‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 106 sur 411 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Continuation des procédures contre Fouquct. — Nombreux arrêts de condamnation en restitution rendus par la Chambre. — Mesures financières. — Augmentation des revenus de TEtat. — Supproasion et remboursement des offices d'élection. — Moyens d'arriver à la suppression des offices de grenier à sel. — Dépenses pour le Louvre, Versailles et Fontainebleau. — Encouragements aux sciences et aux arts. — Pensions accordées aux savants français et étrangers. — Dotation de TAcadémie de peinture et de sculpture. — École de Rome. — Etablissement de ia manufacture royale des Gobelins. — Réforme du régime forestier. — Achat de Dunkerque. — Payement des gages des officiers de la couronne régulièrement assuré, avec rappel des années 1660 et 1661. — Les finances en 1661 et i66q. — Retrait du privilège de la compagnie de la Nouveiie-France. — Punition infligée à des individus qui avaient maltraité des collecteurs. — Dëdamtion portant suppression de U millions de rentes sur TUôtel de ville. — Réflexions sur la soumission du parlement aux volontés du Roi.

Les trois ou quatre mois suivans, jusqu'au mois de juillet ou d'aoust de

la mesme année 1669, cette Chambre Gontinuant les proGédores oonM le flieur Fouqnet, les rapports des procès-verbaux faits sur les eslats de tnam de comptant de l'Espargne et plusieurs afifaires particulières donnèrent tien à une infinité d'arresb de condamnation en de grandes restitittîona k§ùtt au profit du roy.

Entre autres arrests favorables qu'elle rendit, elle ordonna la scippMh sîon de Taliénation de la moitié du droit de marc d'or ^. . -

Elle ordonna le remboursement :

Du principal avec les intérests au denier 189 en imputant les joui»^ sauces , de la moitié des dons et octrois des villes ;

Des aydes aliénées en 1 6 5 6 ;

De la ferme des 9 livres 18 sols de Picardie;

Des droits sur les papiers et bières.

Et sur ces estats. Sa Majesté, estimant la question de tontes les alféaa^ tions entièrement décidée, réunit à son domaine toutes les femeg alîé* nées, lesquelles elle joignit à ses fermes des aydes, entrées, domaines de Paris et autres, et en fit l'adjudication elle-mesme le dernier jour de si^ tembre de la mesme année, laquelle monta à 1 9,900,000 livres.

Au commencement du mois de- juillet de la mesme année, elle vouliil voir en détail toute la recette et dépense qui s'estoit faite depuis qu'elle avoit pris la conduite de ses finances , et Testai auquel elles se trouvoient alors. Pour cet efiet, Sa Majesté s'en fit donner un estât en détail par lequel elle reconnut que la dépense avoit desjè monté à 5a millions de livres , et. que tous ses revenus, qui ne montoient qu'à 93 millions de livres au mois de septembre 1 66 1 , se trouvoient au dernier juin 1669 de hk millions de livres, en sorte qu'ils estoient augmentés en dix mois de temps de 91 millions de livres.

Et à la fin de la mesme année, s'estant fait donner le mesme estât, par la réunion de ses fermes , par la suppression des rentes de l'Hostel de vilié de Paris, et par le retranchement de plusieurs charges de ses Estat8>'jSa Majesté trouva ses revenus, pour l'année i663, à &o millions de livres; en sorte qu'en seize mois de temps ils estoient augmentés de 97 milliona de livres.

Dans le commencement de l'année 1669, considérant qu'il n'y avoif rien qui portast plus de préjudice à ses peuples que la multiplication des officiers des élections du royaume qui , estant jusqu'au nombre de vingts

^ Droit de serment prc^evé sur lous les of- payement des pennoiis des chevaliers daSaintr fices vénaux et non vénaux, ordinaires et ex- Esprit et des dépenses de cet ordre. (Eneyei. traordinaires. Le produit en était affecté au màkod. Finances.)

deux ou vingl-trois en chacune élection, non-seulement vivoient aux dépens du peuple par l'exercice de cette nature d'administration , mais mesme causoient une infinité de désordres dans les paroisses par les décharges et soulagemens qu'ils donnoient aux plus riches par divers motifs d'intérest, Sa Majesté voulut que l'édit de leur suppression qui avoit esté enregistré à la Cour des aydes en présence de Monsieur, dès le mois d'aoust de l'année précédente , fust ponctuellement exécuté , préférant le soulagement qu'elle vouloit donner à ses peuples par ce moyen aux propositions qui luy estoient faites de donner 61 millions de livres, en leur accordant leur conservation , et mesme au payement d'une autre somme de 6 1 mil- * lions de livres, dont elle se chargeoit pour le remboursement de leur finance.

