‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 59 sur 486 · A M. ARNOUL · texte numérisé non relu

A M. ARNOUL

INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE

De... 99 mars 1669.

Le Roy écrit à M. le comte de Vivonne sur le sujet du nombre de ses galères qui doivent faire le voyage de Candie; sur quoy vous luy direz vos sentimens. Sa Majesté auroit esté bien ayse d'en pouvoir envoyer le nombre de quatorze; mais s'il y a trop de difficulté, ainsy que vous le dites, elle s'en remet audit sieur Comte, suivant les avis que vous luy en donnerez.

Sa Majesté approuve vos pensées sur le sujet de la fourniture des vivres aux galères. Ainsy, vous n'avez qu'à disposer toutes choses pour les exécuter; et, s'il y a quelque nouveau fonds à faire pour cet effet, envoyez-m'en le mémoire, je ne manqueray pas d'y pourvoir aussytost. Cependant j'ay fait le fonds pour deux mois d'extraordinaire à quatorze galères, outre les quatre mois employés dans Testât, et je donne ordre au sieur Pelissary 1 d'en envoyer promptement le fonds.

En cas que M. de Vivonne, suivant vos avis, ne mette en mer que treize galères, il suffit de quatre mois d'extraordinaire aux deux autres pour naviguer le long des costes; et les deux mois d'extraordinaire employés dans le dernier estât pour la quatorzième pourront servir pour noliser les basti-

1 Claude Pelissary, trésorier général de la marine, de i648 à 1677.

KT (iALÈRES.

mens qui seront nécessaires pour leur porter des vivres pendant la campagne.

Je ne comprends pas bien quelle utilité le Rov pourroit recevoir des grands magasins de bled, farine et biscuit que vous proposez de faire, ne croyant pas qu'ils soyent nécessaires pour les galères. A l'égard des vaisseaux, il est certain que les capitaines ne seraient jamais contens de ce qui leur serait fourny, en sorte que le meilleur moyen de pouvoir avoir toujours de bonnes victuailles est d'establir un munitionnaire général , à quoy je travailleray cet esté. Peut-estre que le sieur Jacquier serait propre à en traiter avec le Roy 1 ; vous pouvez raesme l'en entretenir et luy faire voir les tacilités qu'il aurait pour cela , et les avantages qu'il en pourroit recevoir.

Pour ce qui est du départ des galères, M. de Vivonne le pourra régler avec M. le duc de Beaufort; cependant il sera bon que vous portiez ledit sieur Comte à embarquer sur les galères le plus grand nombre de troupes qu'il sera possible, pourvu, toutefois, que ce nombre ne préjudicie ni à la santé des hommes, ni à la seureté de leur navigation.

11 est certain que le Roy recevra un très-grand avantage si vous pouvez engager des bonnevoglies sur les galères, soit que vous puissiez en mettre vingt ou autre plus grand nombre sur chaque galère, soit que vous en puissiez armer entièrement de bonnevoglies. Commencez à y travailler, et Sa Majesté approuvera tout ce que vous ferez pour cet effet.

Quant à la difficulté que vous faites pour le vin, je crois que vous la surmonterez facilement; vous devez cependant vous informer avec soin des titres et raisons des échevins de la ville de Marseille pour le débit des vins de leur territoire, à l'exclusion de tous estrangers, estant important d« mettre ordre à cet abus qni paraist assez considérable pour le commerce.

Je suis bien ayse que vous ayez commencé à résoudre le nouvel agrandissement de la ville de Marseille et que vous ayez, en mesme temps, commencé à tracer. C'est un travail auquel il faut que vous vous appliquiez et que vous pressiez les échevins de conclure.

A l'égard du fonds que j'ay fait pour les esclaves, il faut en voir la consommation avant d'en faire un nouveau; cependant vous me ferez sçavoir la quantité que l'on en achète dans l'Archipel et le prix auquel ils pourront revenir, et ensuite j'y pourvoiray.

Puisque l'on ne peut faire estât d'aucune galère neuve, il est nécessaire

1 Vmr ptéo; n* 0O.

que vous fassiez travailler à les achever le plus promptement qu'il se pourra1. Faites du moins en sorte que, les années prochaines, nous en ayons toujours un plus grand nombre que celuy que Sa Majesté voudra armer.

À l'égard des vaisseaux que vous avez ordre de bastîr, je suis bien ayse que vous ayez de bons charpentiers à Marseille pour les entreprendre.

Sur la proposition que vous me faites d'acheter les bois et autres provisions faites par la compagnie de M. le cardinal de Vendôme , je vous répéteray ce que je vous ay dit par ma précédente, qui est que, tant qu'il y aura espérance que celte compagnie pourra mettre ses deux vaisseaux en mer et faire son commerce du Levant , non-seulement il ne faut pas l'en détourner par l'achat de ses bois, mais mesme il l'y faut exciter autant qu'il se pourra , et il vaut beaucoup mieux retarder le bastiment des deux vaisseaux de Sa Majesté, s'il est absolument nécessaire; mais il sera encore mieux si vous les pouvez faire bastir sans retardement, en laissant achever ces deux vaisseaux à la compagnie2. Pour cet effet, il faut que vous achetiez la plus grande quantité de bois qu'il se pourra, avec toutes les autres marchandise* et provisions qui vous seront nécessaires pour en bastir tous les ans deux ou trois, s'il est possible.

L'avocat de Vitry qui a esté condamné aux galères pour cinq ans, ayant mérité cette peine pour ses horribles blasphèmes, on ne doit point l'en retirer, Sa Majesté ne voulant point que de pareilles impiétés demeurent impunies.

Quantité de gens expérimentés en fait de galères disent icy que nostre chiourme ne peut pas estre bonne parce que vous donnez trop de liberté aux esclaves, et que vous les nourrissez trop bien, d'autant qu'il n'y a rien de plus contraire à la bonté d'un esclave que la graisse et l'embonpoint ; vous y devez faire réflexion.. .

(Àrch. de la Mur. t)êpéch$9 conctrtutHt lêM ^<i/«tm, il»6<), fol. 5" )

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