‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 298 sur 411 · AU MÊMK · texte numérisé non relu

AU MÊMK

Paris, 3o dcceiubre 167a.

J'apprends, par la lettre que vous m'avez écrite le -jS de ce mois, la sédition formée qui est arrivée à Ajjen. Et comme le prétexte qui a esté pris par les peuples n'a aucun fondement, c'est une marque certaine de la mauvaise disposition des esprits, à laquelle il faut apporter un prompt remède. Vous pouvez connoistre bien clairement que ni le présidial de ladite ville ni M. de Montaigu ^ ne pourront pas contenir les peuples dans l'obéissance qu'ils doivent au Roy, ce qui ne se peut que par des punitions sévères des coupables, qu'il n'y a que vous qui puissiez faire; estant bien difficile de croire que les officiers du présidial, quoyqu'ils paroissent bien intentionnés, veuillent juger souverainement en ce cas, quoyqu'il soit sans difficulté de la compétence du présidial. iMais il seroit fort à craindre que la force ne luy manquast dans la conclusion; et pour éviter ce mal qui pourroit avoir des suites fascheuses, je feray expédier un arrest du conseil pour vous donner ce pouvoir, de juger souverainement et en dernier ressort avec ledit présidial les auteurs et coupables de cette sédition.

Je dois vous dire qu'il n'y a rien de si important (|ue de s'opposer à ces commencemens, et d'en empescher les suites, dont vous connoissez assez la conséquence pour y apporter un remède suffisant ^^.

tion du roy est d^en tirer un secours présont pour soutenir la guerre qu^il est obligé de faire, et si vous pouvez tirer re secours sans avoir recours i ta contrainte rigoureuse de la garnison, j*en seray assurément fort ayse. Mais si vous y trouviez trop de difficulté et mesme d^mpossibilitc , il faudra nécessairement avoir recours 4 cette sorte de contrainte. En tout cas, vous pouvez mY^crire vos sentimens sur ce sujet, et ne le pas permettre aux traitans, que vous n^ayez reçu les ordres de Sa Majesté sur vos avis. 7) (Coireêpondance de M, Colberty fol. 9 ai.)

' Le comte de Montaigu, lieutenant géntv ral du roi en Guyenne , gouvorneur du Château- Trompette depuis 1671. Mort à Paris en novembre 1686.

* Cette sédition n^eut pas de suites; le 6 janvier suivant, Colbert écrivit au mémo intendant :

ttJe suis bien ayse d^apprendre, par vostre lettre du 36 du mois passé, que la sédition qui s^estoit élevée à Agen ayt esté promptement terminée. Mais pour en empescher la suite, il faut de nécessité que les coupables soyent punis. C'est pourquoy je vous envoyé Tarrest du conseil qui vous donne le pouvoir déjuger souverainement, en cas que le présidial ne Tayt point encore fait. 11 est certain qu'il vaudroit beaucoup mieux, pour Tautorilé du roy et pour empescher que toutes ces petites séditions n'ayent des suites, que les juges ordinaires en eussent eux-niosmcs fait la punition. J^attendray avec inq)atience de vos nouvelles sur ce sujet.

rM. le mnreschal d'Albret doit partir dans deux ou trois jours pour s*en aller en Guyenne. Sa présence non -seulement calmera toutes choses, mais donnera mesme de la facilité a tous les recouvremens. Je vous recommande

â60 FINANCES,

Vous sçavcz desjà le coniuicncement de sédition qui est arrivé à. Périgueux, et les bruits de gabelle que les maUnlentionnés font courir dans la province. Encore que le Roy ayt les mains assez longues pour renietfare les peuples dans Tobéissance qu'ils luy doivent, s'ils s'en estoient écartés, vous devez néanmoins, par vostre application, et en vous opposant fortement à la naissance de ce désordre, espargner au Roy le déplaisir et ia peine de punir ses peuples; il faut d'autant plus vous y appliquer que les affaires extraordinaires que Sa Majesté est obligée de soutenir pour satisfaire aux dépenses de l'Estat donnent lieu aux mauvais bruits que les intéressés en ces taxes font courir, et au mouvement de sédition qu'ils sèment par toute sorte de moyens parmy les peuples. Surtout, il est nécessaire que vous vous appliquiez a faire en sorte que, dans la levée des deniers de ces affaires extraordinaires, le Roy en tire tout l'avantage, et que la conduite de ceux qui en font le recouvrement ne donne aucun prétexte aux peuples de se soulever. . .

(Bib). des Inv. Ms. Correspondance de M. CoWert, 1679, fol. 336.)

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