‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 24 sur 411 · POLK LE CONSEIL ROYAL · texte numérisé non relu

POLK LE CONSEIL ROYAL

( Minute auto(çropbe. ) ^ [1661.]

Faire prester un serment particulier de fidélité et de secret. Que le Roy cléclarequii veut que le secret soit religieusement observé; que, s'il découvre ^ue ce qui aura esté résolu dans son conseil vienne à estre sçu, il n'y a poinl €le diligence qu il ne fasse pour sçavoir d'où cela pourra venir, et qu'il estera «ibsolunient de son conseil quiconque aura esté capable de celle foiblesse.

Que Sa Majesté les a choisis comme gens capables de la bien servir et luy donner de bons avis pour le restablissemenl de l'ordre dans ses finances, et c]u elle les croit assez gens de bien pour passer par-dessus les considérations de leur intérest propre et de ceux de leurs parens et amis pour bien faire leur devoir envers Sa Majesté en toutes occasions.

Que la principale application que l'on doit avoir à présent estant de dégager les revenus du roy qui ont esté aliénés à trop vil prix pendant les nécessités de la guerre, et estant nécessaire de chercher tous les expédiens possibles pour les retirer, Sa Majesté seroit bien ayse d'eslre informée véritablement par leur Ijouehe s'ils ont quelque part dans toutes les aliénations qui ont esté faites, afin die pourvoir à leur satisfaction, afin que Sa Majesté fust ensuite plus persuadée die la sincérité de leurs conseils en toutes occasions.

Après avoir mis cet ordre, il sera bon de parler des deux principaux désorcJres publics dont tout le monde s(; plainL

L'un, du prodigieux abus qui s'est glissé par la vente des billeU de TEvS- Jiargne qui ont esté quelquefois donnés ai, 5 et 6 pour 0/0, et entre autres CDU dît que M. de Servien, pour 5o,ooo livres, en eut pour 1,200,000 livres « jui se sont trouvés dans les elfets de sa succession.

L'autre abus, es ordonnances de comptant qui ont monté par année depuis ^0 jusqu'à 5o millions de livres.

Pour remédier au premier abus, on dit qu'il faut supprimer tous les billets de l'Espargne avant l'année iCSij.

Pour remédier au second, on dit quil faut réduire les comptans à 3 ou ^ millions de livres.

L'un et l'autre de ces deux remèdes sont bons, mais il semble que les moyens O'y parvenir pourroient estre meilleurs.

* Nous donnons à rApp«ii(lice, pa/fe 7^19. «m rè|jleiiiont sur le même sujet, cpii se Imuve à t)aiiipicrrc* de la main de (lolhcit.

ccii ANNEXES.

Quoyque la suppression de tous les billets de l'Espargne par ua ai'rest solennel soit bonne, ndaninoins il y a quelque sorte d'injustice, puisque tous ces billets ont eslé expi^diés pour dépenses ordonnées par te Roy ou pour gages et appoinleniens dus; et si Ton peut parvenir à les rendre de nulle valeur sans donner au public cette apparence d'injusti^, il est certain qu'il vaudroit beaucoup mieux.

Or est-il que les billet.s de TEspargne ne peuvent valoir que lorsquils peuvent estrc réassignés sur de bons fonds, et ils ne peuvent estre réassignës lorsque les trésoriers de FEspargne ont compté par estât au conseil et à la chambre des comptes. ^

Donc, il ify a que le retardement des comptes des trésoriers do TEspargne qui ayt causé cet abus, et par conséquent le remède le plus naturel et sans aucune apparence d'injustice est d*obliger les trésoriers de TEspargne à compter dans les temps prescrit^ par les ordonnances, c est-à-dire six mois après leurs exercices faits, ou au plus tard un au.

Il est vray que depuis quelque temps l'on a fait revivre des billets de TEs- |wiq;ne par des complans; mais comme le Roy peut le refuser avec justice, le ivmède esl facile à \ ap|H)rler.

