‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 303 sur 411 · A M. PELLOT · texte numérisé non relu

A M. PELLOT

PREMIER PRÉSIDENT A ROUEiN.

Saint-Germain, qo janvier 1673.

Le Roy a esté surpris d'entendre la lecture de la lettre que vous avez piis la peine de m'écrire, le 1 5 de ce mois, sur ce qui s'est passé au parlement de Rouen lors de la délibération sur la déclaration concernant les amendes ^ Comme Sa Majesté ne peut pas souffrir une si mauvaise conduite, qui est si préjudiciable au bien de son service et à la justice qu'elle eatend que cette Compagnie rende à ses sujets, n'y ayant rien qui y soit plus contraire que la cabale qui s'est formée dans les Enquestes, Sa Majesté a voulu prendre une résolution forte sur une affaire si extraordinaire. Maisj pour cela, elle n'a pas cru estre suffisamment informée de tout ce qui s'est passé dans lesdites Enquestes; néanmoins, comme il est absolument nécessaire de le sçavoir pour connoistre les auteurs de la résolution qui a esté prise et pour punir ceux qui en sont véritablement coupables , Sa Majesté m'a ordonné de vous écrire qu'elle veut que vous m'envoyiez une relation bien exacte et bien particulière de tout ce qui s'est passé dans les Chambres des enquestes lorsque cette délibération a esté prise , avec les noms des officiers qui l'ont proposée et appuyée, et de tout ce qui s'est dit lorsqu'ils l'ont prise dans les Chambres et lorsqu'ils se sont assemblés dans la Grand' Chambre. Sa Majesté m'ordonne d'ajouter seulement que 1^ relation que vous m'enverrez sera tenue secrète, et que vous ne devez * point feindre ^ de dire la vérité de tout ce que vous sçavez.

A l'égard du tiers et danger, je vous diray seulement que le Roy sera bien ayse que le parlement de Normandie ne fasse aucune démarche qui puisse luy donner aucune mauvaise satisfaction de sa conduite. Je ne doute pas que vous ne soyez aussy dans ce sentiment; mais surtout observez avec grand soin qu'il ne paroisse jamais aux officiers que l'on craigne les délibérations qu'ils peuvent prendre dans les Chambres assemblées. Et aussy, l'intention du roy est que vous les leur accordiez toutes les fois qu'ils vous les demanderont, et qu'après leur avoir bien remontré, dans vostre place, ce qui peut estre contraire aux ordonnances et aux intentions du roy, vous les laissiez dans la liberté de leurs délibérations , parce que , lorsqu'ils se départiront de l'exécution des ordonnances, Sa Majesté sçaura bien se faire obéir.

(Bibl. dei Inv. Ms. Corretpondance de M, Colbert^ 1673, fd. 34.) * Voir pièce rT a «7. — * Pour craindre.

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