Mais comme ce mesme édit portoit aussy la suppression des officiers des greniers à sel du royaume , Sa Majesté considérant qu'elle seroit chaînée d'un remboursement si grand , au cas qu'elle fist procéder à l'exécution de cet édit à l'égard de ces officiers, qu'il lûy seroit impossible d'y satisfaire; considérant d'ailleurs qu'une suppression actuelle iuy osteroit pour jamais les moyens de les restablir, à quoy peut-estre les nécessités de quelque guerre qui pourroit survenir pendant son règne l'obligeroient de penser, résolut de ne point admettre les offices de cette qualité à l'annuel et de les taxer fort haut, quand ils viendroient à vaquer, en sorte que par ce moyen elle délivreroit ses peuples en trois ou quatre années des vexations qu'un grand nombre d'officiers de cette qualité leur font souffirir, profiteroit par leur mort des gages et droits qui leur appartiennent, seroit déchargée de leur remboursement, et tiendroit mesme un fonds assez considérable dans ses parties casuelles par le moyen des taxes de ces offices vacans, pour s'en servir en une occasion pressante.

Dans cette mesme année i66â, le Roy, qui auparavant avoit eu peine d'obtenir des surintendans une somme de 7 à 8,000 livres, pour employer à ses bastimens, y employa, soit en achat de maisons, soit en bastimens effectifs au Louvre , à Versailles , à Fontainebleau , jusqu'à â,âoo,ooo livres.

Sur ce propos , il est bon de remarquer en cet endroit tout ce que Sa Majesté a fait pendant cette année pour faire fleurir les sciences et les arts libéraux dans son royaume.

A l'égard des sciences, elle a résolu de donner et en mesme temps faire payer des pensions ^ à tous les savans en quelque sorte de science que

' CVsl-àniire, sans doute , en assurer le servir^ eiacl.

ée soit, dont elle a hii ellennesnie le choix sur la Uste de tous fea^ geÀ de lettrée da royaiuiie* Elle a mesme tooIu estendre ses libéraËtés^dééi iai pays estrangers; et, par une munificence qui n'a point d'exemple, apièi avoir recherché la eonnoissance du véritable mérite de tonales rneànes gens de lettres qui sont dans les pays estrangers, tant par leurs ouvrages que parleur réputation , elle leur a envoyé à tous des pensions jusque dati le lieu de leur résidence, afin de convier, par de si bons moyens, mm* seulement ceux qui sont desjà savans h cultiver avec plus de soin que jafiMJp les sciences dans lesquelles ils excellent , mais mesme d'y attirer tow «eoai qui ont quelque talent et quelque disposition naturelle; ce qui, n'ajiaat pour motif dans l'esprit de ce prince que de récompenser la verta*<4Îi quelque sujet qu'il la trouve, ne peut qu'il ne produise une glmpil immortelle pour luy par tous les ouvrages que ces grands esprits a^affol^ eeront [de faire] k l'envy l'un de l'autre pour immortaliser son nom ekpMv bien foire connoistre à la postérité une vertu si excellente et si rare. ' '«'

Ces grands hommes, charmés de se voir dans une si puissante protoe^ tion ; et qui estiment la reconnoissance pour la première de toiites les vertna^ ont desjà formé le dessein de faire l'histoire de ce prince en toutes façosa^ sçavoir : celle de son règne en latin , en firançois , en pièces de poésie ^ toutes sortes, en panégyriques et autres pièces d'éloquence, et en mé^ dailles; celle de sa vie privée, où seront en détail tous les mouvemena ai réglés de son esprit et toutes les choses qu'il a dites et qu'il a foites, daM leequelles son sens admirable paroist pareillement en toutes manièrea; en sorte que, dès son vivant mesme, sa vertu sera récompensée par les pins beaux ouvrages des plus rares esprits que son siècle produira.

Pour les arts libéraux. Sa Majesté a estably, formé et donné les fands^nécessaires pour l'Académie de peinture et de sculpture , dans laquelle tom iaé jeunes gens sont instruits par leû plus excellons maistres en cesdeux arta. Ei non-seulement elle donne des appointemens pour cet effet auxdireoteimtrt professeurs, mais mesme elle donne divers prix de temps en temps poM exciter les jeunes gens , et , tous les ans , elle en tire un ou deux é&$ fèqi habiles de chaque art pour les envoyer à Rome , où elle leur donne petuioii pour y demeurer deux ou trois ans, jusqu'à ce qu'ils soyent perfeetionnésï pour retourner ensuite en France et estre employés dans les bastimena^ds ses maisons royales. i i '.

Elle a estably la manufocture des tapisseries de la couronne en la maison des Gdbdins , et elle feit travailler aux dessins par le sieur Lé Brun , aon premier peintre, qui est assurément reconnu pour le premier de l'Eisa rope. En mesme temps , elle fait travjiiller à une infinité de nouveaux genres

offroit de toutes parts outre les sommes dont il avoit besoin. Le roy d'Angleterre ayant mis en condition que cette somme luy seroit payée en argent, Sa Majesté fit porter les 5 millions entiers en quarante-six charrettes qui partirent du Louvre et furent escortées par les mousquetaires de Sa Majesté.

