POUR LES GALÈRES
Il est nécessaire que le Roy se réserve toujours la nomination de l'intendant des galères et des capitaines, soit pour en réserver l'économie par les mains dudit intendant, soit pour traiter avec les capitaines.
Il faut chercher avec grande application tous les moyens possibles pour restablir la chiourme, soit en faisant condamner aux galères le plus de criminels qu'il se pourra, et les faisant conduire avec grand soin, soit en
1 Colle charge avait élé supprimé É la mort du dur «rÉpernon, arrivée le «5 juillet 1661.
achetait! des forçats ù Malte, soit en faisant des courses et mettan! pied à terre en Barbarie et m es me dans la Guinée, où l'on fait toujours quantité «l'esclaves noirs qui sont fort bons pour la rame.
Mais surtout, comme il n'y a presque point de capitaines de galère dans le royaume, il seroit bien nécessaire de s'informer du nom des chevaliers franrois qui servent sur les galères de Malle et qui sont capables de commander des galères, pour en faire venir quelques-uns; et sur toutes les ;;alèrcs qui seroient mises en mer, il faudrait y mettre quatre mousquetaires de la compagnie du roy, pour y servir volontaires, lesquels se rendroient en peu d'années bons capitaines de galères; et de cette sorte toute l'Europe verroit sortir de la main du Roy toute la discipline des troupes, *l de la nourriture de Sa Majesté tous les bons officiers de marine et de galères; et Sa Majesté auroit la satisfaction de voir que tous les gentilshommes et autres personnes qui auroient du mérite et de l'inclination à la guerre se viendraient mettre dans sa compagnie des mousquetaires.
(Cabinet de If. le duc de Luynes, Mm. n* 93, carton 6. — Mélanges historiques et critique*. par Dnmiens Gomicourt, 11, qoq.)
AMBASSADEUR A LONDRES
Paris, 3 juillet i66q.
Le roy d'Angleterre envoyé une escadre de vaisseaux dans la mer Méditerranée; le Roy y a une armée navale et ses galères; en outre, Sa Majesté met une escadre de six vaisseaux en mer, pour faire la guerre aux corsaires, et elle ordonne au sieur du Qucsne, qui a une escadre de trois vaisseaux et un bruslot dans l'Océan pour la garde-coste, d'aller croiser mu le détroit contre les mesmes corsaires. Toutes ces flottes se rencontreront indubitablement et bien souvent; et comme, pour l'union que les deux rois souhaitent également , il est très-important d'empescher qu'aucun accident n'irrite leurs sujets et n'empesche l'effet de leur bonne disposition, Sa Majesté désire que vous employiez les moyens les plus efficaces pour porter le roy d'Angleterre et M. le duc d'York1 à donner les ordres aux > aisseaux de guerre anglois, de quelque qualité et nombre qu'ils soyent,
1 Jacques, duc d'York, frère du roi Char- II, grand amiral des flottes anglaises.
Le ifi fenrier «685, il monta sur le trône et prit le noin d<? Jacques lï. Détrôné trois ans
après par son gendre, Guillaume d'Orange. Mort à Saint-Germain, où il s'était réfugié, le ifi septembre 1701, à l'âge de souante-liuil
\Uk MARINE
en cas de rencontre de vaisseaux François, de ne leur rien demander à l'égard des saluts; et tous les vaisseaux du Roy mon maistre auront le mesme ordre.
Comme vous connoissez parfaitement de quelle importance est ce point, Sa Majesté s'attend que vous cmployerez toute vostre industrie pour bien connoistre le fond des intentions dudit roy sur ce sujet1.
J'ay trouvé les deux chevaux que vous m'avez envoyés fort beaux; je les monteray dans sept ou huit jours.
J'approuve fort la pensée que vous avez pour M. Béraud, et je luy rendray en cela tout le service qui pourra dépendre de moy, pourvu que vous ne vous imaginiez pas que je puisse tout...
(Bibl. Icnp. Mss. 5oo Colbcrt, Dépêches concernant le cotnmerce en 166 y , vol. soi, fol. 167.)
1 Voir page 0,5, noie. — Le roi d'Angleterre et son frère le duc d'York donnèrent d'abord à l'ambassadeur de France des réponses évasives. Sur ces entrefaites, une escadre commandée par les cbevaliers Spraag et Allen devant se rendre dans la Méditerranée, on insinua que, s'ils rencontraient l'armée navale de France, ils salueraient le pavillon amiral. C'est ce que Colbcrt voulait éviter dans la crainte qu'en donnant le salut ils ne se crussent autorisés à l'exiger des vaisseaux qui auraient de moindres pavillons qu'eux; il recommanda à son frère de tâcher d'obtenir du roi d'Angleterre que le chevalier Allen et les capitaines de son escadre ne saluassent aucun vaisseau français. La lettre suivante, du 91 juillet, témoigne de l'importance que Colbert attachait à cette question :
«J'ay esté surpris de voir par vostre leltre que vostre négociation auprès du roy d'Angleterre et de M. le duc d'York, sur le sujet des saluts, n'ayl abouly qu'à donner les ordres à tous les vaisseaux anglois de ne point demander de salut et de n'en point rendre dans la mer Méditerranée seulement, se réservant toujours leur chimérique prétention dans l'Océan. La grande facilité que vous avei trouvée vient de ce qu'assurément ils croyoienl qu'il leur es toit
asseï avaulageux de saluer dans la Méditerranée, pourvu qu'ils exigeassent le mesme salut dans l'Océan ; et comme vous leur avex demandé moins, ils vous l'ont accordé avec grande facilité. Mais je ne puis pas m'empescher de vous dire que vous vous estes un peu laissé prendre pour dupe en cette occasion, vu qu'il valoit beaucoup mieux demeurer en Testât quo nous estions que de nous contenter de cet ordre , d'autant que les Anglois ne puvent jamais nous contester la mer Méditerranée; et à l'égard de l'Océan, quoyqu'ib soyent les plus puissans , nous n'avons pas vu jusqu'à présent que leur souveraineté prétendue ayt esté reconnue. Aiusy il auroR esté du bien commun des deux nations et de l'intérest des rois d'establir celle parité dans toutes les deux mers. Je vous dois dire de plus que les ordres donnés en 1669 , par les deux pays, lorsque M. le duc de Beaufort mit en mer l'armée de Sa Majesté et qu'il passa en Levant, portoienl d'éviter la rencontre, et en ras que cela ne se pust , de ne demander aucun salut de part ni d'autre. Je fais chercher les lettres de ce temps-là pour vous en en- , voyer les extraits..." (Même source que la lettre, fol. 1 93. — Depping, Corrap. adm. III. 636.)
ET GALERES. 1A5