir canonnière, ne s'agis«nl pas d'instruire des jeunes gens de la navigation. Ainsy vous devet choisir par préférern? dans la première classe de service rem qui sçauront écrire et l'arithmétique; et obsenez qu'ils soyenl forts et robustes, et de l'Age oV vingt-deux ans au moins. A l'égard de ceux qui ne sauront pas écrire, il faut qu'ils soyent bons matelots, afin d'en pouvoir faire de bons aydes-canonniers, et que vous vous appliquiez à les prendre dans les lieux où la navigation est plus fréquente...* (D>j>. r*w fa m«r. fol. 5.)
pour l'entreprise à faire sur cette ville. On m'a écrit dudit lieu d'Alger que cette poudre est d'une si nieschante qualité qu'elle n'a pas plus de force que du charbon mouillé; et si, par un bonheur extraordinaire, on n'en avoit pas fait embarquer 60 milliers à Toulon, on auroit esté obligé de s'en revenir en France faute de poudre, et vous auriez rendu inutile, par ce moyen, la dépense que le Roy a faite pour l'armement de a o vaisseaux et de i5 galères, sans compter la honte que ç'auroit esté d'avoir manqué une entreprise de cette qualité par un endroit aussy extraordinaire.
Jugez par là si je puis prendre une grande confiance à ce qui passe par vos mains, et si je ne dois pas regarder avec frayeur le risque dans lequel vostre extrême négligence a pensé me faire tomber, parce que vous avez laissé faire des officiers qui n'ont eu en vue que de se défaire de la plus mauvaise poudre qui estoit dans les magasins.
Je vois encore par là combien peu on apporte d'exactitude à la réception de ces poudres, et qu'il ne tient qu'aux commis du sieur Berthelot de les fournir de telle qualité qu'ils veulent, sans qu'on se mette en peine de les éprouver suffisamment auparavant. Prenez bien garde de retomber à l'avenir dans la mesme faute, et rendez-moy un compte exact de tout ce qui se passera dans l'épreuve desdites poudres.
( Arrh. de la Mar. Dépêche* concernant la marine, 1 68» , foi. 433 .)