‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 83 sur 486 · LOUIS XIV AU COMTE DE VIVONNE · texte numérisé non relu

LOUIS XIV AU COMTE DE VIVONNE

GÉNÉRAL DES GALÈRES

(Copie portant : De la main de Colbert.)

, Saint-Germain ,91 ooust 1 GGg.

J'ay appris avec une douleur très-sensible la perte que j'ay faite de mon cousin le duc de Beaufort l. La grande expérience qu'il s'estoit acquise au commandement de mes armées navales, sa valeur et son zèle pour le bien de mon service et pour les avantages de ma couronne et ma gloire particulière, me le feront longtemps regretter.

A présent que vous luy avez succédé dans le commandement de mes armées de mer, je suis bien ayse de vous faire sçavoir mes intentions sur tout ce que vous aurez à faire*. Je ne doute point que vous n'ayez trouvé l'ins-

1 Le duc de Beaufort avait été tué devant «Les lettres du Roy que je vous adresse vous

Candie, dans la nuit du aô juin 1669. expliqueront ai clairement sa volonté sur tout

• Colbert loi écrivait en même temps : ce qui concerne l'cmploy de son armée navale ,

traction que j'avois donnée à mondit cousin , et que vous n'en continuiez l'exécution, ainsy qu'il l'avoit commencée. Il ne reste à présent qu'à vous dire que mon intention est que vous suiviez en toutes choses les avis de mon cousin le duc de Navailles, ou, en cas de maladie ou autre empeschement, de celuy qui commandera mes troupes de terre, duquel je désire que vous preniez les avis par écrit, particulièrement au cas que vous soyez obligé de séparer quelque partie de mes vaisseaux du reste de mon armée, qui doit cstre toujours aux rades de Candie, ou le plus proche qu'il sera possible; d'autant que la principale et plus importante application que vous devez avoir est de luy donner toutes les assistances qui dépendent do mes vaisseaux et galères pour la conservation de mesdites troupes dans tous les divers accidens qui peuvent arriver.

À l'égard de mes galères, je désire que vous les fassiez partir assez à temps pour pouvoir retourner dans mes ports sans courre un risque manifeste par les mauvais temps de 1 arrière-saison ; sur quoy j'estime que vous pouvez observer de les faire partir avec celles du pape, ne doutant pas que Sa Sainteté ne les fasse retourner à Civita-Vccchia pour y passer i'hyver, ainsy qu'elles ont accoustumé. Je donne ordre au sieur Arnoul de pourvoir à leurs vivres au cas qu'elles en puissent avoir besoin ; et en mesme temps je fais presser la République, par son ambassadeur auprès de moy, pour qu'elle envoyé en Candie tous les vivres et rafraischissemens qui seront nécessaires pour mes armées de mer et de terre.

Pour ce qui est de mes vaisseaux , vous estes informé qu'ils ont des vivres jusqu'au i5 novembre prochain; j'envoye de plus au sieur Brodart, commissaire général de mon armée navale, un mois de vivres en argent, qui monte à 5o,ooo livres, encore que je ne doute point que cela ne suflise pour vostre retour.

Pour les troupes de terre , je me remets à ce qui sera concerté entre mondit cousin le duc de Navailles, vous et l'intendant et commissaire général des vivres de mesdites troupes, pour pourvoir à leur subsistance lors de leur retour.

Outre l'escadre de trois vaisseaux sous le commandement du chevalier de Valbelle, qui vous porte cette dépesche, je fais estât de remettre en-

qu'il ne me reste qu'à me réjouir avec vous du commandement entier que voua ovex à présent , et des avantages que vous procurerez au service de Sa Majesté dans une occasion aussy glorieuse et anssy importante que relie où vous estes.

«Permettot-moy de vous recommander en particulier mon frère dans les divers accident qui peuvent arriver dans une occasion si périlleuse qne celle où il se trouve à présent . . . * (Colbert et Seifrnclay, S. P. 9,01 II, eote/i, pièce fit.)

en mer celle du sieur d' Al nieras1 qui pourra partir au du mois d'octobre prochain, afin que vous puissiez recevoir souvent mes ordres, et qu'il y ayt toujours quelque nouvelle escadre de mes vaisseaux

Au surplus, je désire que vous continuiez de donner toutes les troupes de mes vaisseaux toutes les fois que mondit cousin le désirera; mais, pour quelque cause que ce soit, je vous défends de mettre pied à terre pour les commander, voulant que vous vous appliquiez uniquement, comme je suis assuré que vous aurez fait, à faire sentir aux Turcs la force de mes vaisseaux et de mes galères joints ensemble par le feu de toute mon artillerie; espérant que vous les aurez obligés d'abandonner leurs tranchées, et qu'avec l'assistance divine et la justice de mes armes vous aurez remporté quelque considérable avantage sur eux. En quoy je suis certain que vous m'aurez donné des marques de vostre expérience, de vostre valeur et de vostre zèle pour mon service et pour ma gloire.