Pour ce qui est des comptans, au lieu de les réduire par une déclaration ovprt^sse [H>rtt»e à la cliambiv des coniptes à 4,5 ou 6 millions, il sera bien plus grand et bien plus glorieux |H)ur le Roy de les réduire luy-mesme dans son «tdministnition à cette sonune ou peu plus, que d'estre contraint et gesnë |Kir aucune dtn^laralion.

\CabiiM*t de M. le dacde Luynes. Ms8. n" 93, r'Srton 6.)

l\. — UlSCOl RS DE LOllS \IV

V UUVUKTIKK I>1 r.O>SEIL DES FINANCES.

^Minute «uiU^mpbe de ColbtTt.)

Imhi m» le lliiiHlinal urayani fait connoistre clairement le désordre qui estoit dans raduuuislraùon de mes linances et ayant plusieurs fois résolu dy apporter It» iviuode nece<.<iùre par le changement de surintendant, il en auroit Oslo cmpeM-he \^ïr la grauvle tjuantité d'alVaires importantes qui seroient survenni»N, v\ pailiculièivmeul par la négociation de la paix.

NiMunioins, \o\ant que les désonlres croissoient au lieu de diminuer, il auroil lail xrnir It» v^urintendanl à Saint- Jeande-Luz, en intention de le déposmmIoi ; niaiN» a\ahl cousidéiv quVstantt»loigné de Paris comme j'estois et y de- \ant relourniM dans ptMi tie mois*, il valoit mieux remettre à mon retour, ce qui a>anl eiicoie e>tê nMardé par sa grande maladie et ensuite par sa mort, et in'avHil sou\ent dèclaiv que le plus grand rt»gret qu il avoit estoit de n'avoir pu UM'Iln» un bon ludiv tlans cette nature d'affaires comme la plu^ importante

FINANCES. cciii

de mes Estais, il me conseilloît de tenter encore une fois, luy Taisant connoistre que je sçavois sa mauvaise conduite**, mais que j'eslois dispose de luy pardonner pourvu qu il voulust bien vivre et administrer fidèlement mes finances; ce que m'ayanl promis après m'avoir avoué ses vohîries, j'ay voulu connoistre par moy-mesme, en l'observant soigneusement, s'il estoit capable de changer; mais, ayant clairement reconnu par trop de preuves qu'il conlinuoit sa mauvaise administration , j'ay pris à la fin la résolution de faire ce que vous avez vu, et pendant tout ce temps ayant pris une connoissancc assez exacte do toutes mes finances, de la mauvaise conduite que Ton a tenue jusqu'à présent pôtir les administrer, j'ay résolu d'establir ce conseil pi*cs de moy pour conduire mes finances par vos avis.

Ija première chose que je désire de vous est le secret ; et comme je l'estime important et nécessaire pour la bonne conduite de mes affaires, je suis bien ayae de vous dire que si j'apprends que l'on dise quelque chose de ce qui se sera passé icy, je suivray l'avis qui m'en sera donné jusqu'à son origine, pour o^er de mon conseil celuy qui aura esté capable de cette foiblesse ^

Et la seconde est que je veux que chacun se charge du succès bon ou mauvais de quelque affaire que ce soit, quand une fois j'en auray pris la résolution et donné l'ordre, et que le tout s'exécute et soit soutenu avec fermeté, sincérité et secret.

Pour ce qui regarde la conduite de mes finances, je suis bien ayse de vous dire qu'en ayant pris une connoissance assez exacte depuis six mois, j'ay résolu de changer entièrement celle qui a esté tenue jusqu'à présent; et au lieu qu'elles ont esté administrées avec désordre et confusion , je veux suivre un bon ordre. Pour cet effet, j'ay résolu de reculer en trois ou quatre années toutes les assignations qui ont esté tirées sur Tannée i66*j et me servir du surplus pour fournir aux dépenses de mon Estât.

NOTPS DK I/KCRITURE DE COLBERT, E> MARGE.

' Obligé d'aller à Marseille et retourner aux Pyrénées. ^ Venant dans une nouvelle administnition , il falloit connoistre par moymesme.

' Il faut faire prester un sonnent.

(Cabinet de M. le diic àv. LiiynrH. Mss. n" r|3 , raKon 'i.)

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