A M. FEYDEAU DE BROU
INTENDANT A MONTAUBAN
Saint-Germain, 17 février 1673.
Vous aurez vu, par mes précédentes, les sentimens que le Roy m*a ordonné de vous inspirer sur le contenu en toutes mes dépesches. Je oe puis m'empescher de vous répiiter encore que toutes vos lettres sont pleines d'une telle prévention d'esprit contre ceux qui sont employés au recouvrement des deniers du roy, qu'il est difficile que vous puissiez estre en un estât assez libre pour leur donner les assistances dont ils ont besoin eo tous rencontres pour la facilité du recouvrement des deniers de Sa Majesté ^ Les termes dont vous vous servez sont si semblables à ceux que les peuples employent pour se plaindre, qu'il est presque impossible de con-^ dure que vous ne vous laissiez persuader à leurs discours. Gomme il ny-B rien de si préjudiciable au bien du service du roy, vous devez vous en corriger; et je suis bien ayse de vous dire qu'un commissaire départy dans une province , dans ses lettres pour rendre compte au Roy de ce qui se passe, ne doit jamais se servir de termes généraux; mais il faut approfondir les fautes particulières, et former son jugement sur les inconvéniens qui en peuvent arriver.
Par exemple, vous parlez contre les porteurs de contraintes : il faut que vous examiniez à fond combien il y en a, et à combien montent les frais en chacune élection; s'ils sont absolument nécessaires, et si, en les estant tous , le recouvrement des deniers du roy se pourroit faire avec facilité , ou si l'on pourroit les réduire à quelque moindre nombre.
Vous auriez ])u mesme, pour vostre instruction, vous informer de celuy qui vous a précédé en vostre employ, qui est assez près de vous*, luy communiquer vos sentimens sur ce sujet, et prendre aussy Içs siens. Vous sçaurez que, en 1671, j'écrivis de la part du Roy fort amplement à MM, les
* Voir pièces n" 23/i el 337. — * M. de SAvf», alors intendanl à Bordeaux.
commissaires départis dans les provinces oii cet usage est en pratique pour leur ordonner de l'examiner à fond et de donner leurs avis sur ce (pii se pourroit faire, ou pour les oster, ou [)Ouren retrancher le nombre; et, par le travail qu'ils firent sur ce point, Sa Majesté ne trouva pas qu'elle pusl les oster, mais seulement elle leur ordonna de travailler insensiblement à les diminuera En sorte que, cette affaire ayant esté examinée avec application et depuis si peu de temps, il y a lieu de s'étonner que vous vous expliquiez de si grands abus sur ce point en termes généraux, sans descendre à des faits particuliers bien prouvés.
Je vous diray de plus qu'il a paru fort extraordinaire au Roy que vous ayez fait quelque refus de recevoir les porteurs de contraintes proposés par le receveur général et les receveurs des tailles , et que vous en ayez voulu nommer^, et, de plus, que vous fissiez difficulté de leur permettre de s*en servir pour l'escorte de leurs voitures.
Vous devez profiter de ces longues lettres que je vous écris pour vous inspirer des maximes sur lesquelles les commissaires départis dans les provinces doivent régler leur conduite. Jfe vous diray encore qu'il faut estre f<nrt diligent à donner à ceux qui sont chargés du recouvrement des affaires extraordinaires les expéditions qui leur sont nécessaires. Tout ce que je vous dis n'empesche pas qu'on ne punisse les grands désordres quand il s'en rencontre dans les provinces, et qu'on ne remédie aux moindres, ainsy qu'il s'est pratiqué depuis dix ou douze ans dans toutes les provinces du royaume, dont il est inutile de vous dire le détail, n'estant pas question icy de vous faire l'apologie de la conduite du Roy dans le gouvernement de ses finances.
(Bibl. des Inv. Ma. Correspondance de M. CoBteri, 1673, fol. 8a.)
' Golbcrt écrivait, le a A février suivant, à )L. Bidé 4c La Grandvillc , intendant de Li • mo(je8 :
« Pay esté l>icn ayse d'apprendre , par la lettre qne vous avez pris la peine de m'écrire le 1 1 de ce mois, que vous ayex diminué le nombre des porteurs de contraintes d'nn quart depuis que vous estes dans la généralité de Limoges. Ssrtottt, prenex bien garde, s'il vous plaist, que ces retranchemens ne rendent pas le recouvrement des deniers du roy ni plus lent, ni plus difficile; c'est ime chose de telle conséquence, dans le temps 011 nous sommes, que
ce doit estre la règle continuelle de toute voslre conduite...» ( Corretp. de M, Colbert, fol. 88.)
Les abus du système des porteurs de contraintes étaient sans doute bien enracinés, car Colbert appelait encore Taltention des intendants sur ce fait en 1679. (Voir pièce n" 66, note a.)
* Le règlement de février i663 enjoignait aux commissaires départis et aux oflîciers des élections de rt'gler, avec les receveurs et iur leurt avi», le nombre de sergents nécessaire pour travailler au recouvrem«»nl des laillej>. (Mém. alph,)