A M. FEYDEAU DE BROU
IISTENDAxNT A MONTAUBAN.
Saint-Germain, 10 février 1678.
Pour réponse à vostre lettre du premier de ce mois, jay vu les apostilles que vous avez fait mettre sur l'arrest portant règlement des frais du papier terrier, et le mémoire que vous avez mis au pied, sur lequel, après l'avoir examiné avec les contrôleurs généraux du domaine , je vous feray sçavoir ce qu'il y aura à faire sur toutes les difficultés y contenues.
Je ne puis pas m'empescher de vous dire en cette occasion que je vois, dans toutes vos lettres, que vous jugez un peu trop facilement mal de tous ceux qui sont employés au recouvrement des deniers du roy, ou, pour mieux dire, que vous ajoutez trop facilement foy à tout ce qui vous est dit contre eux. Vous sçavez fort bien que, dans nulle matière, mesme indifférente, il n'y a rien qui soit si dangereux que de se laisser prévenir* Gomme la matière du recouvrement des deniers publics est toujours pesante aux peuples, et par conséquent odieuse, non-seulement il faut lûén se donner de garde d'en croire et d'en juger le mal sans avoir la preuve constante, mais mesme quand on l'auroit, il ne faudroit pas que les peuples s'aperçussent qu'un ministre public comme vous condamnast ni blasmast publiquement la conduite de ceux qui y sont employés.
Je vous ay desjà écrit que, après que vous aurez pénétré à fond et avec certitude les abus qui se commettent dans le recouvrement des deniers du roy, il faut vous appliquer à y apporter les remèdes convenables et les retrancher l'un après l'autre, sans néanmoins qu'il paroisse jamais en public que vous blasmez la conduite qui a esté tenue jusqu'à présent. Cette dissimulation ne se doit pas estendre jusqu'aux crimes capitaux dont vous auriez la preuve constante, et qui pourroient vous donner lieu de faire un grand exemple.
(les maximes sont si certaines et si triviales que vous ne devriez pas me
ctomier lu peine lie vous les expliquer, estant impossible de pouvoir l'aire ie service du roy en la forme nécessaire pour le bien de l'Estat sans les pratiquer en tous rencontres.
Je vous demande toujours de faciliter les affaires extraordinaires. Vous aurez à présent reçu larrest pour juger en dernier ressort les auteurs de rattrou|)ement de Lavit^
(Bibl. des Inv. Ms. Correipondancc de M. Colbert, 1673 , fol. 67.)