‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 339 sur 411 · A M. DE SÈVE · texte numérisé non relu

A M. DE SÈVE

INTEiNDANT A BORDEAUX.

SainUGermaÎD , i*' dëcembro 1673.

Pour réponse à vostre lettre du ai du mois passé, sur ce qui concerne la ville de Rayonne, vous jugez fort bien que si on l'exemptoit de l'exécution des édits et du recouvrement de toutes les affaires extraordinaires, cette exemption tireroit des consé(|uence8 fascheuses , non-seulement pour la ville de Rordeaux, mais mesme, dans la suite, pour toutes les autres de la province; et il n'y a peut-estre rien de si dangereux, ni qui donnast plus de mouvement aux esprits chauds du pays où vous estes que ces sortes d'exemptions. Mais comme il est important de conduire toujours ces recouvremens en sorte qu'il n'arrive pas de mouvement dans l'une des extrémités du royaume lorsque Sa Majesté seroit engagée à la teste de ses armées, vous devez considérer toujours et voir les choses de près, pour, en cas que vous vissiez apparence de quelque mouvement fascheux dans les esprits, en donner promptement avis pour recevoir ensuite les ordres

* peux édiU de mars 1678 élablirenl des ^e(Den dans plusicura parlementa et cours,

^flcs, fun pour la conservation des hypo- ' La même lettre fut adressée aux inten-

thèques, Tautre pour les arbitrages et syn- danls de Bordenux, Toulouse, Aix, Grenoble

dicsts de créanciers dans tout le royaume; et Dijon. d*aulres (kIiIs du mémo niois créèrent des

(le Sa Majesté. Surtout , ayez toujours dans l'esprit cette maxime constante qu'il faut soutenir fortement l'autorité de Sa Majesté en faisant exécuter tout ce que, après une longue et meure délibération, elle aura estimé nécessaire de faire pour le service et pour soutenir le poids d'une des plus grandes et des plus fortes guerres dont le royaume ayt jamais esté chargé. Et quoyque vous ne deviez pas vous déclarer d'aucune chose sur ce point, ne laissez pas néanmoins de m'avertir hien précisément de toat ce que vous reconnoistrez de la disposition des esprits en tout ce qui dépendra de la conduite et de la matière des finances du royaume.

Je suis bien ayse que le fermier du papier timbré en fournisse da mesme que celuy dont on se servoit auparavant l'establissement de celle affaire; il ne seroit pas juste de l'obliger d'en fournir de plus grand volume, sous prétexte que dans les provinces limitrophes il est en effet plus grand , estant nécessaire de suivre l'usage de chaque province. Néanmoins, si vous estimez que le papier doive estre meilleur ou qu'il y ayt quelque chose à changer, je vous prie d'en conférer avec le fennier de Guyenne, et de m'envoyer ensuite vostre avis.

Je vous prie de m'envoyer, par la réponse que vous ferez à cette lettre , un estât exact des revenus de la ville de Bordeaux et de ses charges, ensemble de ce qui se prend chacune année pour le payement de ses dettes et en combien d'années elles doivent estre acquittées, estant trèsnécessaire que cette ville paye une somme considérable au Roy pour estre confirmée dans l'exemption des francs-fiefs.

N'oubliez pas de faire réponse à tous les articles contenus en mes précédentes dépesches, et particulièrement à celles qui regardent l'aliénation des petits domaines suivant l'arrest du conseil et Testât que je vous ay envoyés.

(Bibl. des Inv. Ms. Correspondance de M. Colbert, 1678, fol. Aso.)

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