II. — LOLIS \1V A HERVART
(Minute auto(jraphc de Colberl.)
Nantes, 5 septembre 1661.
Feu M. le Cardinal m'ayant assuré les derniers jours de sa vie que je trouverois toujours dans vostre bourse une assistance de deux ou trois millions de livres, toutes les fois que le bien de mon service m'obligeroit d'apporter quelque changement en Tadministration de mes finances , à présent que j'ay eslé obligé, par diverses raisons, de faire arrester le Surintendant, j'ay esté bien ayse de vous écrire ces lignes poilr vous dire que vous me ferez plaisir de me préparer, soit par vostre moyen, soit par celuy de vos amis, la plus gi^ande somme que
(|ui se faisoient par plusieurs gens, ce qu'on appeloit presls sur prcsts.
«Ce qui n'est pas oujourd'hiiy : quelques déprédalions^qu'il y ayl eu ,quoyque très-grandes, jamais les financiers n'ont manqud de fournir l'argent qu'on leur a demandé, et le Roy a toujours trouvé du secours dans ses besoins.
«Les financiers d'aujourd'buy, dont les fortunes sont aussy considérables que relies du passé et qui ont gagné leur bien sans aucun risque, doivent estre dans un abandon et dans une obéissance aveugle aux volontés du ministre.
«Un financier doit estre auprès d'un surintendant ce qu'est un soldat auprès de son capitaine; il ne doit rabandoiuior (ju'avec la vie.
«Jamais un surintendant des finances ne doit manquer d'argent en quelque rencontre que ce puisse estre. Et seroit-il dit que des gens la plupart sortis du néant n'eussent pas leurs fori unes, considérables comme elles sont, toutes dévouées au ministre?
«H va des moyens pour estendre le crédit et la liicilité de trouver de l'argent, en faisant plusieurs fermes d'une seule, dont la plupart tle ceux qui l'occupent ne cherclient qu'à sortir pour mettre à couvert les grands biens qu'ils ont gagnés dans cette ferme.
r Quand on ouvrira la porte à la publication des fermes, il y aura quantité de personnes qui se présenteront pour entrer, sur plusieurs espérances :
« 1** Celle du grand profil qu'ils ont vu faire à leurs devanciers;
« a* L'avantage de pouvoir approclnT et palier à la personne du minislro;
«3° Donner de l'employ à leurs parcns et à leurs amis;
«4" Faire valoir eux-mesmes leur argent, qu'ils n'osent confier par la crainte du risque ou autrement.
«L'on peut faire diff'érenles compagnies oij il entrera dans chacune dix ou douze personnes, plus ou moins, comme on a vu cy-devanl, et les particuliers qui y entreront seront plus en estât de faire valoir les revenus du roy, les avances et le crédit de Sa Majesté.
«L'on sçait que tous les hommes ont de l'émulation et de l'ambition, et que tous veulent aller aux principaux emplois. Ce nombre est presque aussy grand qu'il y a d'hommes un peu élevés aux affaires, et principalement les sous-fermiers qui sont dans les sous-baux depuis dix ans , qui ont fait de grandes fortunes et qui voudroient passer dans les fermes générales.
«Ces sous-fermiei's laisseront des lieux vides pour de jeimes gens qui entreront aussytost en leurs places et qui deviendront ensuite habiles financiers.
«Mais il faut que les uns et les autres demeurent toujours dans l'engagement et que le grand fond.^ qu'ils ont daivi les affaires du roy soit l'aimant qui les attire dans les qffaires; et il seroit à propos, en cas que les fermiers se désunissent, de mettre dans chaque fenne quelques-uns des anciens, comme des chiens de meute qui ont plus d'expérience que les autres. »
^ La minute de la lettre ne donne pas le nom du destinataire; mais il résulte, du mémoire de Colhert qui précède, (|ue le Roi devait écrire à Hervarl pour tirer de lui deux millions de libres.
vous pourrez, afin que jo m Vu puisse servir, au cas que j'eu aye besoin. Sur cpioy j'attendray vostre réponse.
( Cabinet (lo M. le duc de Liiynes. Mss. n° y3, carton a.)
IIL — AU ROI.