A M. ARNOUL
INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE
Paris, 3 octobre 1669.
Pour répondre à la lettre que vous m'avez écrite de vostre main du 17 du mois passé, je vous diray que ma résolution est presque prise de révoquer le privilège de Rigat, et je vous avoue que si j'avois esté plus tost informé des plaintes qui ont esté faites sur la conduite que l'on a tenue dans la vente des huiles et des savons de la province, qui a obligé les Malouins de porter leurs morues à Nice, où il s'est estably des manufactures de savon, il y a desjà longtemps que ce privilège auroit esté révoqué, pour éviter le préjudice qu'il apporte au commerce de la province que le Roy veut favoriser en toutes sortes d'occasions. Et, quoyque vous soyez dans la pensée que la révocation de ce privilège pourra nuire aux establissemens que le sieur Beuf a desjà faits, cela n'empesebera point que je n'exécute la résolution que j'ay prise sur ce sujet, puisqu'il vaut beaucoup mieux qu'un particulier souffre quelque chose que le public, et qu'il ne seroit pas juste de préférer l'inlérest d'une seule personne à oeluy de tant de monde. Cependant comme il paroist, par le compte que vous m'avez en-
vové, que ledit Beuf est redevable d'une somme ussez considérable, il est nécessaire que vous le pressiez de payer et de satisfaire promptement à toutes les conditions de son traité.
Je m'assure que vous donnerez de si bons ordres pour faire préparer toutes les choses qui sont nécessaires aux galères à leur retour de Candie «juerienne leur manquera; mais il est nécessaire surtout que, aussytost après leur arrivée, vous fassiez faire une revue exacte de la chiourme et des équipages , afin de connoistre le véritable estât auquel ils seront après une si longue navigation. Je suis toujours dans la pensée d'establir sur les galères un nombre de soldats qui soit toujours fixe et entretenu, et j'attends que vous me mandiez vostre sentiment sur cet establissement, parce qu'il ni certain qu'il pourra estre fort avantageux.
Quoyque je vous aye assez fait connoistre de quelle conséquence il est d'avancer vos constructions tant de l'arsenal que des corps des galères et des vaisseaux, je ne puis m'empescher néanmoins de vous les recommander, et de vous dire qu'il ne faut rien oublier pour parvenir à avoir l'année prochaine jusqu'au nombre de 18 galères, ainsy que vous me le faites espérer.
Je vous fais sçavoir par la lettre commune que j'écris à M. d'Oppède et à vous de donner part à M. le comte de Vivonne, aussytost après son arrivée à Marseille, de ce qui s'est passé dans l'affaire de M. de Centurion 1 ; et comme un des articles les plus importans du traité est ce qui concerne l'estimation d'une galère lorsqu'elle sera mise en mer, armée et équipée de toutes choses, je vous prie de faire le calcul d'une galère conforme au traité du sieur de Centurion , pour connoistre si le Roy fera bien de luy accorder 63,ooo livres. Et, au cas qu'il vous paroisse que Sa Majesté y puisse trouver son avantagé, il faudra bien prendre garde que tout ce qu'il fournira soit de bonne qualité.
' lltppolyte, marquis de Centurion, gentilhomme génois , reçut , le 1 1 décembre 1 66g , l« prt» isions de capitaine général d'une escadre «le* fjalères de France. — Cette nomination ** le satisfit pas entièrement, comme le prouve t» passage de la lettre suivante, que Colbert lai «rivale 10 janvier 1670 :
-Sur la plainte que vous faites de ce que Ton a inséré dans vos provisions que vous sera pi laine {général sous la charge et autorité du général des galères de France, Sa Ma-
n» jamais esté qu'il y ayt en France deux capitaine» généraux de galères, avec une égale
autorité, et vous devez vous souvenir que, lorsque M. d'Oppède envoya ces articles sur lesquels M. le comte de Vivonne croyoit que sa charge avoit esté blessée, vous vous soumisles entièrement à ce qu'il plairoit au Roy d'en ordonner; et , comme vous avez publié la inesme chose en Provence, Sa Majesté a cru qu'elle pouvoit donner celte satisfaction à M. le comte de Vivonne, d'autant plus qu'elle est assurée que ledit sieur comte en usera toujours bien avec vous et qu'il aura pour voslre personne toute l'estime et la considération que vous en pouvez raisonnablement attendre...» (Dép.
rtme. lté g*i. fol. lA.)
