A M. DE RIS
l?iTENDAINT A BORDEAUX.
Sceaux, i"aou8li68o.
J'ay reçu, avec vostre lettre du s s du mois passé, les jugeniens que vous avez rendus contre les billonneurs et les faux-nionnoyeurs de Béarn. Mais vous voudrez bien que je vous dise, qu'après avoir lu l'extrait entier que vous m'avez envoyé, je n'ay pas trouvé d'aussy grands crimes sur cette matière ((ue je croyois, parce que tous ces jugeniens ne sont que contre des gens (]ui ont commercé des espèces estrangères et décriées. Quoyque ce commerce soit défendu par les ordonnances, il n'a pres(|ue jamais esté puny dans le royaume que dans des occasions importantes, parce qu'il faudroit punir pres(jue tout le royaume et particulièrement les marchands. D'ailleurs, l'avantage d'un Estât consistant à y attirer de l'argent, l'on a toujours traité avec (pielque tolérance le maniement et le commerce de l'argent eslranger qui entre dans le royaume. Mais le crime (|ue l'on ne sçauroit trop punir est celuy de la rognure, et de la fabrication d'espèces fausses; et je vois qu'il n'y en a (ju'un condamné en personne, et deux autres condamnés par contumace. Je ne m'étonne pas de ce que vous dites, que tant plus on enfonce cette matière, tant plus l'on trouve de coupables; parce (pie, dès lors que vous ne rechercherez que ce que vous appelez billonnage, c'est-à-dire maniement et commerce d'espèces décriées, il est certain que vous trouverez toutes les frontières du royaume coupables de ce crime*.
(liibl. liiip. Ms8. Miinii([Cê ClairambauU, vol. &uH, fol. liUh.) ' Voir pièce ii° 70.