‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 84 sur 486 · POUR LE ROY DANS LA PROVINCE ET DUCHÉ DE BRETAGNE · texte numérisé non relu

POUR LE ROY DANS LA PROVINCE ET DUCHÉ DE BRETAGNE

SM0t-Germwn,« septembre. 669.

Sa Majesté connoissant, par tout ce qui s'est passé les années dernières H mesme la présente, qu'il luy seroit presque impossible de mettre en mer un nombre considérable de vaisseaux si la difficulté ou plutost l'impossibilité qui s'est trouvée en la levée et enrôlement des matelots et officiers de marine continu oit , elle a résolu d'establir un tel ordre en sa province et duché de Bretagne, qu'à l'avenir les équipages de tous les vaisseaux qu'elle voudra mettre en mer se puissent faire avec facilité, et mesme sans trou- Mer ni divertir le commerce de ses sujets de ladite province.

Pour cet effet, elle désire que lesdits sieurs lieutenans généraux, chacun dans son département, assistés d'un commissaire de marine qui sera choisy par Sa Majesté, fassent une visite exacte de toutes les paroisses maritimes dans lesquelles il se trouvera des matelots et gens de mer; qu'ils se fassent représenter le rôle des fouages, et sur iceluy fassent celuy desdits matelots, gens de mer et officiers de marine estant dans chacune d'icelles, faisant mention de leur âge, de la fonction dans laquelle ils ont servy de matelot ou d'officier, et du nombre des voyages qu'ils ont faits, et qu'ils prennent si bien leurs précautions qu'ils ne puissent estre trompés, soit

twutenants généraux du roi en Normandie el nj Poitou.

En adressant , te 5 janvier 1 670 , à M. d'Oppède, une instruction que nous ne reproduipoint, parce qu'elle est conçue en termes iti'jii..-* .'1 olle-ci, ([liant aux disputions r^aérales,Cott>eri constatait que les lieutenants yenèaux avaient travaillé en Bretagne à l'ennjl^nwitdes matelots avec un tel succès «qu'Us "oient mesme dépassé le nombre que Sa Maie** %'eu estoit promis. » (Ordre* du roi , fol. 1 .) — Voir i 1 Appendice l'édit de janvier 1670, nkùf à l'enrôlement des matelots en Bretagne.

U passage suivant d'une lettre de Colbert à VI d'Oppède indique le moyen employé en

Bretagne pour assurer l'enrôlement des matelots : « Il sera bon de se serv ir du mesme expédient qui a esté pratiqué en Bretagne, défaire courir le bruit que les capitaines des vaisseaux de Sa Majesté ont ordre de visiter ceux des marchands pour voir si leurs matelots sont enrôlés ou non, et, en cas qu'ils ne le soyent pas, de les ramener dans les ports pour estre punis, ce qui a tellement bien réussy que , les marchands refusant de prendre les matelots à moins qu'ils ne fusst^nt 0 n i^^^l^.f^ , c^?Kix™,^jy ^^nl ^îf5i^ï i^^os ^ 1 se présenter. En sorte que cet estiblissement s'y est fait en beaucoup moins de temps et avec beaucoup moins de peine qu'on ne l'avoit espéré...» (Dep. «me. la ,nar. fol. 7.) - Voir page 1 ao, note.

sur le nombre, soit sur la qualité de chacun; qu'ils divisent lesdits rôles par éveschés, et ensuite subdivisent chacun évesché en tant de départemens qu'il faudra, pour former des équipages de vaisseau de 3oo hommes chacun.

Sur quoy il est nécessaire que lesdits sieurs lieutenans généraux sçachent : Que l'intention de Sa Majesté est de diviser tous les matelots et gens de mer de toute la province en trois ou quatre classes différentes , en sorte qu'elle puisse fournir le nombre de 3,ooo matelots et gens de mer, qui seront ordinairement et perpétuellement à sa solde et prests à mettre sur les vaisseaux qu'elle tiendra en mer tant pour assurer et protéger le commerce de ses sujets que pour toutes les autres actions auxquelles elle les destinera ;

Que les vaisseaux pour lesquels Sa Majesté destinera lesdits équipages seront armés et désarmés à Brest, autant que son service le pourra permettre, afin que lesdits équipages puissent facilement retourner dans leurs maisons ;

Qu'elle establira un capitaine, un lieutenant et un enseigne pour chacun équipage de 3oo hommes, lequel sera formé par le moyen desdits rôles dans le moindre nombre de paroisses et les plus voisines qu'il se pourra ;

Qu'elle establira de plus un commissaire pour prendre soin des équipages de chaque nombre de quatre vaisseaux;

Que lesdits capitaine, lieutenant, enseigne et commissaire feront leur résidence ordinaire, lorsque les vaisseaux seront désarmés, dans l'estendue des paroisses dans lesquelles seront les matelots de leurs équipages.

