AU COMTE D'ESTRADES
Paris, 3 octobre 1669.
L'affaire que vous traitez est assurément la plus difficile à faire réussir qui ayt jamais passé par mes mains ^. En Testât où nous sommes pour ce qui concerne les fmances je vous assure qu'il n'y a rien de plus difficile que de trouver a millions de livres d'argent comptant, et encore plus de trouver des gens qui se meslent de banque et de marchandise, qui s'obligent pour 3 millions de livres, payables, moitié dans un an, et l'autre moitié, un an après. Aussy, quelque expédient que j'aye pu proposer aux sieurs Simonnet\ ils n'ont jamais voulu y entendre. A leur défaut, après avoir tenté tous les moyens possibles, le sieur Hérinx^, qui est, comme je crois, connu de vous et qui a quelque créance en moy
^ C'est-à-dire, des nouvelles exigences des fermiers.
' Godefroy, comte d'Estrades (voir t. I, loo), venait d'être nommé ambassadeur en Hollande. Avant de partir pour ce pays, il fut employé aux négociations relatives au rachat de Dunkerque, et obtint pour récompense le gouvernement de cette place.
' Il s'agissait du payement des cinq millions dus au roi d'Angleterre pour la cession de Dunkerque. On voit par cette lettre que deux roiliioiis seulement furent payés comptant. Les trois autres, réglés en billets, furent, il est vrai, ciNUMDpiés plus tard, par un agent du roi et pour son compte. On lit en cflet, sur cette «SiBiife, dans les Mémoireê de Louit XIV : «Je g^^md, sur ce marché, 5oo,ooo livres, sans que les Anglois s'en aperçussent. Le banquier étoit un homme interposé par moi, qui, faisant le payement de mes propres deniers, ne prafiloit point de la remise. 7>
Maie cela n^cxplique guère comment Golbert dit, dans son Mémoire êur le$ Financée ( voir page 66), que les cinq millions, prix du rachat, furent portés au roi d'Angleterre ttcn quarante-
six charrettes , qui partirent du Louvre et furent escortées par les mousquetaires de Sa Majesté, n
^ C'étaient, sans doute, des banquiers de Paris.
^ Hérinx ou Hérincx, bourgeois et banquier de la ville de Paris. — 11 y a, aux Archives de la Marine , plusieurs lettres adressées, par Colbort, au sieur Hcrinx, au sujet de quelques difficultés que firent les commissaires anglais chargés de recevoir l'argent dû à Charles IL Ainsi, le 06 novembre ]663,Colbert écrivait à ce banquier :
R II est de grande importance qu'au lieu de leur tesmoigner du chagrin de toutes leurs chicanes et de ce qu'ils prétendent examiner tous les écus blancs , les uns après les autres , vous les invitiez vous-mesme à vérifier toutes les espèces ; parce ([ue , si vous faisiez connoistre que vous eussiez de l'aversion pour cette vérification, vous leur feriez naistre encore plus d'envie de la faire d'un bout à l'autre, au lieu qu'en la leur proposant vous-mesme, il est à présumer qu'eux, à leur tour, s'en lasseront, et qu'ai nsy on pourra terminer cette affaire promptement. ( Rec. de div, leiU fol. 166.)
depuis longtemps, moyennant les assurances que je luy ay données, est enfin convenu de se charger de ces affaires et de donner à M. le cha&ceiier d'Angleterre^ telles assurances qu'il en sera content, soit par le moyen des mesmes banquiers de Londres '^ qui ont esté nommés par mondit sieur le chancelier, soit par le moyen d'autres, qui seront aussy bons et mcsme meilleurs. Et luv avant mesmc fait connoistre que le rov d'Angleterre pourroit peut-estre avoir besoin qu'on luy avançast quelque partie de cet argent, il m'a dit ([u'il chercheroit, par le moyen du crédit qu'il a icv et à Amsterdam, à le satisfaire.
Pour exécuter toutes ces choses, j'ay engagé ledit sieur Hérinx de faire le voyage de l'Angleterre et vous aller trouver pour convenir avec vous du tout, ne doutant point que par son moyen vous ne terminiez facilement toute cette affaire.
Je vous prie de luy donner créance sur tout ce qu'il vous dira sur ce sujet. En attendant, je travaille à trouver les ù millions de livlres, ce qui n'est pas trop facile; j'espère néanmoins y réussir, en sorte que cela ne retardera pas un moment la conclusion.
(Deppinç, Cormpondanee adminùtrmlhe , III, lo.)