LOUIS XIV AU MARQUIS DU QUESNE
LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES
Chamliord , 9 octobre 1689.
J'ay esté informé, par vostre lettre écrite des Fromentières le 18 septembre dernier, de tout ce qui s'est passé à Alger depuis le départ de mes galères. Quoyque j'eusse lieu d'espérer un plus grand succès des mesures qui avoient esté prises, et qu'il me paroisse mesme que si l'on avoit pensé de bonne heure à trouver les expédiens de faire approcher les galiotes sans le secours des galères pour profiter du beau temps qu'il a fait, on auroit pu achever de ruiner la ville d'Alger, ou obliger les corsaires à demander la paix aux conditions qui leur auroient esté imposées, j'ay au moins la satisfaction de voir que le petit nombre de bombes qui a esté jeté dans la ville n'a pas laissé d'y mettre une grande terreur, et que je puis estre assuré, par cet essay, qu'en disposant toutes choses de meil-
1 Forraenlora, une nW ik s Batares.
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leure heure pour achever cette entreprise, on peut en attendre un succès très-grand '. Pour réponse à tout ce qui est contenu dans vostre lettre et vous faire sçavoir mes intentions sur Testai présent des vaisseaux que vous avez laissés devant Alger et de ceux que vous avez ramenés, j'ay résolu de faire désarmer au port de Toulon mes vaisseaux le Suint-Esprit, le Vigilant, l'Aimable, l' Auuré , le Cheval-Marin, les trois barques longues, deux bruslots et trois Il us tes qui y sont revenus sous vostre commandement avec les cinq galiotes et la frégate la Vipère. Je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous fassiez travailler à leur que vous y soyez présent et que vous signiez l'inventaire des qui auront esté faites dessus, conformément à ce qui est porté par mes règlemens et prdonnances de marine.
J'ay appris, par les extraits de revue des équipages desdits vaisseaux, qu'il y a un grand nombre de malades, et j'ordonne au sieur de Vauvré d'agir de concert avec vous sur ce qu'il y aura à faire pour leur donner tout le secours nécessaire pour les restablir, et, pour cet effet, de traiter dans l'hospital de Saint-Mandrier ceux qui ne pourront lestre dans celuy de la ville.
A l'égard des matelots desdits équipages, je luy ordonne de congédier ceux des environs de Toulon après les avoir payés de leur solde, de retenir les Ponantois qui voudront demeurer, de les entretenir comme journaliers dans le port, suivant la proposition que vous en avez faite, et de congédier les autres en leur payant le mois de conduite à l'ordinaire, pour leur donner le moyen de retourner cbez eux.
Je luy ordonne aussy de faire, en vostre présence et celle de tous les officiers, la revue des soldats desdits vaisseaux, d'en prendre le nombre nécessaire pour rendre complet celuy des qoo dont doivent estre composées les deux compagnies du port, et d'en choisir encore 900 des meilleurs et des mieux faits pour les entretenir comme journaliers, mon intenlioD estant de m'en servir dans le premier armement que j'ordonneray l'hyver prochain.
1 Du Qnesnc commença 1 attaque contre Al- contre qui prirent parlj les principaux i
ger dans la nuit du a i août. Des chaloujtes Mais du Quesne ordonna ponr Je 3o août uw
allèrent jeter des ancres le plus près possible seconde expérience, qui réussit pleinement :
de la ville pendant que cinq vaisseaux tenaient i t4 bombes jetèrent la ruine et la mort dan*
le bout des câbles de ces ancres sur lesquels les les murs de la ville. Le bombardement re-
gatiotes à bombes, devaient se bâter. Le pre- commença dans la nuit du 4 au 5 :
essai des bombes fut infructueux, les mais le mauvais temps et la saison , jugée »n<
ancres se trouvant trop rapprochées les unes doUle trop avancée, firent interrompre les ope-
des autres et beaucoup trop loin de la ville. Une rations, et du Quesne revint â Toulon, (/fi»'-
des galiotes faillit même sauter avec l'inventeur, marit. ite France, jwr M. Ouérin. lit . 37*->
Je veux ensuite que vous fassiez faire la visite des corps desdits vaisseaux par les officiers de port et par ceux qui les ont commandés, pour cstrc dressé procès-verbal de Testât auquel ils sont et des radoubs dont ils ont besoin pour estre mis en estât de retourner en mer au premier ordre que j'en donncray.
J'attcndray à vostre retour près de moy à prendre les résolutions convenables pour les arméniens de l'année prochaine, et pour le temps et la manière dont on pourra achever la guerre avec les corsaires d'Aller. Cependant , comme il faut penser, dès à présent, à préparer les choses qui pourront estre nécessaires, il faut que vous examiniez ce qu'il y aurait à réformer ou ajouter aux galiotes qui ont servy cette année, et que vous entendiez sur cela les avis des officiers, afin que, pendant le cours de l'hyver, on puisse travailler à les mettre en estât de servir plus utilement l'année prochaine.
J'estime aussy de mon service que vous visitiez tous les vaisseaux du port, que vous examiniez quels sont les meilleurs et plus légers pour continuer la guerre contre les corsaires; et, comme vous proposez d'en raser quelques-uns et d'y faire d'autres réparations que vous estimez nécessaires, je donne ordre au sieur de Vauvré d'en dresser un eslat suivant vostre avis, et de l'envoyer ensuite.
J'estime que la dernière épreuve que vous avez faite des bombes devant Alger vous a persuadé que rien ne peut estre plus utile que d'avoir dans la marine des gens capables de les tirer, qui entrent dans le détail de tout ce qui leur peut estre nécessaire dans une occasion, et qui y travaillent par avance. C'est pourquoy mon intention est d'establir à Toulon une école de bombardiers dans laquelle seront exercés, pendant tout l'hyver, les officiers que je choisiray pour servir sur les galiotes, et les canonniers qu'il sera nécessaire d'accoustumer au service de ces bombes. Je veux donc que, avant vostre départ de Toulon , vous fassiez un mémoire de tout ce que vous estimerez nécessaire à cet égard , des officiers que vous trouverez capables de cet employ, et de tout ce qu'il faudra préparer pendant l'hyver pour estre en eslat l'an née prochaine d'adiever avec plus de succès la ruine entière de la ville d'Alger, comme il est possible de le faire, pourvu que toutes choses soyent si bien concertées que rien de ce qui est nécessaire ne manque dans l'occasion. Ce pendant je donnera) mes ordres pour couler des bombes et mortiers avec diligence.
Après que vous aurez satisfait à tout ce qui est contenu dans la présente lettre, vous pourrez partir de Toulon pour venir m'en rendre compte...
{ Arrh »|f la Mar Orr/rw du roipmtr In mnrim , i68j , fol. 43o. )