Le Roy n'a plus donné un sol, ni
mises et^iotérests d'avances se miUfons de remises, ni d'intérasts , depuis qu'il a
deiiYres» pris soin de ses finances.
i5. Tonte la France et TEurope i5. LeRoys'est mis dans une si^jprande
Yoyoient toujonrs le Roy dans une prodi- abondance d'argent, après Taffaire deDun-
nëcessitë, ne subsistant qne mn* le kerque, que toute TEurope a craint Tacrédit 4et partisans, et ne pouvant jamais chat de toutes les places et de tous les faÎM une dépense extraordinaire. Estats qui pourroient estre k sa bien-
séance.
Ce parallèle pourroit estre continué à Tinfiny ; mais pour l'abréger, il suffit seulement de dire qu'on a vu une chose presque incroyable et mesme impossible' dans la nature, de faire passer en si peu de temps un Estât comme celuy-cy, dans une matière si délicate et si importante que celle des finances , d'une extrémité de corruption au plus excellent degré de perfection qui se puisse imaginer ; et toutefois c'est l'ouvrage d'un jeune prince de l'âge de vingt-trois à vingt-quatre ans.
Au coDamencement de Tannëe i663, Sa Majesté régla toutes les dépenses de son Estât ainsy qu'elle avoit fait l'année précédente, lesquelles elle trouva monter è 3 3 millions de livres , et aussytost elle régla les assignations, et signa toutes les ordonnances pour les dépenses de la guerre, maisons royales, et autres ordinaires.
Au mois de février, Sa Majesté considéra que la Nouvelle-France courroit risque de se perdre si elle demeuroit plus longtemps entre les mains de la compagnie qui en avoit obtenu le droit, et qu'il n'y avoit rien de plus important pour le commerce que de maintenir les colonies estrangères. Elle retira le privilège des mains de cette compagnie , et y fit aussytost passer des vaisseaux pour y porter des familles , des munitions et autres choses nécessaires à sa défense.
An mois de mars. Sa Majesté fit deux actions de grand éclat qui firent bien connoistre à toute la France combien elle seroit sévère et juste tout ensemble pour maintenir les pauvres contre l'oppression des puissàns. Un valet de chambre du marquis de La Châtre , gouverneur de Bapaume , estoit venu en Berry, où il avoit coupé le nez et les oreilles d'un collecteur des tailles, et s'estoit retiré ensuite audit Bapaume; le Roy l'envoya prendre par une escouade de ses gardes jusque dans la chambre de son maistre , et le fit remettre entre les mains de la justice pour en faire une punition e^^^nplaire.
En mesme temps , une autre violence s'estoit faite dans l'élection d'Astarac^, à l'extrémité du royaume; Sa Majesté a donné ses ordres pour en faire faire une pareille punition.
' La Comté d' Astarac ou d'Eslarac, eu Gascogne ; capitale , Mirasde.
Au commencement du mois d'avril, le Roy ayant attendu jusqn'sdors les arrests de la Chambre de justice pour la suppression et Tamortissement des rentes de lHostel de ville de Paris à condition de l'imputation des jouissances , et trouvant que le retardement apportoit un préjudice considérable au bien de ses affaires , résolut dans son Conseil d'envoyer une déclaration de sa volonté à ladite Chambre portant ladite suppression et amortissement de toutes les rentes constituées depuis i656, qui montoient après U millions de livres de revenu. Il est bon de faire sur ce sujet réflexion que cette matière, qui estoit autrefois celle de toutes les séditions, à laquelle tout le monde estoit persuadé que Ton ne pourroit jamais toucher sans faire courir risque à TEstat, ce prince, par l'autorité et le respect qu'il s'estoit acquis par son propre mérite, en traita avec une telle hauteur qu'il en supprima, par une simple déclaration, pour & millions de livres de revenu sans aucun bruit.
La mesme réflexion doit estre faite à l'égard du parlement. La cour craignoit les assemblées des Chambres de telle sorte que l'on mettoit en pratique tous les moyens, soit pour les empescher, soit pour les retarder; et le Roy, en ce peu de temps , s'est mis si fort au-dessus de ces craintes qu'à présent les chambres s'assemblent que Sa Majesté ne le sçait que le lendemain.
(Bibl. Imp. Mm. S. F. 3,696. — - Bitoin de CoWert, par Pierre Clément, k9^. — Hiâtoirê de VAdmmUlratum monarchique en France , par M. Cbéruel , II , 1 88. — Éiudee eur Cotbert, par M. Joubleaa, II, 966.)