A chaque désarmement, ledit commissaire fera les décomptes de la solde de chacun des matelots, et les fera payer à la banque.

Pendant le temps que les équipages ne seront point employés sur nier, ce qui ne pourra estre que quatre ou six mois au plus de chacune année, Sa Majesté leur fera payer une demy-solde, pour leur donner moyen de vivre dans leurs maisons.

En cas que la nécessité du service l'oblige à faire passer lesdits vaisseaux en Levant et à les y désarmer, elle fera donner un mois de solde susdits équipages pour leur nourriture, pendant le voyage qu'ils auront à faire pour retourner chez eux.

Et comme ces avantages sont si grands que Sa Majesté ne doute point que, lorsqu'ils seront publics, tous lesdits matelots cl gens de nier ne s'enrôlent volontairement, elle fera expédier son ordonnance en forme contenant tous les points cy-dessus mentionnés , pour estre publiée et affichée par toute la province.

Sa Majesté estime que , dans l'estendue du département du marquis de Molac1, il se doit trouver 4,ooo matelots, lesquels estant divisés en quatre rlasses différentes, pour servir chacune année alternativement, il y aura toujours dans cette estendue 1,000 matelots au service de Sa Majesté;

Pour l'estendue du département du marquis de Coëtlogon2, 3, 9 00, ce qui composera le nombre de 800;

Et dans celuy du marquis de La Coste3, le nombre de 5, 000, qui composera le nombre de i,q5o à la solde ordinaire.

L'intention de Sa Majesté est qu'en faisant lesdits rôles, l'on observe uV mettre ensemble tous les hommes nécessaires pour en former un bon équipage; par exemple, que les 6,000 matelots du département du marquis de Molac soyent divisés en sorte qu'ils puissent former treize bons équipages de vaisseau à 3 00 hommes chacun, et que, chacune année, trois équipages et un quart soyent à la solde ordinaire, ainsy qu'il est cydems dit;

Qu'en fin de l'année, ces équipages se remettent, si bon leur semble, à leur trafic et navigation ordinaires, et qu'il soit repris et mis à ladite' solde trois autres équipages et un quart, et ainsy consécutivement. En sorte que <le quatre années, un vaisseau (un équipage) en ayt trois libres, et qu'il soit obligé la quatrième de servir Sa Majesté.

En cas qu'il ne se trouvast pas le nombre de 19,000 matelots dans la province, Sa Majesté veut toujours qu'il y en ayt 3,ooo à son service, et, pn ce faisant, qu'ils n'ayent que deux années libres en trois.

Aussytost que lesdits rôles seront faits, Sa Majesté veut qu'ils luy >oycnt envoyés, qu'il en soit mis un double entre les mains dudit commissure, et mesme en chaque justice royale, et que lesdits sieurs lieutenans généraux travaillent tous les ans à en faire une nouvelle vérification, afin que Sa Majesté puisse avoir toujours le mesme nombre à son service.

( Arcb. de la Mar. Ordre* duroipimrla marine, 1669 , fol. 1 16.)

Sebastien de Rosmadeuc, marquis de Mo- gouverneur de Rennes. (Voir II, pièce n* 375,

lae , lieutenant général , gouverneur de Nantes. page 3 1 9 , note 9 . )

Mort le 6 octobre i6g3, à l'âge de soixante- 3 Le marquis de La Coste, lieutenant pour

quatre ans. le roi dans les quatre évéchés de Saint-Brieuc ,

' Le marquis de Coëtlogon , lieutenant gé- Cornouailles , Léon et Tréguier; gouverneur

»*rai de Rennes, Saint-Malo, Dol, Vannes; de Saint-Brieuc.

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