II y a quelque temps que je vous priay de me faire sçavoir si vous ne connoissiez point le sieur Pierre-François Boccardi, qui exerce la charge de consul de la nation françoisc à Naples sur les provisions que le vice-roy luy en a données. Comme vous ne m'en avez encore rien écrit, je seray bien ayse, avant de luy faire expédier les provisions du roy pour cette charge , d'estro informé s'il a les qualités nécessaires pour s'en bien acquitter l.
( Areh. de la Mar. Dëpêc}** concernant lu galère,, 1669 , fol. t68.1
10i. — AU COMTE DE VIVONNE,
GÉNÉRAL DES GALÈRES
Pari», U octobre 1669.
Le dessein que le Roy s'est proposé, d'augmenter autant qu'il se pourra le nombre de ses galères, a porté Sa Majesté à écouter volontiers les propositions qui luy ont esté faites par M. le marquis de Centurion , de former une escadre de galères pour son service en la mesme manière que le duc de Turcy 2 en entretient une à Gènes pour le roy d'Espagne.
MM. d'Oppède et Àrnoul, ayant discuté les propositions dudit sieur Centurion, ont signé un traité avec luy, duquel je dois faire lecture au Rov à son retour de Chambord, où Sa Majesté est allée passer le reste de ia belle saison. Cependant je mande auxdits sieurs d'Oppède et Arnoul de vous donner part de tout ce qui s'est passé dans cette négociation, cl je me contenleray seulement de vous dire que la conclusion de celte alTairc vous doit donner de la satisfaction y puisque, outre l'honneur que vous avez desjà de commander les galères de Trance, vous aurez encore celuy d'avoir sous vos ordres, dans les expéditions qu'elles pourront faire cy-après, une escadre considérable commandée par une personne qui a de la naissance et du mérite \
1 Les renseignements que fournil Arnoul furent satisfaisants , car Boccardi obtint les provisions dont il s'agit.
' Jean André Doria del Caretta, duc de Turcy, Génois , grand d'Espagne , passa , comme le marquis de Centurion, mais plus tard, au service de la France.
1 Le Roi écrivait, le li novembre suivant, aux consuls de La Ciotal :
■ Les sieurs d'Oppède et Arnoul ayant con-
clu, par nostre ordre, un traité avec le sieur
d'une escadre de galères, et nous estant oblige de donner jusqu'à présent audit sieur Centurion trois de nos galères en attendant qu'il puisse armer les siennes, nous luy avons accordé le port de nostre ville de La Ciotal pour retraite de ladite escadre...»» (Dép. ronr. In frai fol. 197.)
J'attends toujours avec impatience des nouvelles de vostre arrivée à Marseille, et je souhaite de tout mon cœur que vous reveniez bientost couvert de gloire et plein de santé.
(An*, de h Mar. Dépêche» «mrcrrumt le, galère» , 1069 , fol. 171.)
INTENDANT A ROCHRFORT.
Paris, 7 octobre 1669.
J»> fais réponse à vostre lettre du 3o du passé. Je suis bien ayse que \ous travailliez à vous assurer de la seconde classe de vos matelots; il faudra s'en servir pour l'escadre qu'il est nécessaire de mettre en mer, suivant mes précédentes.
Les corsaires de toute la Barbarie estant à présent réputés ennemis, il ne faut pas que la mer demeure sans de fortes escadres des vaisseaux du roy, si nous voulons maintenir nostre commerce, et il faut faire en sorte qu'à l'avenir nous ayons huit ou dix vaisseaux dans la Méditerranée, et cinq ou <ix dans l'Océan.
La pensëe que vous avez de prendre des enseignes pour en faire des rommissaires me paroist assez bonne; mais il faut prendre garde que ce ne soyent pas de très-jeunes gens, et qu'il y ayt apparence qu'ils seront fidèles et appliqués : ce sont des qualités absolument nécessaires pour bien réussir dans cet employ, sur lequel doit reposer toute la sécurité de nos ar- 'iH'inens ...
(Arrh. (lHn Mnr. Dépêche» concernant la marim , 1669, «61. th.)