A COLBERT DE CROISSY
L>T£KDAKT A PARIS '.
Venailki, 18 octobre 167A.
Je reçois vostre lettre datée de Provins^ du 1 3 de ce mois et vous fais réponse sur4e-champ. Vous devez bien examiner tout ce qui se passe dans le recouvrement des francs-fiefs et nouveaux acquests, concilier toujours les deux intéresls du roy et des taxés, et empescber tous les abus et vexations qui s'y peuvent commettre.
' Charles Golbert de Groissy était înlen- deJoachim Béraud, seigneur de GroisBy,graiHl
dant de la généralité de Paris depuis 1668. audiencierde France. C'est depuis ce mariage
Il revenait alors d'Angleterre, où il avait été qu*il avait ajouté à son nom celui de Croissy. ambassadeur pendant sept ans. Il avait épousé, ' Élection de la généralité de Paris.
If» a o janvier 1666, Marguerite Réraud. fille
Il auroit esté très-nécessaire, avant vostrc départ, de sçavoîr les noms de tous les sous-traitans ou commis cstablis pour ces recouvremens dans les élections, et, aussytost que vous entrez en chacune, de vous faire accompagner par lesdits sous-traitans ou commis; en ce faisant, vous auriez pu à tous momens examiner à fond et prendre résolution sur les demandes et sur les plaintes qui vous auroient esté faites.
Sur ce que vous m'écrivez , je ne sçaurois rien vous dire de positif, mais sealement les maximes générales qui sont de donner toutes les facilités pour les recouvremens et pour surmonter la résistance naturelle des peuples et des taxés , mais aussy d'empescher les abus et les vexations que les commis et sous-traitans peuvent faire pour leur intérest particulier. Et si voHs en trouviez quelqu'un qui eust fait des friponneries considérables, ilseroit bon et très-avantageux d'appuyer la sévérité de la justice sur celuylà pour servir d'exemple à tous les autres. Mais surtout vous devez toujours avoir dans l'esprit de faciliter les recouvremens et de ne pas croire facilement ce qui vous est dit contre ceux qui en sont chargés. Il faut approfondir les matières, entendre les traitans dans leurs raisons, excuser les fautes que la nécessité et la difficulté du service et non la malice causent, et punir sévèrement celles qui sont causées par la malice et par un esprit de vexation. Ce sont leâ règles générales que vous appliquerez dam; les cas particuliers.
A l'égard de la subdélégation dont vous m'envoyez le projet, je trouve que le pouvoir que vous donnez aux subdélégués de faire exécuter dans toute leur estcnduc les arrests des 9 aoust 1679 et 5 aoust 1 678 * est bien grand, et que cela pourra leur donner les moyens de traverser les recouvremens et de vexer les sous-traitans et les commis; car vous ne devez pas naturellement espérer que vos subdélégués ayent l'esprit assez droit pour se conduire sur les maximes que je viens de vous expliquer, en sorte qu'il me semble qu'il seroit h propos que vous leur doimassiez un pouvoir de moindre estendue que celuy-Iâ.
(BibL des Inv. Ms. Correxpondance de M. Colbert, 167& , pag(^ 83S.)
* Le premier de ces arrêts réglait la taxe des Temploi du papier liiiilm> pour les actes et refrais de contraintes pour recouvrer les droits jjistres des fermes, des francs-fiofs « etc. Le second <?lail n'ialif à