A. — A M. ARNOUL
INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE
* Sain^Germain, m juillet 1 66g.
Je fais réponse à vostre lettre du a 9 du mois passé. Lorsque j'ay reçu le procès-verbal que yous m'avez envoyé du consul de la nation Françoise à Alger, sur la prise qui a esté faite par les corsaires de cette ville-là de trente-sept passagers françois des provinces d'Auvergne et Rouergue qui pa«5oient d'Espagne à Marseille , j'en avois reçu un semblable du sieur de Valbelle lieutenant général de l'amirauté de cette ville; et, quoyque Sa Majesté ayt esté très-ayse d'apprendre la résolution que ces corsaires ont prise de renvoyer ces pauvres gens et de leur restituer ce qui leur avoit esté pris, et de ce qu'ils ont satisfait dans cette occasion à une partie de ce qu'ils doivent à Sa Majesté en conséquence des traités qui ont esté faite avec eux en son nom, il est certain, néanmoins, qu'elle ne demeure pas rontente de cette satisfaction, s'ils ne prennent une bonne fois la résolution de rendre à ses sujets tout ce qu'ils leur ont pris injustement, et qu'elle ne cessera de leur faire la guerre jusqu'à ce qu'elle les voyc entièrement disposés à observer lesdits traités inviolablement.
Vous avez raison de dire que la mauvaise foy dont a usé le patron Teisscirc en ce rencontre mériterait cbastiment. Sur le compte que j'avois eu l'honneur d'en rendre au Roy, Sa Majesté m'avoit commandé d'envoyer ordre de le» faire arrester; mais comme je vois que vous me marquez, à la fin de ce procèsverbal, que ledit Teisseire a consigné à l'amirauté de Marseille l'argent qui estoit entre ses mains, et qu'ainsy il n'est point si criminel que l'on aurait mi, j'ay estimé à propos de suspendre l'exécution de cet ordre jusqu'à tt que je sois plus particulièrement informé de la conduite qu'il a tenue. Ce que vous avez à faire en cette occasion est d'observer si le lieutenant de 1 amirauté de Marseille aura fait rendre à ces pauvres gens ce qui leur appartient, et de tenir la main à ce qu'il ne se passe rien qui ne soit dans Tordre.
Il n'est point nécessaire que vous vous mettiez en peine de chercher des moyens afin que le Roy puisse entretenir quatre bons vaisseaux pendant l'hyver et six galères l'esté pour la scureté du commerce de ses sujets. Sa Majesté donne à présent et continuera toujours de donner une si puissante protection à ceux qui s'y appliquent, qu'elle ne fera aucune difficulté de W entretenir.
. Vous devez estre a présent sorty de l'inquiétude où vous mettoit la crainte de manquer de fonds, et vous pouvez sans difficulté continuer vos achats. J'ay fait un fonds de 100,000 livres à compte des dépenses des galères de l'année prochaine 1670 ; un autre de ao,ooo livres pour la continuation des travaux du fort Saint-Jean, et a 0,000 livres pour les réparations des places fortes' de Provence. J'ay ordonné au sieur Pelissarv d'envoyer incessamment ces fonds à Marseille et de donner ordre à son commis d'exécuter ceux que vous luy donnerez, et d'employer les fonds qui seront en ses mains suivant vos ordonnances, encore qu'elles ne soyent pas conformes aux fonds libellés.
Je suis bien ayse que vous persistiez dans la pensée de faire faire le voyage d'Italie à vostre fils, estant certain que nous pourrons tirer par son moyen beaucoup de connoissances qui nous seront utiles; mais il seroit nécessaire que vous le fissiez partir dès a présent, et que vous l'envoyassiez droit à Malte pour passer ensuite en Sicile, et de Sicile à Naples; et, après qu'il aura visité toute l'Italie, il pourra ensuite aller à Venise. Il seroit bon qu'il eust avec luy quelque personne assez habile pour lever les plans des ports, arsenaux et des bagnes qu'il visitera, afin que , sur tous ces plans qu'il nous rapportera, nous puissions prendre les résolutions que nous estimerons les plus avantageuses pour le service du roy.
J'approuve fort la résolution que vous avez prise d'attendre le retour de M. le Général pour commencer la Rêale, et je demeure d'accord avec vous que les connoissances qu'il pourra acquérir dans son voyage luy serviront beaucoup pour en résoudre la construction. Quant au maistre de hache à qui vous en laisserez le soin, vous pouvez sans difficulté choisir ceiuy que vous estimerez le plus propre. Si toutefois vous pouvez réduire l'esprit de Chabert le père, et le faire revenir un peu de l'opiniastreté avec laquelle il soutient ses sentimens, il vaudra mieux se servir de luy que de Hubac , le premier estant dans une plus grande réputation.
Vous trouverez cy-jointe la lettre que le Roy écrit aux échevins de Marseille pour les obliger de travailler sans perte de temps à l'agrandissement de leur ville, à quoy je ne doute pas qu'ils ne satisfassent ponctuellement.
Vous pouvez continuer d'acheter des gazelles; et, comme ces animaux viennent en des pays chauds, je ne doute pas que, prenant bien vostre temps pour les envoyer, comme dans les mois de may, juin, juillet, aoust et septembre, et les confiant à une personne qui en prist grand soin, on ne les rende icy fort saines, y en ayant beaucoup d'autres à Versailles qui sont venues en bon estât par les précautions qui ont esté prises. Quant aux
ET GALÈRES. 147 chevaux de Mételin j'aimerois mieux en avoir de plus grands que les
Je suis bien ayse que vous ayez tiré de M. de La Bretesche 2 les éclaireissemeos que vous demandiez touchant les galères de Malte , et qu'il vous ayt donné le plan du bagne; vous me ferez plaisir de m'envoyer des copies de ses mémoires et mesmc du plan du bagne.
Je vous manday, il y a quelque temps, que Ton avoit présenté un placet au Roy pour obtenir la liberté du nommé Robert Day, forçat de la galère /'i Saint-Dominique, qui a esté condamné pour l'affaire des Boulonnois, et que Sa Majesté, estimant qu'il suffisoit que ceux qui ont esté condamnés pour cette mesme affaire y eussent demeuré un certain nombre d'années, je désirois sçavoir si effectivement ledit Robert Day est Boulonnois, et s'il pourra fournir un Turc à sa place. Comme vous ne m'avez point encore donné cet éclaircissement, je vous prie de m'en informer au plus tost, afin que, sur le compte que j'auray l'honneur d'en rendre au Roy, Sa Majesté puisse prendre sa résolution sur la liberté de ce forçat. . .
(Arch.df* la Mar. Dfipéchei conrernant Ift ffal' i < < 16691 ^* "U")