Je désire aussy que vous preniez un soin particulier du chevalier de Vendôme2, que vous luy fassiez un compliment de ma part sur la perte qu'il a faite, et en mesme temps sur les marques de valeur qu'il a donnéesdans l'action de la sortie, et que vous l'assuriez de ma protection particulière pour luy et pour sa maison . . .

(Arch. delà Mar. Ordre» du roi pour la marine , t669, fol. q3.)

' Le même jour, le Roi écrivait à M. d'Op-

pède:

f Estant très-nécessaire pour le bien de mon service d'abréger la quarantaine que les consuls de Toulon font faire â mes vaisseaux de l'escadre commandée par le sieur d'Almeras , je désire que,aussytost que vous aurex reçu la présente, vous alliez en madite ville de Toulon , que vous fassiez faire une visile exacte de mesdib \ aisseaux , et, au cas que vous ne trouviez • apparence de maladie contagieuse , que

port et de mettre leurs équipages à terre, afin

mis en mer, le secours de Candie et la conservation de mes troupes que j'ay envoyées pour

de nouvelles escadres. Je désire de plus que vous assistiez de l'autorité de vostre charge les capitaines demesdits vaisseaux , pour conserver leurs équipages et pour en former de nouveaux." {Ordre* du roi, fol. 10a.)

1 Philippe de Vendôme , chevalier de Malte , né le a3 août 1 655 , second fds du duc de Mercœur et neveu du duc do BeauforL Maréchal de camp en 1691; il fut disgracié en 1706, alla passer cinq ans a Rome et revint en France. Mort en 1737.

9A. — A COLBERT DE TEKRON,

INTENDANT A ROCHEFORT

(Copie portant : Ik la moût de Colbert. )

Saint,Geroiain,, septembre .669.

J'ay reçu cet ordinaire vostre lettre du a 6 du passé. Le Roy n'a pas trouvé bon que vous n'ayez point fait exécuter ses ordres sur le sujet des marchandises des Isles chargées sur les vaisseaux de l'escadre qui en est revenue; et je dois vous avertir qu'il est nécessaire que vous vous attachiez à la lettre à l'exécution des ordres qui vous sont envoyés; d'autant que, de l'humeur et de l'esprit qu'est nostre maistre, je vous assure que l'on ne fait pas bien sa cour auprès de luy en n'exécutant pas ses ordres. Joint qu'il faut donner aux capitaines et officiers de marine l'exemple d'une exécution exacte de laquelle ils ne se relaschent que trop quand ils sont en mer1.

Je suis bien ayse d'apprendre que M. le comte d'Estrées réussisse. Mais je ne sçais où il a pris ia difficulté qu'il a faite de saluer le pavillon de contre-amiral porté par du Quesne*2. Sa prétention de lieutenant général n'a aucun fondement. Si le Roy ne luy donne un caractère dans la marine qui l'élève, comme lieutenant général de terre, il passeroil après le dernier capitaine de marine, tout de mesme qu'un lieutenant général de marine passerait après le dernier officier de troupe, ces corps n'ayant nul rapport de l'un à l'autre; joint que c'est le pavillon qu'on salue et non la personne. Il est de grande conséquence qu'il se rende l'esprit droit, qui est surtout nécessaire dans un grand commandement.

Quoyque la mort de M. le duc de Beaufort ne soit pas encore tout à fait certaine, néanmoins, comme il n'y en a que trop de vraysemblance , le Roy s'appliquera l'un de ces jours à régler tout ce qui regarde la marine3. Et, comme le rang et la provision des officiers sera l'un des principaux points, il est nécessaire que vous disiez à tous les officiers qui sont dans l'es tend ne de vostre département de m'envoyer leurs provisions afin que je puisse in-

1 Voir à Y Appendice l'ordonnance du 1 8 août 1669, qui défend aux vaisseaux de guerre de charger à bord des marchandises des Iles. — Voir également II, 483.

1 Le 3o du mois précédent, ayant appris que du Quesne portait à son grand mât un pavillon qui paraissait carré, ce qui n'appartenait qu'à l'amiral, Colbert avail écrit à son cousin do Terron de ne pas le souffrir.

3 Voir pièces n°* 81 , Ra et 1 18. — Quelques jours auparavant, Colbert avait écrit à l'intendant de Rochefort : «La mort de M. le duc de Reaufort vous donnera plus de moyen d'establîr le munitionnaire général; et c'est à quoy certainement nous devons nous appliquer, estant impossible que jamais ta marine puisse bien aller que nous n'ayons eslably cet ordre. ..»(Dép. cone. la mai: fol. 366.)

former Sa Majesté de leurs dates, pour y avoir égard en faisant le règle-

iiipfit. . •

(Arrh. de la Mur. Dépêche* tonetnumt la marin*. iMf.M. S6i.)

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