Ce traité et son exécution a donné de l'étonnement à toute TEurope , et peut-estre qu'aucune action n'a tant augmenté le respect et la vënérar tion du nom de Sa Majesté que celle-cy. Aussy n'a-t-elle point d'exemple dans tous les siècles passés. Toute l'Europe avoit vu cette place, prise en i658, remise entre les mains des Anglois en conséquence d'un traité fait avec eux; et, quoyque tout le monde en jugeast d'une autre manière» le Roy, qui avoit fait faire ce traité par M. le cardinal Mazarin , jugeoit fort bien qu'en Testât où estoit la maison d'Autriche il estoit impossible de l'obliger à faire la paix à conditions raisonnables que par la force, parce que l'exemple de 16&8 et 1662 luy donnoit la patience dans ses pertes au moins pour vingt années; que, pour parvenir à ce but, rien ne pouvoit tant contribuer que l'alliance avec l'Angleterre, à laquelle l'Espagne avoit travaillé avec toute son application et son industrie et par des offres beaucoup plus avantageuses que Sa Majesté n'en pouvoit faire. Mais le bonheur du Roy, accompagné d'une excellente conduite, furent cause que l'Angleterre préféra son alliance à celle de l'Espagne. En conséquence de quoy les armées navales, avec quelque secours de troupes qui passa en France, agissant de concert, donnèrent lieu non-seulement à la prise de Dunkerque , mais mesme à beaucoup d'autres conquestes qui contraignirent enfin l'Espagne de demander et consentir à la paix. Et c'est une chose surprenante que, dans le mesme temps que le premier traité avec l'Angleterre fut conclu , le roy de ce royaume et la reyne sa mère ayant fait de grandes plaintes de ce traité , le cardinal Mazarin leur dit qu'il produiroit le restàblisscment dudit roy, parce que la jonction des armes des deux nations feroit la paix avec l'Espagne , et qu'ensuite la prétendue république d'An- ^eterre tomberoit d'elle-mesme et ne pourroit jamais soutenir la crainte qu'elle auroit des forces des deux roys; et ce pronostic qui paroissoit si éloigné de vraysemblance n'a pas laissé d'estre trouvé bien véritable par l'événement.

Par [suite de] la remise de cette importante place entre les mains des An^ois, la religion et Rome, et tous les Estats catholiques avoient blasmé cette action; et quoyqu'on conçust fort bien qu'elle avoit produit la paix, et que ce bien qu'elle avoit causé surpassoit infiniment tout le mal qui en estoit arrivé, néanmoins Sa Majesté avoit toujours un regret intérieur de

« préjudice qui avoit esté fait à la véritable religfion, et une grande envie, pR>yi{ue sans espérance, d'y apporter quelque remède, quand Dieu, ne 'OiÂuit pas qu'il manquast rien à sa satisfaction , donna la pensée an roy PAngleterre de se défaire de cette importante place.

Sur la fin de cette année, le Roy s'avisa d'une chose qui surprit gênéileomit toute la cour. Les princes , officiers de la couronne , de la maison lé Sa Majesté , gouverneurs et autres officiers qui ont des gages , appoinemeiis , pensions et estats approuvés du roy, avoient accoustumé de faire ê touT aux surintendans pour en estre payés; et quand ils pouvoient irer une assignation au bout de dix-huit mois ou deux ans , ils croyoient sitre bien traités. Cependant Sa Majesté, après leur avoir fait payer les iDBées 1660 et 1661 qui leur estoient dues, résolut de leur envoyer llousleur ordonnance chacun chez eux, pour Tannée 1 669 , assignée sur le^ fonds certains et assurés, ce qu'elle exécuta; et cette différence de timtement venant de la main mesme du maistre fut admirée de tout le akmëe.

Tdle estoit la situation des affaires des finances du royëume è la fin de [*mDée 1669. Auparavant que d'entrer en Tannée i663, il sera peutnfere" bon de faire un parallèle de Testât du royaume , sur toutes les affaires d«M lesquelles les finances peuvent avoir part, au mois de septembre i€6i, avec celuy du mois de décembre 1669, c'est-à-dire seize mois a^fîràs que le Roy a commencé de prendre soin de cette nature d'affaires.

Au mois de septembre i€6î, 1. Les finances estoient relies par le «BPiBtendantseul, avec une autorité souvnpoe dont estoient provenus tons les

démdres.

il. Les maximes pour ia conduite des estoient de faire et défaire sans U n^fiiger les revenus ordinaires et Gvve des affaires extraordinaires.

à. Les impositions sur les peuples des tailes et droits sur les fermes estoient •agttientées en tous rencontres.

4. Les surintendans ne pensoient : qu'a Bftpauvrir les peuples en augmentant les impositions;

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