‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 3 sur 411 · II. A · texte numérisé non relu

II. A

INTRODUCTION

conslructions et par ses ruineux caprices pour les belles dames de la cour et les filles d'honneur de la Reine; qu'il se fûl audacieusement joué de Louis XIV, dont le premier mouvement avait été, en prenant possession de la royauté, de lui pardonner ses dilapidations passées; qu'antérieurement enfin il eût formé le dessein d'armer ses amis et de se mettre en rébellion dans le cas où le cardinal Mazarin l'aurait fait arrêter, c'est ce qui résulte , avec l'évidence de la lumière , d'une multitude de pièces officielles et de correspondances arrivées jusqu'à nous. La condamnation de Fouquet à la peine de mort eût donc été une condamnation sévère et cruelle, si l'on veut, mais légale, tant sur le fait de péculat que sur ce projet de révolte, qui devint àrla fin, un des principaux chefs de l'accusation.

Par bonheur pour lui, on ne voulait pas seulement lui infliger un châtiment exemplaire, on voulait aussi dégager du procès le cardinal Mazarin, compromis dans un grand nombre d'opérations financières ^ sans compter les fournitures faites à l'État sur ses propres fonds et remboursées avec usure. De là ces commissaires désignés par Colbert pour vérifier les papiers de l'accusé, lui ab> sent, afin d'en distraire ceux qui auraient pu nuire à la mémoire du Cardinal; de là ces manœuvres qui indisposèrent les juges, des longueurs interminables, des difficultés de toute nature, l'intervention directe des ministres et du Roi pour obtenir une condamnation capitale, et enfin, après quatre ans d'intrigues dans tous les sens, un arrêt qui donna lieu, fait unique peut-être dans un Etat civi-

* Le passage ci-après d'une lettre de Colbert à Mazarin, du 3o octobre i653, est des plus signilicatifs : rr Je serois d'avis , pour nous sauver de la perte du rabais des inoimoyes, que nous fissions un prest au Roy de i5o ou âoo^ooo livres à i5 p. o/o, h nous en remboiurser au mois de juin prochain sur quelque bon fonds* comme le convoy de Bordeaux ou les gabelles de Languedoc, qui s adjugent présentement. Si Vostre Éminence approuve

cette pens^, je feray mes sollicitations pour la faire réussir.» Réponse db Ma- ZARil £5 MàRGB : ff Je l'approuve pour i5o,ooo livres sous un nom emprunté, si ce n'est que vous pensiez plus à propos de payer M. Tubeuf.» — Ce passage a été publié par M. Alphonse FeiUet, dans son curieux livre : La mitère au temps de la Fronde, La lettre originale est à la Bibliodièque impériale, Mss. Baluze, Papiers deê Armmrts . vol. 9 1 6 , fol. 809.

PROCÈS DE FOUOUET. m

lise ! à une aggravation de peine qui n'eut de terme que la mort de Fouquel, après dix-neuf ans de la plus dure prison.

Si Ton se reporte au début de ce procès célèbre, on voit la société parisienne livrée à des inquiétudes, à des anxiétés dont rien aujourd'hui ne saurait donner une idée. L'éclat de la chute du Surintendant retentissait encore quand deux incidents d'une gravité singulière vinrent ajouter à l'émotion du pubhc. Peu de jours après son arrestation, le bruit se répandit qu'on avait trouvé derrière une glace, dans sa maison de Saint-Mandé, un écrit de sa main, modifié à plusieurs reprises. Toutes les personnes sur le dévouement desquelles il croyait pouvoir compter, soit parce qu'il leur payait une pension, soit pour leur avoir donné de l'argent ou rendu quelque service considérable, y étaient, disait-on, nominativement désignées, et il y détaillait ce qu'elles auraient à faire s'il était jamais privé de sa liberté. On découvrit, en oub*e, une cassette pleine de la correspondance la plus' mystérieuse avec les femmes dont il avait acheté les faveurs ou qui lui servaient tantôt d'intermédiaires, tantôt d'espions à la cour; et cette cassette, que les commissaires chargés de l'inventaire des papiers n'avaient fouillée qu'en tremblant, à cause des révélations de toutes sortes qu'elle contenait, venait d'être envoyée au Roi. Nous n'entrerons pas dans le détail des scandales qui défrayèrent à cette occasion la malignité* publique. Un grand nombre des lettres trouvées dans là cassette furent remises par le Roi à Colbert, qui, pour suprême vengeance , les conserva dans ses papiers, et elles fournissent aujourd'hui une ample pâture aux curieux * ; mais beaucoup durent être brûlées par égard pour d'illustres familles. Madame de Sévigné avait été en correspondance avec le spirituel Surintendant, au sujet de qui elle écrivait, le 19 juillet i655, à Bussy-Rabutin : (rJ'ai toujours* avec lui les

' La Bibliothèque impériale possède donne ie sommaire et de longs extraits

ees lettres reliées en deux volumes in- dans TAppendice du tome second de ses

quarto, de ^66 et*S3/i pages. Elles font intéressants Mémoirei sur la vte publique

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